C’est au TNB de Rennes, qui accompagne depuis plus de 20 ans le Théâtre du radeau, que la compagnie menée par François Tanguy a inauguré son nouveau spectacle. Quatre ans après Ricercar, Onzième attire les honneurs, et ouvre l’édition 2011 du festival Mettre en scène.
Actuellement, c’est le théâtre de Gennevilliers, qui lui offre, en partenariat avec le festival d’Automne, son prestigieux plateau. Son titre, explique François Tanguy, se rapporte au onzième des seize quatuors à cordes de Beethoven, sous-titré « Serioso ». La référence musicale peut surprendre mais elle est pourtant évocatrice de la « patte » de son concepteur, qui orchestre avec cette dernière création une partition plurielle, où la parole, la gestuelle, la musique, le décor, composent un livret synesthésique. Metteur en scène, scénographe, co-créateur son et lumière, « l’écrivain de plateau », comme le nomme le critique Bruno Tackels, affirme en effet tenter, dans son théâtre, « de restituer ce mouvement du regard, de l’ouie, des sens, se faisant ensemble. »
Patchwork musical
Parole peu académique, conversation sinueuse, François Tanguy évoque, comme point de départ de son oeuvre, une discussion autour de La Mort d’Empedocle, film de Straub et Danièle Huillet ; ou encore d’un opéra inachevé de Schoenberg. Pour ceux qui ne sont pas familiers de l’univers du Théâtre du radeau, le spectacle s’annonce pour le moins opaque. Et les 2h20 de représentation confirment cette impression d’incompréhension, de flou, d’insaisissable. Bien sûr, pas de trame narrative à laquelle se raccrocher, pas d’unité (temporelle ou spatiale) à laquelle se fixer. Sur le plateau, la musique de Beethoven, mais aussi Purcell, Schubert, ou encore Verdi et Tchaïkovski offre un cadre, parfois étouffant, à une sélection de fragments de textes, pour la plupart non théâtraux, de Strinberg, Kafka, Dostoïevski, Shakespeare et Virgile.
A la diversité verbale et sonore, s’accorde le foisonnement d’une scénographie évolutive. Découpées par un jeu de panneaux, de cadres, de chaises, de tables, des scènes successives tissent une atmosphère onirique et cruelle, dont émergent des questionnements existentiels, jeux de pouvoir, sens de la vie, folie. Plusieurs personnages habitent ce monde fictionnel, sans repère, soldats casqués d’une guerre inconnue ou vieille dame fébrile en fauteuil roulant. De cet univers étrange, baroque, dont la démesure n’est pas sans rappeler l’esthétique des mises en scène d’Omar Porras, émanent des instants d’une beauté saisissante ; de quoi rendre frivole le sentiment d’assister à l’émanation d’une syntaxe qui nous échappe…mais pas totalement. Tableau d’une virtuosité sophistiquée ou patchwork indigeste et prétentieux : au fil du spectacle, on a parfois du mal à trancher. Reste pourtant, longtemps après la représentation, le souvenir de sensations mal connues, et l’envie d’y revenir.
OnzièmeThéâtre du Radeau
Mise en scène, scénographie, François Tanguy
Avec Laurence Chable, Fosco Corliano, Claudie Douet, Muriel Hélary,
Vincent Joly, Carole Paimpol, Karine Pierre, Jean Rochereau, Boris Sirdey





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