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The Birth of the New Right (2) : L’ascension (années 1960 – 1980)

Publié le 12 mars 2008 par Scopes

InBlogWeTrust revient sur l’histoire de la New Right afin de mieux comprendre la singularité du Parti Républicain d’aujourd’hui. La révolution conservatrice, elle aussi, a une histoire.
Les années 1960, souvent vues comme la décennie des radicaux, de Berkeley et du Flower Power, sont aussi celle de la Nouvelle Droite. Les classes moyennes ont l'impression de payer trop d'impôts et de financer des organismes étatiques inefficaces. Au Sud, la ségrégation se fissure. De leur côté, inquiets devant un libéralisme qu’ils assimilent au collectivisme, effrayés par le recul sensible de la pratique religieuse et par la quête des jouissances terrestres qui démange la société américaine, un petit groupe d’activistes et d’intellectuels se regroupe.
Ils élaborent des listings, s’implantent partout où ils le peuvent et prennent le contrôle d’une multitude de groupuscules politiques en s’inspirant -- ironiquement -- de l’entrisme trotskiste et des qualités organisationnelles des communistes. Ils publient des manifestes (The Conscience of a Conservative par Barry Goldwater), fondent des périodiques (National Review par William Buckley en 1955), investissent les think-tanks (American Enterprise Institute puis Heritage Foundation après 1973), répondent point par point aux libéraux et occupent le débat public. Ils apportent une crédibilité et une respectabilité nouvelle à des idées tombées en désuétudes : moins d’Etat, moins de régulations, moins d’impôts, moins de syndicats, moins de communisme. Les questions morales ne les intéressent guère, du moins, pas encore.
Leur candidat à l’élection présidentielle de 1964, Barry Goldwater (sénateur de l’Arizona – ça vous rappelle quelque chose ?), échoue largement face à Lyndon B. Johnson, héritier d’un Kennedy mort en martyr du libéralisme. Mais cette défaite n’est qu’un jalon ; ils pensent à long terme. Ils ont capturé le Parti Républicain, autrefois club très fermé des businessmen de la côte East (Nelson Rockefeller) ; ils ont retourné Vieux Sud, traditionnellement démocrate (c’est le parti de la white supremacy) mais écœuré par la politique de déségrégation à marche forcée menée par Johnson. Ils l’ont toujours. Et ils ont subrepticement conquis le champ des idées, reléguant la gauche dans sa tour d’ivoire universitaire et délégitimant le mot même de « libéralisme » (suspecté à la fois de socialisme et d'élitisme -- et peu importe si c'est contradictoire!).
Dans un discours prononcé en 1964 (A Time for Choosing), Ronald Reagan (déjà!) exprime le credo de ces nouveaux républicains : liberté à l’intérieur, fermeté à l’extérieur.

Après 1968, un nouveau conservatisme apparaît -- ou, pour être exact, réapparaît --, défenseur des valeurs morales traditionnelles et pourfendeur de la décadence hippie ; un conservatisme populaire à forte tendance religieuse (born again christians) ; un conservatisme qui délaisse l’économie pour se concentrer sur la morale et le soi-disant déclin de la société. A la libéralisation de l’avortement (Roe v. Wade, 1973), ils répondent par le droit à la vie ; à la visibilité nouvelle des homosexuels, par la condamnation du mariage gay ; à la montée de l’athéisme dans les grandes villes, par une reconquête religieuse et un investissement (à tous les sens du terme) dans le spirituel. "What Would Jesus Do" est leur devise: tout doit être mesuré à l'aune des Ecritures.
R. Reagan (National Archives)


Le génie politique de Ronald Reagan (1981-1989) fut de réconcilier ces deux tendances (les évangélistes de l’ultra-libéralisme couplés à ceux de la Bible) à l’intérieur du parti républicain. C'était loin d'être gagné d'avance quand les uns s'intéressaient à l'économie et les autres aux "valeurs" ; quand certains étaient issus des classes moyennes inquiètes par l'augmentation de leurs impôts et les autres des classes populaires d'une Amérique plus rurale (je caricature un peu), perplexes devant le matérialisme excessif et devant les audaces de la culture urbaine.
Ces deux tendances contradictoires ne cohabitent que malaisément, mais elles font et défont les majorités au sein du parti. Leur alliance est stratégique: elle balance l’influence des élites traditionnelles de la côte Est (dont l’archétype était George H. W. Bush) ainsi que celle du néo-conservatisme (William Kristol, Paul Wolfowitz) et assure aux Républicains une audience nationale. Elles existent toujours, incarnées aujourd’hui par Mike Huckabee et par John McCain.
La politique et l’idéologie actuelle du parti républicain sont donc à replacer dans une histoire longue, celle d’une conquête intellectuelle, d’un basculement vers la droite du champ politique depuis les années 1980, et dont les États-Unis ne sont pas encore sortis. William F. Buckley fut l'un des acteurs essentiels de ce renversement de paradigme. Avec d'autres, il a su forger puis populariser les concepts d'un nouveau conservatisme. Il mériterait au moins un entrefilet dans la presse française...
Scopes

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