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Prix littéraires, cuvée 2011

Par Madimado

            Après une longue hésitation, j’ai décidé de ne pas déroger à la règle et de, moi aussi, dédier un petit article aux prix de cette rentrée littéraire 2011. Sait-on jamais, au cas où l’un de vous aurait totalement échappé aux médias cette dernière semaine…  

   Le Prix Goncourt a été remis pour la première fois depuis des lustres à premier roman, L’art français de la guerre d’Alexis Jenni, chez Gallimard (je vous présente tout de même l’auteur rapidement : professeur de biologie à Lyon, 48 ans, écrivait jusque-là de « petites choses » qu’on retrouve dans son blog, Voyages pas très loin). Un texte sur les restes du colonialisme dont la rédaction a pris cinq ans et que Gallimard a choisi de tirer à 60 000 exemplaires d’emblée de jeu. La critique a salué cet ouvrage dès sa sortie et il a connu un beau succès près du public. Il a donc vite été pressenti pour le prix suprême, d’autant qu’il fallait bien fêter le centenaire de la maison ! Ce livre m’avait découragée de par son épaisseur (idéal pour caler une porte), mais je pense que je finirai tout de même pas le lire (quand, à la recherche d’un emploi, je croulerai sous le temps libre).

Prix littéraires, cuvée 2011

   D’un naturel curieux, j’ai voulu aller voir depuis quand le Goncourt n’avait pas été attribué à un premier roman (surtout qu’il y a le Goncourt du Premier roman pour cela…). J’avais entendu dans une émission « culturelle » que ce n’était pas arrivé depuis Françoise Sagan et son célèbre Bonjour tristesse. Je suis donc allée jeter un oeil sur Internet pour voir. Eh bien aucun journaliste ne semble s’être demandé si des premiers romans avaient déjà eu cet honneur et, si oui, lesquels. Tous (oui, je dis bien TOUS) ont repris la dépêche AFP sans y ajouter une seule information de leur cru. J’ai même trouvé un article (dans un journal tellement prestigieux que je n’ose même citer son nom) qui se contentait de faire un copié-collé de la dite dépêche. Je comprends que la rapidité de l’information sur les versions Internet des quotidiens est importante, voire essentielle, et qu’il est donc normal que dans l’urgence chacun ait repris le travail prémâché mais tout de même, en une semaine, peut-être eut-il été possible de compléter cette première information par un article pour fourni. Et, oserai-je le suggérer ?, n’était-il pas possible qu’un journaliste consciencieux effectue le travail en amont, effectuant un minimum de recherches sur les 4 derniers candidats, que nous connaissions depuis belle lurète ? Bref, pourrait-on espérer que les journalistes fassent leur travail ???

   Visiblement, non. J’en reviens donc après cette digression au résultat de mes recherches : personne pour parler du dernier Goncourt accordé à un premier roman. Seuls 2 ou 3 articles reprenaient le nom de Françoise Sagan. Cela nous ramenant plus de 50 ans en arrière, je me suis dit que ça méritait d’être vérifié tout de même. Je suis donc allée faire un tour sur le site du Goncourt pour voir si par le plus grand des hasards, un titre d’un possible premier roman ne me sauterait pas aux yeux. Bon, évidemment, la réponse est non étant donné que je ne connais pas la moitié (le quart ?) des titres primés, et quand bien même je connaîtrais leurs auteurs, je suis pour la plupart bien incapable d’établir la chronologie de leurs publications. Je n’étais donc pas plus avancée. En revanche, ce qui m’a sauté aux yeux, c’est l’absence de Françoise Sagan dans cette liste (j’ai vérifié 5 fois), et pour cause ! elle n’a jamais obtenu le prix tant convoité. On peut donc en déduire que les seuls journalistes qui ont tenté de faire leur travail l’ont mal fait. C’est bien la peine de payer des études aussi cher… (et avec tout ça, je n’ai toujours pas la réponse à ma question).

Prix littéraires, cuvée 2011

   Bref, pour en revenir à nos oignons (ou nos moutons, ce qui d’ailleurs va bien ensemble), Gallimard obtient ainsi son 38° Goncourt en près de 110 ans d’existence du prix, ce qui représente un record. Un juré avoue même faire une pile pour Gallimard, et une « pour les autres » (ce qui explique que la maison gagne à peu près une année sur deux ?). L’occasion de revenir sur le fabuleux parcours de la mythique maison dans un article ? Sans doute (si je n’oublie pas, bien sûr…).

             Le Prix Renaudot (décerné le même jour et qui ne peut être remis au même auteur, étant une sorte de contre Goncourt), a quant à lui été remis à un auteur déjà reconnu, Emmanuel Carrère, pour Limonov. Un ouvrage également salué par la critique lors de sa sortie. J’avais failli l’acheter avant de me rétracter, n’étant pas une grande adepte des biographies (surtout quand je ne connais pas le personnage). L’ouvrage est publié chez P.O.L., filiale de Gallimard (et très bonne maison au demeurant)… Un livre que je pense lire aussi, à la fois parce que je n’ai rien lu de l’auteur et que ça fait longtemps que j’y songe, et parce que le résumé de l’éditeur est tout de même tentant.

Prix littéraires, cuvée 2011

          Je n’en ai pas parlé cette année, alors je le fais maintenant, le prix Nobel de littérature a été remis à Tomas Tranströmer, poète suédois. Pour l’histoire du prix Nobel, c’est ici, et là (allez jeter un oeil, c’est instructif). Pour le reste, la Bnf a récompensé Patrick Modiano pour l’ensemble de son oeuvre. Cette année je vous passe le résumé de chaque ouvrage et l’historique de chaque prix mais le Grand Prix Roman de l’Académie Française va à Sorj Chalandon pour Retour à Killybegs (Grasset)Le prix Femina revient quant à lui à Simon Liberati pour Jayne Mansfield 1967, paru chez Grasset. Et les lycéens ont aujourd’hui même décerné leur Goncourt à Carole Martinez pour Du Domaine des Murmures, chez Gallimard (autre grande favorite du grand Goncourt, vaincue à 3 voix contre 5). Enfin, le Prix Médicis revient à Mathieu Lindon pour Ce qu’aimer veut dire (P.O.L.). Un dernier grand prix reste à décerner, l’Interallié, et c’est pour le 15 novembre. Si vous souhaitez retrouver le palmarès de l’année dernière et une brève histoire des principaux prix littéraires, c’est ici.

           Un cru sans grandes surprises mais qui, plus classique peut-être que les années précédentes, semble de bonne facture. Une bonne année pour P.O.L., qui fait jeu égal avec les plus grands, mais aussi pour Gallimard qui, après une année 2010 pauvre en récompenses, fête avec brio son centenaire (d’autant que la seule « petite » maison qui se détache lui est affiliée). Dans le pur respect de la tradition, Grasset fait également une récolte honorable. Le grand absent de cette année reste Le Seuil, qui repart bredouille (notons que depuis quelques années, la maison semble moins représentée que ses deux consoeurs dans la trio infernal des perpétuels gagnants). Rendez-vous l’année prochaine, pour la prochaine moisson.


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