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Dream on

Publié le 14 mars 2008 par Chondre

Dream onCertains se souviennent peut-être d’une série télévisée diffusée au début des années 90 sur Canal Jimmy racontant les mésaventures amoureuses d’un new-yorkais quarantenaire ayant passé toute son enfance devant son poste de télévision. Oui, Martin Tupper avait pratiquement été élevé par le petit écran. L’originalité de la série était justement de faire massivement références à d’autres séries d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Chaque fois que Martin (qui était vraiment chaud du cul) était face à une situation difficile, il se remémorait des scènes de vieilles séries Z qui sentaient pour la plupart la naphtaline.

Dream on
Je pense souvent à cette série. Non, je ne suis pas quarantenaire. Non, je ne pense pas qu’à me taper ma secrétaire Nadine en levrette sur son bureau (qui ne résisterait certainement pas au poids de l’une de ses cuisses). Oui, j’ai été élevé devant la télévision. Lorsque je rentrais de l’école, j’allumais systématiquement le vieux poste en noir et blanc posé sur son pied psychédélique. C’était l’heure de RécréA2. Goldorak était diffusé deux fois par semaine. Candy était aussi un programme phare, mais c’était pour les filles ou les gros pédés alors il ne fallait pas regarder. Un peu plus tard, Albator a fait son apparition, suivi de Tom Sawyer, de Clémentine ou des Cités d’or. Sur la première chaîne, Casimir vivait ses dernières heures. Le soir, il y avait le Collaro Show, les jeux de vingt heures ou le petit théâtre de Bouvard.

Dream on
Venait alors l’heure de se coucher. Mais lorsqu’on est tout seul, il est toujours tentant de tenir éveillé jusqu’au film qui fait peur en deuxième partie de soirée, film interdit aux mineurs et signalé par un petit carré blanc. Si le moindre bout de nichon était affiché, le film était déconseillé aux enfants et aux adolescents et héritait d’un horaire de diffusion indécent et du fameux petit sigle. Le film “Angélique et le Sultan” était même considéré comme œuvre subversive. Mais regarder cette fichue télévision m’a détourné à l’époque de la lecture. J’en ai longtemps été complexé car de nombreuses personnes de mon entourage considéraient que la télévision était un loisir réservé aux gros bourrins incultes, le fameux Valium du peuple, et qu’il fallait passer son temps libre le nez dans les bouquins pour se cultiver a minima.

Dream on
C’est en entrant au lycée, à l’époque où la voie mue, où les boutons tapissent le front, époque bénie de la “rebelitude”, que Camus, Vian et Sartre me sont apparus en songe. Moi aussi j’allais devenir littéraire. Physiquement, je me transformais également. Mon BMI frôlait enfin la normale et j’abandonnais enfin mes débardeurs jaune poussin et mes pantalons en flanelle qui démangent (grat’ grat’) pour adopter une allure un peu plus en phase avec mon nouveau moi: Cheveux très courts, Doc Martens coquées, striker, grande époque Siouxsie and The Banshees, Sister of Mercy, the Cure, Madness ou même Gainsbourg. Officiellement, je lisais des auteurs torturés. Officieusement, je passais mes soirées à rattraper le temps perdu en dévorant les classiques. Ah l’amour.

J’allais cependant être vite atteint d’un mal incurable: le besoin pathologique de dévorer la presse quotidienne, en achetant Libération, le Figaro ou les Echos le matin, le Monde le soir. Cet attrait allait vite être pervers. J’allais progressivement réduire ma consommation de livres pour me consacrer à la lecture d’articles, principalement consacrés à la vie politique ou à l’économie, garder tous les exemplaires de mes journaux et réussir à remplir une des caves de notre ancien appartement.

Entre temps, j’ai bien rattrapé mon retard. Notre appartement dégueule de bouquins. J’ai réussi à concilier livre et journaux, surtout depuis que mon mari monopolise la télévision avec ses jeux vidéo à la con.

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