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Disparition de Warda, “la rose pourpre du Caire” : Nous sommes toujours là !

Publié le 20 mai 2012 par Gonzo

Disparition de Warda, “la rose pourpre du Caire” : Nous sommes toujours là !

Qu’ajouter à tout ce qui a été écrit à propos de la disparition soudaine de Warda al-Jazairia (وردة الجزائرية ), « Warda – la rose – d’Algérie », qu’on pourrait aussi appeler « La rose pourpre du Caire » tant sa vie fut intimement liée à la capitale égyptienne et à une certaine idée du monde arabe ? Dire que le monde arabe pleure la disparition d’une des dernières grandes figures de cette génération de légende, celle des luttes pour l’indépendance et du nationalisme arabe triomphant ? A la différence de l’Algérie, il n’y aura pas de célébration officielle en France pour la disparition de sa plus célèbre chanteuse arabe ! Car c’est bien en France, qu’est née Warda, à Puteaux, en 1939, et c’est à Paris qu’elle fit ses débuts artistiques.

Warda, c’est l’envers de Dalida – une vraie gloire nationale, elle ! L’ancienne reine de beauté égyptienne choisit la France en 1954, quand la jeune chanteuse du Tam-tam au Quartier latin doit quitter son pays natal, en 1958. Warda-la-rouge partage la lutte des Algériens pour leur indépendance, fait don de ses cachets aux FNL… Avec de telles idées, il vaut mieux ne pas traîner sur les bords de la Seine quand Maurice Papon est préfet de Paris… Elle se rend au Maroc, puis à Beyrouth, gagne finalement le pays de sa famille où elle se marie en 1962.

Juste avant, elle a le temps de participer à un grand moment de la culture arabe quand elle se fait politique : l’enregistrement de Ma grande patrie (Titre exact, Ma patrie chérie, ma grande patrie, il s’agit de la nation arabe, cela va de soi à l’époque de Nasser وطني حبيبي وطني الاكبر ). Mohammed Abdel Wahab en est le compositeur et dirige l’orchestre, tandis que les choristes et même les danseurs dressent la scène pour une bonne partie des vedettes de la chanson arabe de l’époque : Abdel Halim Hafez (عبد الحليم حافظ ), Sabah (صباح ), Faiza Kamel (فايزة كامل , un peu une erreur de casting !), Shadia (شادية ), Najat El-saghira (نجاة الصغيرة ). Une « opérette nationaliste » – l’expression est sans doute inventée pour l’occasion – qui reste dans bien des mémoires arabes. Tout juste cinquante ans plus tard, cette ode aux luttes anticoloniales et à l’unité arabe déclenche encore des passions dans les commentaires sur YouTube !

Disparition de Warda, “la rose pourpre du Caire” : Nous sommes toujours là !

Warda et Baligh Hamdi

Quand Warda-de-Puteaux retrouve le pays de ses parents, ce n’est pas seulement la France mais toute la nation arabe qui perd une voix exceptionnelle. Son mari, acquis à l’indépendance mais pas à celle de sa femme, lui interdit de chanter. Le public n’entendra à nouveau sa voix qu’en 1972, quand Warda répond à l’appel du père de la nation algérienne, Houari Boumedienne, pour commémorer le dixième anniversaire de la libération du pays. Un retour sur la scène qui est aussi une scène de ménage ! Pour son mari, le contrat est rompu et il exige le divorce. Une perte pour l’Algérie aussi car sa rose gagne Le Caire, et le cœur de Baligh Hamdi (بليغ حمدي ), joueur de oud et surtout grand compositeur. Pour Warda comme pour les autres voix « périphériques », surtout du Maghreb –la Tunisienne Latifa par exemple –, le passage par la capitale égyptienne est la condition sine qua non d’une carrière à l’échelle de la patrie arabe (c’était avant les charmes pétrolifères de Rotana, la signature de Warda étant une des « victoires » de la méga-société saoudienne de production musicale : article en arabe).

La nouvelle rose du Caire voit toujours la vie en rouge et n’a rien perdu de ses convictions. Dans les années 1980, bien après la mort de Nasser, elle interprète un hymne au bouillant colonel Kadhafi qui a le don d’exaspérer Sadate ! On raconte qu’il aura fallu l’intercession de sa femme, Jihane, pour que Warda puisse poursuivre sa carrière en paix !

Jusqu’à sa mort brutale – quelques jours plus tôt, son fils annonçait encore qu’elle était en train de préparer un clip vidéo –, Warda l’Algérienne du Caire, oublieuse de son pays de naissance, s’efforçait de concilier ses attaches auprès de ses deux patries d’adoption, l’Égypte et l’Algérie. Au risque de quelques déchirements, au moins pour certains de ses fidèles de toujours… Au temps de la « guerre du foot » qui déchira les supporters des deux pays en novembre 2009, elle fit partie des voix qui tentèrent de ramener les esprits à la raison. Dans Le Caire de l’après-Moubarak, elle fut quelque peu prise à partie pour avoir été trop conciliante avec l’ex-président (elle était loin d’être la seule, et son cas a rapidement été oublié).

Quelques semaines avant le retour en grande pompe de sa dépouille en Algérie, Warda y avait déjà fait un étonnant come back, avec une chanson en l’honneur d’un demi-siècle de révolution (?) : Nous sommes toujours là ! (ما زلنا واقفين ). Pour l’occasion, un clip avait été tourné, avec une Algérie de carte-postale, et qui sent un peu trop l’hommage à un pouvoir politique qui, lui aussi, n’en finit pas d’être là, et bien là ! Pas vraiment le genre de clip capable de mobiliser la jeunesse du « printemps arabe », une jeunesse qui est bien lasse, elle, de ces mêmes visages, un demi-siècle plus tard…

Plutôt que ce clip de trop – inclus dans cet article  en français par ailleurs très recommandable –, prenez vraiment dix minutes pour un voyage dans le temps et les souvenirs, avec Ma grande patrie (deux versions : la première, bien remastérisée, et la seconde, un peu moins nette, mais avec des sous-titres anglais ; paroles arabes – un peu cafouilleuses – ici ; Warda apparaît vers la sixième minute). A titre de comparaison, cruelle, vous pouvez retrouver d’autres “opérettes nationalistes” avec ce billet sur Le rêve arabe, une “opérette” de la fin des années 1990, et cet autre, cette fois sur La conscience arabe, qui date, elle, de 2008.


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