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Les hospitalisations pour AVC en hausse chez les moins de 65 ans

Publié le 24 mars 2012 par Dary

Deux grandes tendances se dégagent d'une nouvelle étude de l'Institut de veille sanitaire (InVS) sur les personnes hospitalisées pour accidents vasculaires cérébraux (AVC), en France, entre 2002 et 2008 : une forte augmentation des hospitalisations pour AVC chez les moins 65 ans, et une légère réduction pour les plus âgés [1]. Ces résultats appellent à poursuivre la prévention sur les facteurs de risque évitables comme l'obésité, le tabac, et l'alcool, en particulier chez les plus jeunes.

AVC

« Nous avons constaté qu'un quart des hospitalisations pour AVC survenaient avant 65 ans et, c'est peut être, ces cas-là qui sont en train d'augmenter. Ces données interpellent, mais, il faut rester prudent car ces évolutions doivent être confirmées par la poursuite de la surveillance épidémiologique des AVC», explique à heartwire le Dr France Woimant, neurologue vasculaire à l'hôpital Lariboisière à Paris et co-signataire du papier.

Naturellement, les progrès diagnostics ont leur part dans cette augmentation. « Il y a quelques années, lorsqu'un sujet jeune avait une lourdeur dans la main, il n'était pas systématiquement exploré par une imagerie par résonance magnétique. On évoquait moins le diagnostic d'AVC à 30-40 ans que maintenant. Désormais, nous savons que l'AVC est une maladie du sujet âgé qui n'épargne pas le sujet jeune », souligne le Dr Woimant.

L'augmentation des facteurs de risque pourrait néanmoins aussi avoir une part responsabilité. « Il est possible que les facteurs de risque vasculaires, en particulier le tabagisme, le diabète, les troubles métaboliques et l'obésité, soient impliqués dans l'augmentation des hospitalisations pour AVC chez les sujets jeunes », ajoute le Dr Woimant

Quoi qu'il en soit, « ce qu'il faut retenir, c'est qu'avant 65 ans, si une personne a des signes évocateurs d'AVC, il faut aller très rapidement à l'hôpital car plus le patient est pris en charge rapidement, moins les séquelles seront importantes. »


Photographie des AVC en France en 2008

Selon les données extraites des bases nationales des résumés d'hospitalisation en court séjour, en 2008, plus de 125 000 personnes, en France ont été hospitalisées pour AVC (n=97 151) ou accident ischémique transitoire (AIT) (n= 28 527). La répartition par sexe est équilibrée (49,8% pour les hommes et 50,2% pour les femmes). Les taux bruts augmentent fortement avec l'âge, atteignant respectivement 1,7% et 1,5% pour les hommes et les femmes âgés de 85 ans ou plus. L'âge moyen de survenue de l'hospitalisation est de 73 ans (70,1 ans pour les hommes et 75,9 ans pour les femmes). La part d'AVC par tranche d'âge est répartie de la manière suivante :

  • 25,3% chez les personnes âgées de moins de 65 ans ;
  • 51,5% chez les personnes entre 65 et 84 ans ;
  • 23,2% chez les personnes de 85 ans ou plus.


Augmentation des hospitalisations pour AVC avant 65 ans

Compte tenu de l'augmentation de la population et de son vieillissement, le taux d'AVC standardisé sur l'âge a diminué de 2,6% entre 2002 et 2008. Mais cette tendance globale recouvre des évolutions différentes en fonction de l'âge.

Dans la population des 65 ans et plus, les taux standardisés ont diminué pour les AVC, ce phénomène étant observé pour les hommes (-7,8%) et pour les femmes (-6,1%). Mais avant 65 ans, la tendance était inversée, avec une augmentation globale des taux standardisés de 10,8% pour les AVC. Ces taux ont augmenté pour les hommes (9,7%) et pour les femmes (12,9%).

Parallèlement, le taux standardisé de personnes ayant eu une hospitalisation complète pour AIT (à l'exclusion de tout AVC) a globalement diminué de 9,4% entre 2002 et 2008. Mais, comme pour les AVC, une augmentation de 15,2% a été observée avant 65 ans, combinée à une réduction de 16,2% dans la population de 65 ans ou plus.

L'augmentation des taux d'hospitalisation pour AVC est flagrante dans les classes d'âge les plus jeunes :

Pour les hommes, cette augmentation est de 15,7% chez les 25-34 ans, de 18,5% chez les 35-44 ans, de 13,1% chez les 45-54 ans et de 5,8% chez les 55-64 ans. Pour les femmes, elle est de 20,8% chez les 15-24 ans (augmentation non significative chez l'homme dans cette tranche d'âge), de 23,4 % chez les 25-34 ans, de 27,9% chez les 35-44 ans et de 17,7% chez les 45-54 ans. Les tendances étaient inversées à partir de 65 ans, avec une réduction des taux de personnes hospitalisées pour AVC dans toutes les classes d'âge correspondantes.

« L'augmentation très précoce chez les femmes peut, peut-être, s'expliquer par le fait qu'elles fument de plus en plus jeunes. L'association, pilule, tabac, migraine avec aura, augmente très fortement le risque d'infarctus cérébraux », commente le Dr Woimant.


Evolution à confirmer

Pour les auteurs de l'étude, « ces évolutions doivent toutefois être confirmées par la poursuite de la surveillance épidémiologique des AVC, afin de faire la part de l'effet induit par les améliorations diagnostiques et de la prise en charge hospitalière plus systématique des AVC mineurs. »

Ils soulignent également, qu'il est nécessaire « de surveiller l'évolution de l'ensemble des facteurs de risque vasculaire ayant un fort impact sur les AVC, et particulièrement de l'hypertension artérielle, du tabagisme, de l'obésité, de l'alimentation déséquilibrée, de l'insuffisance d'activité physique, du diabète, des dyslipidémies, ainsi que du risque vasculaire global. »

Ils insistent enfin sur « l'importance de la prévention et, le cas échéant, de la détection, du traitement et du contrôle des facteurs de risque dans toutes les classes d'âge et générations. »

« La survenue brutale d'une hémiparésie, ou d'un trouble du langage, ou visuel (cécité mono-oculaire transitoire ou hémianopsie latérale homonyme), doivent, même s'il y a régression et que l'accident est mineur, faire appeler immédiatement le 15 car il existe un risque de survenue d'un nouvel accident qui, cette fois, ne régressera pas », conclut le Dr Woimant.



Les AVC : une cause importante de mortalité et de handicap

Selon les données du Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès (Inserm-CépiDc), en 2008, les maladies cérébrovasculaires représentaient la première cause de mortalité pour les femmes et la troisième pour les hommes, après les cancers « de la plèvre, de la trachée, du larynx ou des poumons » et les cardiopathies ischémiques.


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