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Mohammed Salah BEN AMOR commente un poème de Patricia LARANCO.

Par Ananda

CH.

Il advient que Dame Mouche

se fâche avec le coche,

elle voulait un cadeau,

il le lui a caché.

Tandis qu’ ce vil cochon dormait couché sur roche

elle fouilla dans sa poche

et, sans même qu’il le sache,

sans la moindre anicroche

elle le lui arracha.

Mais hélas, non loin d’là, juchée sur la vieille souche

il y avait une ruche :

une abeille alléchée

traversa l’champ en friche

au nez des vaches et veaux,

des chevaux qui mâchaient

pour s’en venir le chercher

ca qui choqua la mouche.

Au milieu des herbes sèches,

près du coche qui s’en fiche

mouche et abeille de mèche

combattaient sans flancher ;

la scène était très trash,

le cocher cachottier,

ce tricheur, s’éveilla aux âpres chuchotis.

Au vu du mortel duel des insectes chuintants

tirant tronche revêche

il se dit « ai-je pris hasch ? ».

Caressant sa barbe rêche d’homme peu riche, il trancha :

« ne touchez pas ma mouche, quand bien même elle est moche

c’est ma pote, ma proche, nul ne doit l’approcher

sous peine que je l’embroche ! » ;

une vache hocha le chef.

Ayant dit ces mots il se rua derechef

et sans entrechats rusha sur les acharnées

qui se  déchiraient et s’entrechoquaient dans l’air

alors que, bouche-bée, tanches, cachalots, seiches,

vaches aux robes chocolat le voyaient choir sur elles.

Chargeant à coups de hache il tranchait dans les chairs

en se déhanchant à mort, et y allait franchement

car hors sauver sa mouche, rien ne lui était cher.

Il effaroucha l’abeille qui fut shootée

par le manche de hache et tomba dans la huche

tant mieux, se dit-il, elle ne ferait pas tache.

Amochée, chagrinée, sa mouche tout sauf lâche

fut choyée d’une quiche et de chipolatas.

Loin de se montrer chiche, il lui fit soupe aux choux

et il la chouchouta, près d’un bon feu de bûches

qui n’était certes pas avare de chaleur ;

elle lécha ses plaies, pompa son doux dessert :

mie de miche trempée dans  épais jus de pêche

et quand elle chuta dans un profond sommeil

il adressa au chat et aux charançons un

« chhhhh ! »

Patricia Laranco

C’est un autre poème expérimental où sont exploités des procédés appartenant à différents genres narratifs et théâtraux dont en premier lieu, la fable, du fait que la plupart des personnages sont des animaux, ensuite le burlesque et le farcesque avec l’usage à outrance du comique, tertio le vaudeville présent dans la construction de l’histoire, relatée sur des malentendus. D’autre part, cet amalgame est renforcé au niveau de la chaîne sonore par l’utilisation massive de l’allitération en accumulant un très grand nombre de mots contenant le son [ch] en plus de sa présence dans le titre (« CH ») et au dernier vers (« chhhhh »).

Quand à l’objectif visé par l’auteure dans ce texte original, il semble purement linguistique : il n’est autre que celui de puiser dans les ressources sonores de la langue les faisceaux sémantiques que dénotent les mots contenant le son [ch] et qui pourraient dériver d’un même noyau très lointain. Ce qui réfuterait la thèse du fondateur de la linguistique moderne Ferdinand de Saussure selon laquelle la relation entre le signifiant et le signifié est arbitraire. Cela n’exclut pas non plus la possibilité d’une attitude satirique de la part de l’auteure à l’égard des vieux genres littéraires qui ne se prêtent plus à l’expression des idées complexes et extrêmement brumeuses.

Mohamed Salah Ben Amor


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