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Les interprètes en lsf et la campagne pour l’élection présidentielle

Publié le 25 mars 2012 par Stéphan

Récemment, un article du Monde et un article de Ouest-France s’inquiétaient que la campagne pour l’élection présidentielle était peu accessible aux personnes handicapées et notamment aux personnes sourdes. Comme le rappelle le journaliste Olivier Razemon, “tout le monde vote, y compris les handicapés. Mais tout le monde ne peut pas participer aux meetings. Les réunions de quartier, conférences thématiques ou séminaires qui ponctuent une campagne électorale sont rarement accessibles à tous : sourds, aveugles, personnes se déplaçant difficilement ou souffrant d’un handicap psychique (la claustrophobie, par exemple). La loi de 2005 relative au handicap fait pourtant de cette accessibilité un objectif”.

En lisant ces quelques lignes, on se souvenait bien sur que le début de cette campagne avait été calamiteux, que l’accessibilité aux débats politiques pour la communauté sourde et malentendante était inexistante, hormis EELV qui avait systématiquement fait appel à des interprètes en lsf lors des meetings pour départager les candidats à la candidature présidentielle.
Lors des primaires socialistes aucun des débats télévisés (pourtant retransmis sur plusieurs chaînes) n’avait été interprété en langue des signes.
Aucune non plus de la quinzaine des déclarations de candidature à l’élection présidentielle n’a été traduite en lsf.

Pour les personnes sourdes l’accessibilité au débat s’est donc limitée à un sous-titrages de piètre qualité.
Or, il faut le rappeler, la majorité des sourds de naissance sont en situation d’illettrisme ou ont dû mal à lire les sous-titrages qui défilent trop vite et ils ne comprennent que la langue des signes, leur langue première.
En outre, comme le constate le site Médias Sous-Titrés en s’appuyant sur la récente actualité toulousaine, le bilan du sous-titrages est catastrophique : “fautes d’orthographe, ajouts de lettres qui n’ont rien à faire là, phrases non terminées, propos non sous-titrés, plus de 10 secondes de retard, les équipes de sous-titrage sont dépassées et n’arrivent pas à suivre le direct”.
Durant cette pré-campagne, seul l’Élysée proposait fin Janvier, une interprétation en lsf de l’interview du Président de la République pas encore candidat mais malheureusement le lendemain de la diffusion sur les chaînes hertziennes ou de la tnt.

Bref, “le risque de frustration est important. Les handicapés finissent par se désintéresser des enjeux politiques alors qu’ils sont concernés” avertit Jérémie Boroy, délégué général de l’Association Aditus, qui a pour objet la promotion de l’accessibilité et qui compare l’accessibilité de cette campagne électorale à un “parcours du combattant”.
Il ajoute : “on pense parfois à installer des ascenseurs et des rampes pour les fauteuils roulants, mais on veille rarement à ce que chacun puisse comprendre ce qui se passe à l’intérieur de la salle” déplore-t-il.

D’où un bilan très négatif pour cette pré-campagne avec un 0 pointé au PS, une note en dessous de la moyenne pour l’UMP, les autres devant encore faire leurs preuves.

Lundi 19 mars, le président du Conseil constitutionnel, a rendu publique la liste  des candidats autorisés à participer au premier tour de l’élection présidentielle, ouvrant ainsi la campagne officielle. Les dix candidats sont :
- Nicolas Sarkozy (UMP)
- François Hollande (PS)
- Marine Le Pen (FN)
- François Bayrou (MoDem)
- Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche)
- Eva Joly (EELV)
- Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République)
- Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière)
- Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste)
- Jacques Cheminade se définissant comme “gaulliste de gauche”.

C’est l’occasion de faire un nouveau bilan (déconnecté de toute opinion ou préférence politique bien sûr) à un mois du 1er tour, sur l’accessibilité de cette campagne électorale en faisant particulièrement attention à la présence (ou pas) d’interprètes en langue des signes lors des meetings organisés un peu partout en France, les chaînes de télévisions étant hélas toujours hostiles à la présence d’interprètes coincés à droite en bas de l’écran (nous y reviendrons prochainement en nous intéressant au combat initié par Sophie Vouzelaud).

D’abord, il me faut hélas reconnaitre que je n’ai aucune information concernant les quatre derniers candidats cités mais c’est sans doute mauvais signe et je ne pense pas qu’on ait récemment aperçu un interprète à leur coté (cependant si quelqu’un à des informations inédites, je suis preneur).

Marine Le Pen : pas d’interprète en langue des signes durant ses meetings comme à Palavas-les-Flots le 16 mars 2012.

François Bayrou : j’ai sollicité son équipe de campagne mais je n’ai pas obtenu de réponse. Néanmoins je crois savoir qu’en province il n’y a pas d’interprète comme le montre cette vidéo du discours grenoblois.
Cependant il se murmure dans les services d’interprètes français/lsf que des démarches ont été accomplies en vue du meeting parisien du 25 Mars.

Eva Joly : on se souvient que son parti EELV avait été exemplaire lors de ses primaires internes et le début de la campagne s’annonçait bien avec notamment des interprètes présents lors du discours de Roubaix le 11 février.
Hélas pour des raisons financières, ce bel élan a été stoppé et à Strasbourg, il n’y avait plus personne. Seul le dernier meeting à Paris sera traduit en langue des signes nous assure-t-on.
Autre regret, aucune vidéo sur sa page officielle Dailymotion n’est traduite en lsf.

Jean-Luc Mélenchon : à chaque meeting des interprètes en langue des signes sont présent(e)s et les vidéos sur dailymotion sont également traduites.

Les interprètes en lsf et la campagne pour l’élection présidentiellecliquez sur la photo pour voir la vidéo

François Hollande : excepté un ou deux couacs notamment à Rennes ou contrairement à ce qui était annoncé il n’y avait pas d’interprètes en langue des signes ou bien en Corse ou l’équipe imaginait peut-être qu’il existait des interprètes en lsc (langue des signes corse) et a donc “oublié” de faire venir des interprètes diplômés, ses meetings sont intégralement traduits en lsf et on peut les retrouver sur sa page Dailymotion (avec également la présence de sous-titres).
Par ailleurs si vous souhaitez savoir si ses prochains discours seront (ou pas) traduits en lsf, je vous conseille de vous rendre sur le site de la Section des Sourds et Malentendants Socialistes. Ils sont généralement bien informés.

Les interprètes en lsf et la campagne pour l’élection présidentiellecliquez sur la photo pour voir la vidéo

Nicolas Sarkozy : tous ses meeting sont traduits en langue des signes française même ceux ayant lieu dans des endroits improbables tels qu’à Saint-Just Saint-Rambert et bien sûr on les retrouve sur le site Dailymotion :

Les interprètes en lsf et la campagne pour l’élection présidentiellecliquez sur l’image pour voir la vidéo

Notre démocratie s’anime intensément tous les cinq ans, au moment des élections présidentielles puis législatives. À la veille de ces échéances électorales, il est essentiel de rappeler l’importance de rendre pleinement accessibles les campagnes des candidats aux électeurs sourds et malentendants. Ainsi que le stipule la Loi du 11 février 2005 pour l’Égalité des Droits et des Chances, la participation et la citoyenneté ainsi que le principe de l’accès de tous à tout s’imposent à nous tous.
Ainsi, il est de la responsabilité de chacun des candidats et de tous les mouvements politiques de s’engager à mener campagne le plus accessible possible.
Certains rétorquent que le coût de l’interprétation serait en obstacle (environ 1500€ par meeting). Certes la démocratie a un coût financier mais il faut rappeler que l’État français rembourse une partie des dépenses pour chaque candidat obtenant plus de 5% des suffrages exprimés. De plus, si ces exigences sont prises en compte en amont de l’organisation de la campagne, elles entraînent peu d’engagements par rapport au budget global d’un candidat (pour mémoire le meeting de Sarkozy à Villepinte est estimé à 3 millions d’euros, celui de Mélenchon à la Bastille à 80000€.).
Il est aussi important que cet engagement sur l’accessibilité soit  partagé par l’ensemble des acteurs de la vie politique française (qu’on soit d’accord ou pas avec les opinions politiques qu’ils expriment) afin que les électeurs sourds ou malentendants ne soient pas réduits à faire leur choix entre les seuls candidats ayant organisé une campagne accessible et compréhensible pour eux.
Autrefois en matière de politique les sourds étaient influencés par leur entourage immédiat, souvent ils votaient comme leurs parents. Aujourd’hui, des meetings sont interprétés en lsf, cela représente un réel progrès.
L’interprète en langue des signes, passerelle entre deux communautés est alors la clé pour que chaque sourd soit librement un citoyen à part entière, responsable et autonome.



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