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Quelques beaux vins dégustés aux "Vignerons indépendants"

Par Eric Bernardin

Vendredi dernier avait lieu à Bordeaux le salon des vignerons indépendants. J'y ai dégusté quelques très jolis vins dont je me dois de vous parler, car ils valent vraiment le détour. Trois producteurs ont retenu mon attention plus que les autres. Impressions.

D'abord le domaine du Grand Arc: ce domaine des Corbières est situé au pied des châteaux de Peyrepertuse et de Padern, à la frontière avec le Roussillon. Le domaine produit avant tout des vins rouges. Il n'empêche que son blanc et son rosé sont également dignes d'intérêt.

Le blanc, d'abord: Veillée d'équinoxe 2007 est composé de grenache (70%), maccabeu (15%) et de roussanne (15%). Le nez est floral et délicat, avec une belle sensation de maturité. L'attaque en bouche se fait toute en légéreté, puis tout s'amplifie autant en volume qu'en intensité aromatique, pour aboutir à vin puissant, gras, à la finale riche et longue. Le tout est d'une fraîcheur étonnante pour un vin à 14°.  Un excellent rapport qualité/prix (5.00€)!

Le rosé la tour fabienne 2007 est une petite merveille. Explosion aromatique au nez sur les petits fruits

rouges et le bonbon anglais, bouche gourmande alliant finesse et fraîcheur. Belle finale intense évitant le piège de la lourdeur. Que du bonheur, mais terriblement dangereux: on se sifflerait vite fait la bouteille... (4.60€ ).

L'entrée de gamme en rouge, Nature d'orée 2007, est un assemblage des 5 cépages rouges du domaine à part égales (grenache, carignan, syrah, cinsault, mourvèdre) vinifié à basse température et élevé uniquement en cuve. Le nez n'est pas racoleur mais très tentant, avec ce mélange de gelée de fruits noirs légèrement lactée et d'épices. En bouche, c'est d'une grande douceur, sans rien qui dépasse, entre velours et taffetas. C'est frais, c'est mûr, c'est (très) bon! A goûter absolument, d'autant que c'est cadeau (4.60€).

Puis suivent d'autres rouges, tous intéressants, chacun avec leur personnalité, plus destinés à la garde (tannins plus marqués), et à des plats traditionnels du sud.

Je finirai mon petit compte-rendu sur le domaine avec une cuvée issue d'une parcelle de très vieux carignans (plus de 110 ans) aux temps d'histoire 2006. Nez ténébreux d'une grande complexité. Bouche sans agressivité aucune, mais qui emporte tout sur son passage. C'est ample, profond, intensément minéral, d'une rectitude rare. Les tannins déjà très bien intégrés permettent aussi bien de le boire rapidement, que  d'attendre sans problème une dizaine d'années. Attention, chef d'oeuvre (12€60)!!!

Continuons notre petit tour avec un domaine connu des amateurs de liquoreux, le château de Suronde. J'avais eu la chance de rencontrer son ancien propriétaire, Francis Poirel. Racheté par un groupe de 8 personnes, il est dirigé aujourd'hui par Jean-François Vaillant du domaine les grandes vignes. J'ai ainsi eu l'occasion de goûter les vins des deux domaines.

J'ai commencé par les anjous rouges du domaine des grandes vignes. D'abord l'Aubinaie 2006. Nez fruité d'une belle maturité, alors que le millésime ne fut guère facile. Bouche de bonne ampleur, souple, gourmande, aux tannins d'une grande douceur. Finale sans aucune dureté. C'est à signaler, car c'est plutôt rare dans la région. Un vin de pur plaisir avec un rapport qualité/prix vraiment top! (5.50€).

Puis, Ancrie 2005. Nous sommes un niveau au-dessus dans un millésime plus solaire. C'est plus riche, mais plus tannique aussi (mais sans excès). Là encore, rien à redire sur le prix (7.50€).$

Enfin, les cocainelles 2005. Un véritable choc gustatif! Nez mûr, épicé, balsamique. Bouche d'une grande densité, charnue, minérale, avec des tannins parfaitement polis. Ce vin est d'un équilibre et d'une fraîcheur peu banals. Avec une finale longue et intense. Un très beau cabernet de Loire (pour 10.50€)!

Nous sommes ensuite passé aux liquoreux des grandes vignes: d'abord un côteaux du Layon "le Pont Martin" 2006. Nez gourmand sur des notes d'abricot et de miel. Bouche aérienne et cristalline d'une légèreté rare dans la région. Le sucre résiduel est à peine perceptible, tellement c'est fin et délicat. Une

caresse d'ange (10.50€).

Puis un  Bonnezeaux "le Malabé" 2006. Terroir et concentration différents. Nez plus riche et intense. Bouche au diapason avec toutefois en commun avec le vin précédent un côté aérien, digeste. La liqueur ne pèse pas, et on se régale (16.50€)!

Pour finir cette série, un Bonnezeaux "Noble sélection" 2005. Nez sur l'ananas, le miel et l'abricot confit. Bouche suave d'une grande densité. Si la concentration est très importante, le vin reste d'une grande fraîcheur, y compris dans la finale. Excellent (25€ les 50cl)!

Nous passons ensuite à Surondes dont je goûte successivement le 2005, le 2004, le 1997 et le 1996. Nous sommes encore dans une autre dimension. Plus d'ampleur et d'intensité. Avec des finales plus minérales. En soulignant que les rendement sont ici deux fois plus faibles (10hl/ha). Le 2004 que j'avais bu dans sa première jeunesse a gagné en équilibre et en expression. Le 1997 s'est métamorphosé, offrant maintenant une palette aromatique plus complexe et un sucre "mieux fondu". Quant au 1996, il est aussi bon que dans mon souvenir: une structure quasiment impalpable tellement elle est aérienne, et pourtant ce vin vous habite longtemps par les vibrations intenses qu'il dégage. Un miracle d'équilibre. Quant au 2005, il est déjà très bon, et montre que la reprise du domaine s'est bien passée et que celui-ci est entre de bonnes mains ;o)

Finissons par le Domaine de la Pinte. Je n'avais eu jusqu'ici l'occasion de ne boire que quelques uns de ces vins. J'ai pu enfin découvrir toute la gamme, et c'est vraiment quelque chose!

Je le dis tout de suite: je n'ai pas trop accroché sur les vins rouges. Je les trouve un peu trop légers à mon goût. La référence restera pour moi Stéphane Tissot.

Par contre, tous les blancs sont épatants, que ce soit les secs ou les "liquoreux".

A goûter absolument, le melon à queue rouge: contrairement à celui de Lucien Aviet (très vif), celui-ci est d'une douceur étonnante, allant jusqu'à une sensation alcaline (impression de boire de l'eau douce). Aromatiquement, nous sommes sur la poire et le miel. On l'imagine bien avec un foie gras ou un dessert pas trop sucré (16€).

La cuvée S pourrait bien signifier stupéfiant! Cette cuvée d'Arbois 100% savagnin a un nez étonnamment

proche de la Mailloche de Tissot. Des notes très grillées évoquant la pierre chaude et le soufre d'allumette. La bouche est d'une grande intensité, mais très différente des vins de Tissot et de Ganevat. Ceux de Ganevat sont plutôt gras, ceux de Tissot plutôt ronds. Ici les vins sont SECS. Non qu'il y ait la moindre sensation de sechéresse en bouche. Plutôt qu'on n'a pas l'impression d'avoir de liquide en bouche. On aurait tendance à évoquer un gaz très concentré qui envahit la moindre parcelle disponible de votre palais. Et y reste jusqu'à ce qu'un vin plus puissant encore prenne sa place (25€).

C'est le cas de la cuvée grain de folie. Ce savagnin est resté dans une barrique (ouillée)de 1997 à 2005. Au niveau aromatique, c'est vraiment sensationnel: fruits secs en tout genre, miel de bruyère, lard fumé... En bouche, c'est un tsunami sensoriel. Avec toujours ce côté "sec comme une trique", alors que l'on imaginerait au nez un vin gras, voire liquoreux. Etourdissant (30€)

Après ce vin, seul un vin jaune peut tenir le choc. Je déguste un 1999, aux arômes de froment grillé, de noix fraîche et de curry. Bouche superbe .... et sèche. Mais je trouve ça plus "normal" ayant déjà eu cette sensation sur plusieurs vins jaunes...

Puis je suis passé au Macvin et au vin de paille. J'ai là aussi adoré. Complexes. Equilibrés. Et pas "secs" pour le coup ;o) On en boirait beaucoup plus qu'il n'est raisonnable de le faire.

Autant dire qu'une fois qu'on a goûté ces vins, il n'est guère facile de faire grande impression ensuite. Je me suis donc éclipsé assez rapidement pour faire des courses sur Bordeaux...


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