Le collectif Hic et Nunc nous invite à pénétrer la personnalité sacrément complexe d’un des poètes les plus prolifiques du vingtième siècle, toujours trop peu connu en France, Fernando Pessoa. Et le voyage se fait de la manière la plus subtile qui soit et la plus fidèle à l’auteur, par un échange entre ses principaux hétéronymes. Sous l’orchestration de Pessoa s’engage un échange animé entre Ricardo Reis, Alvaro de Campo et Alberto Caeiro à quelques instants de la mort de ce dernier.
Fernando Pessoa est connu pour ses hétéronymes. On en dénombre pratiquement soixante douze. Soixante douze personnalités différentes créées par un seul homme, soixante douze manières de voir le monde d’en parler et de l’écrire. Des hétéronymes qui sont comme des personnages de théâtre. Alors la forme dramatique est toute tracée. Le résultat ne peut être qu’à la hauteur du génie puissant et vertigineux de ce poète époustouflant.
La pièce traite la mort de l’hétéronyme Alberto Caeiro, le Maître. Cette mort décidé par son auteur est l’occasion d’une ultime confrontation entre les trois plus célèbres personnages de Pessoa ; Ricardo Reis, Alvaro de Campo et Caeiro lui-même, au milieu desquels l’auteur, le vrai, Fernando Pessoa semble ne plus avoir sa place, avoir été dépassé et fini par devenir la marionnette bousculée par ses propres créations. Un autre personnage intervient, qui n’est pas virtuel cette fois-ci. Il s’agit d’Ophélia Queiroz, la fiancée de Pessoa, qui assiste impuissante au délire hors norme de celui qu’elle aime.
On a tous deux vies…
La mise en scène de Stanislas Grassian repose en partie sur l’assemblage de textes de l’auteur. Le montage est brillamment réussi et ne souffre d’aucune lourdeur. Bien au contraire, il révèle toute la poésie et l’ambiguïté de l’auteur. Les acteurs contribuent grandement à la grâce du spectacle par des interprétations aussi singulières que délicieuses. Il faut saluer aussi le rythme vivant de ce spectacle qui ne sombre pas dans le psychologique comme on pourrait le craindre et s’y attendre lorsqu’il s’agit de mettre en scène les dédoublements de Pessoa et la mort de l’un de ses hétéronymes. Il s’agit avant tout d’un voyage, peut être onirique, que la musique et la danse habillent.
A la fin de la pièce, tout est en place. Le rêve se termine. Fernando Pessoa est à nouveau seul dans sa chambre, vivant. Alberto Caeiro est mort. On ne sait plus bien ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Peu importe. Le voyage vaut le détour. Ce spectacle en tous points réussi est un hommage émouvant à un auteur qui était convaincu qu’on a tous deux vies. Une qui serait vraie, rêvée, celle de l’enfant, et une seconde qui serait fausse, pratique, utile et qui se finit dans le cercueil. Lui, Pessoa, se situait dans la première.
Mystère PessoaCollectif Hic et Nunc
Textes de Fernando Pessoa
Mise en scène de Stanislas Grassian
Avec Florent Dorin / Samuel Brafman, Stanislas Grassian, Raphaël Almosni / François Hatt, Jacques Courtès, Nitya Fierens








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