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Je n’ai pas fini de regarder le monde de David THOMAS

Par Lecturissime

je n'ai pas fini de regarder le monde

♥ ♥

 « Je ne sais pas pourquoi je raconte tout ça, sans doute parce que j’aimerais moi aussi savoir qui je suis. »

L’auteur :

Après avoir été journaliste pendant une quinzaine d’années, David Thomas se consacre aujourd’hui à l’écriture. Il a publié plusieurs pièces de théâtre, un recueil de nouvelles, La patience des buffles sous la pluie (prix de la Découverte 2009 de la Fondation Prince Pierre de Monaco), et un roman, Un silence de clairière (prix Orange du Livre 2011).

L’histoire :

 Un homme qui ne peut se passer des hurlements de sa femme, un autre qui se fait arrêter par la police juste pour fumer une cigarette au chaud, un petit monsieur sous une maîtresse de 192 kilos, une femme qui rêve de mettre KO son conjoint sur un ring… Avec ces 75 nouvelles, David Thomas s’invite une nouvelle fois dans les interstices de nos vies. Rien n’est épargné, notre ridicule, nos cruautés, nos faiblesses ou nos inavouables arrangements avec nous-mêmes. Mais qu’ils nous fassent rire ou nous serrent le ventre, tous ces personnages portent aussi en eux ce qui peut faire de l’humain un être attachant à côté de qui on a envie de s’asseoir. (Présentation de l’éditeur)

Mon avis :

 Comme dans La patience des buffles sous la pluie, David Thomas fait preuve d’une acuité sentimentale et restitue avec délicatesse et justesse les travers de la vie de couple, les questionnements qui restent sans réponses, les hésitations, la solitude intrinsèque à toute relation…

« Quand je pense à tout ce qu’il me reste à parcourir avec toi, à te supporter et à me rendre supportable, à ces trois enfants que nous voulons et qu’il faudra élever et soutenir, quand je pense à tous ces guets qui m’attendent, à ces plaines d’ennui et de quotidien qu’il faudra traverser, à ces difficultés qu’il faudra gravir, ces pièges qu’il faudra déjouer, quand je pense à tout cela, j’aimerais être débarrassé de toute pensée et devenir comme ces bêtes qui, par milliers, lors des transhumances, parcourent des pays entier en s’en remettant à leur instinct et à la force du groupe. Alors que moi je me sens si seul avec ma vie. » (p. 41)

« Si tu savais comme je me sens seul quand tu ne cesses de m’interroger, quand tu exiges que l’on parle pour dénouer de faux problèmes, que l’on se dise ce qui ne va pas pour analyser nos sentiments et nos émotions. Que nous décortiquions et décomposions tout ce que nous éprouvons pour mieux clarifier les choses, dis-tu, mieux les rendre opaques et les emmêler, pensais-je. Comme je me sens seul quand tu déverses sur moi un torrent de mots pour calmer tes angoisses et que ces angoisses ne sont pour moi que le reflet de ton refus d’accepter, enfin, ce que je suis. Si tu savais comme je me sens seul quand je lis dans tes yeux ce souhait plus fort que les pierres que je sois un autre homme. » (p. 73)

Mais à la différence des textes de La patience, tous les textes ici ne tombent pas justes, l’ensemble est inégal et plutôt pessimiste, comme si le spectre de la dépression attendait l’auteur, tapi dans l’ombre. Les chutes ne sont pas toutes vertigineuses et tombent quelquefois à plat, comme certains textes, trop collés à la banalité d’une réalité quotidienne pour être percutants.

Premières phrases :

« J’adore entendre les voisins faire l’amour. Etre le témoin du plaisir ou du bonheur des autres me rassure sur l’état du monde. Je suis capable de tout arrêter pour écouter attentivement les pleins et déliés du sexe derrière une cloison. »

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Du même auteur : La patience des buffles sous la pluie de David THOMAS

Autre : Carole Fives

Je n’ai pas fini de regarder le monde, David Thomas, Albin Michel, février 2012, 173 p., 15 euros


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