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Jean SICCARDI - Le Maître du diamant noir : 5,5/10

Par Eden2010
Jean SICCARDI - Le Maître du diamant noir : 5,5/10

Jean SICCARDI – Le Maître du diamant noir : 5,5 / 10

Jean Siccardi est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages, mais c’est la première fois que je lis l’un de ses romans.

J’étais intrigué par le sujet, la truffe. Non pas que j’aime la truffe, mais l’idée de faire un roman qui mêlerait terroir, secret de famille et mystère de la truffe me paraissait excellente.

Je me suis donc lancée, assez joyeusement, à l’assaut de ce petit roman de moins de 280 pages - pour me heurterà l’obstacle du début ! Un véritable col ! Le premier tiers du roman est sans intérêt ; heureusement, dès le deuxième tiers, l’histoire commence et la truffe, notamment, fait son entrée !

Ma note serait donc une moyenne entre les trois tiers : 3+/10 pour le premier tiers, 7-/10 pour le deuxième et 5,5/10 pour le dernier tiers environ).

Vous le voyez, un roman très très inégal, qui vacille entre le bon roman et le roman à laisser dans les étagères.

Il a des points très forts - et des aspects très décevants !

Avant d’entrer dans le détail, voici l’intrigue :

Au cœur de la Provence, dans une petite commune, les habitants sont divisés par la Siagne, mais également par un vieux différend de familles.

D’un côté, la famille Gambino règne de main de maître. Felix, un homme dur et cruel au passé très sombre tire les ficelles, son neveu André est maire et tous les membres de sa famille veillent au grain du pouvoir.

Mais la famille Gambinocache de lourds secrets – des secrets de polichinelle, mais personne ne va chercher plus loin de crainte de voir sa propriété partir en fumée : la femme défunte de Felix Gambino avait une affaire avec un homme des Colettes, et Felix Gambino s’est arrangé pour que cet homme ait un accident avant de séquestrer puis tuer son épouse. Sa fille, Anna, vit auprès de lui, puisqu’elle est la seule héritière de la fortune de sa mère. Felix Gambino la retient dans son hameaux, elle ne sort pas, ne se mélange pas aux habitants du village, elle est, comme le fut sa mère, prisonnière de sa maison.

De l’autre côté, nous faisons connaissance avec Casimir, le cadet d’une famille de bergers. Ce jeune homme est un rêveur, et alors que son frère aîné, Janet, part dans les montagnes avec les moutons, lui reste à la maison avec sa mère (la veuve de l’amant assassiné de la femme de Felix).

Un jour, il passe devant la propriété de Beauregard ou vit Felix Gambino avec sa fille, et ses yeux tombent sur Anna. Il en tombe immédiatement amoureux, et les deux jeunes se voient de plus en plus souvent en cachette.

C’est alors qu’Albert, le propriétaire des Tuillières, une grande étendue de bois et sous-bois, propose à Casimir de l’initier à la truffe – ses secrets, ses cachettes, le marché.

Albert, qui appartient pourtant au clan des Gambinos, souhaite se racheter en faisant de Casimir son héritier.

C’est ainsi qu’il initie le jeune homme, lui expliquant comment on trouve les meilleures truffes, où, comment les cueillir, quelle est la valeur du diamant noir, il lui enseigne les codes du marché aux truffes …

Mais Felix Gambino ne peut que voir d’un mauvais œil ce qui se prépare ! Casimir et Anna sont en danger …

Une histoire très inégale

Déjà, mon résumé, qui peut paraître assez confus, est en fait assez clair !

Car le tout premier défaut de ce roman est de ne pas prendre le temps de situer l’action, ni dans les lieux, ni dans le temps. Les personnages ne sont présentés qu’en passant, les prénoms – souvent similaires – nous sont lancés au détour d’une phrase … à nous de nous débrouiller pour situer tout ce beau monde dans la jolie Provence.

Au cours du premier tiers du roman je me suis donc débattu pour comprendre qui est qui, qui appartient à quelle famille, quels sont les liens, quelle est l’histoire de qui, et qui était encore Albert, et qui était André, et qui était Violette, qui Adrienne.

Mais parlons des autres défauts mais aussi des qualités du roman.

Je vais commencer par les défauts :

Des personnages lisses

Ce sont des personnages présentés à la va-vite, sans profondeur ni nuance. Ils sont gentils (Casimir, Rose (la gouvernante d’Anna), Anna, Albert …) ou méchants (Félix, André, Bellon (frère jumeau d’André, un fou …). Ils ne semblent pas avoir de passé autre que celui du sombre secret, leurs prénoms se ressemblent, ils sont trop simples.

Il seraient interchangeables en un tour de main.

Des femmes bien peu pudiques

Je n’ai rien contre les femmes vivantes, bien au contraire. Mais ici l’image des filles est étonnante – elles sont un peu bêtes, dirait-on, et bien peu pudiques ! Prenons Anna (mais ce n’est pas la seule), c’est une très jeune femme, elle n’est pas encore majeure, et elle a été séquestrée et maltraitée toute sa vie par son père, qui la tient encore en laisse. Elle croise Casimir, le voit à travers grillage et en tombe amoureuse. Jusqu’ici c’est crédible et logique.

Mais le jour où Casimir, plus timide encore, lui parle pour la première fois, elle l’attire immédiatement à lui pour lui rouler une pelle ! C’est assez étonnant, compte tenu de son histoire, même si elle a une âme de rebelle.

Plus généralement, certaines réactions étaient étonnantes par rapport à ce qu’on imaginait des personnages, peu importe le sexe du caractère.

Une histoire qui évolue trop vite

Le roman se déroule sur moins d’une année (Janet part avec les moutons en début du roman et revient peu avant la fin).

Entre temps, Casimir a le temps de s’initier totalement à la truffe, à apprendre tous les secrets de ce champignon mystérieux, à comprendre les ficelles des négociations, à prendre la relève d’Albert. Et en moins d’un an, il se transforme d’un garçon timide qui n’ose pas parler à une jeune fille en un commerçant aguerri et inventif, et bien plus encore… Cela me paraît bien peu plausible, tout cela.

Globalement, l’intrigue paraissait trop simpliste. Dommage, elle était très prometteuse.

Des « méchants » trop méchants

Ouuuh, ce Felix Gambino, mais c’est Satan ! Et personne n’ose s’opposer à lui ! Il maltraite sa femme (tout le monde se tait), tue sa femme et son amant (tout le monde se tait), maltraite et séquestre sa fille (tout le monde se tait) et n’hésitera certainement à faire d’autres choses terrifiantes … C’est une vision facile.

Des aspects inexploités

Certains aspects n’ont pas été exploités et nous laissent sur un goût d’inachevé : Bellon, le fou, on s’attendait à plus, mais surtout la truffe, j’ai ADORE cette partie du roman, excellente, j’aurais aimé un peu plus !

Une fin simpliste

Une qualité très inégale

Je n’ai pas aimé le premier tiers, j’ai failli interrompre ma lecture à plusieurs reprises, alors que j’ai énormément apprécié le deuxième tiers que j’ai trouvé très réussi. Malheureusement le dernier tiers était bien moins palpitant (alors qu’on s’attendait à une belle fin en apothéose !).

Une écriture fleurie qui manque de profondeur

Ce commentaire est bien évidemment totalement personnel. Je suis convaincue que certains adoreront la plume de l’auteur, qui a sa propre personnalité. Pour ma part, je l’ai trouvé un peu trop légère dans ses descriptions qui ne permettent pourtant pas de sentir le parfum de la garrigue.

Sauf en ce qui concerne la truffe, je dois dire que tout ce qui touchait à cela m’a convaincue !!

Je vais vous donner un exemple, vous comprendrez mieux. L’écriture est très bien, mais il faut aimer. Ici, dans ces quelques lignes, Casimir et Anna se promènent :

« Ils battaient la colline, la blondeur veloutée de la garrigue, en quête de vieux sentiers, de layons et de cavées peu cabanons. Ils franchissaient les ronces, les plans de sauge, les arbousiers aux petites fleurs blanches en clochette, coudoyaient l’aisselle des ravins. Les escarpins d’Anna se cisaillaient contre les silex. D’immenses arbres rejoignaient très haut leurs frondaisons. Le chant des fauvettes, le jasement des geais ou des huppes accompagnaient leur fraîche innocence … »

C’est joli, mais c’est un type de description trop … légère ? insouciante ? … qui ne me plaît pas. Cela manque d’odeur. D’ombres.

Ceci est un avis totalement subjectif, j’insiste, je sais que cette écriture peut plaire énormément.

Les points forts :

Tout ce qui touchait à la truffe était vraiment bien !

J’avais la sensation de chercher moi-même les truffes, d’écarter en douceur les feuilles, de plonger mes doigts dans l’humus entre les racines, de découvrir le diamant noire, de le sentir, j’imaginais les vendeurs de truffes se jauger sur le marché, je voyais les filous qui tentaient de vendre de fausses truffes aux ignorants.

Franchement, ne serait-ce que pour ce deuxième tiers du roman, j’en conseille la lecture !C’était juste trop court !

Il y avait la truffe, la découverte de l’amour, Bellon qui se tapissait dans l’ombre … dommage que cela restait un peu inexploité.

Un autre point à soulever (pour une fois), ce sont les scènes d’amour : je craignais le pire pour ces scènes-là ! Je m’attendais presque à une description des nuages et des papillons, mais non, l’auteur nous décrit les instants d’intimité avec réalisme et poésie, sans vulgarité aucune. Je ne m’y attendais pas. C’est, je crois, la première fois que je soulève cet aspect dans un roman (non, la deuxième fois, la dernière fois c’était en sens inverse), mais c’est un auteur qui n’est pas gêné et reste pourtant à distance.

Enfin, bien qu’inexploitée, l’intrigue était fort sympathique. Dommage que la fin soit si rapide et simple.

En conclusion je reste sur l’impression d’une qualité très inégale au sein d’un même roman

A croire que Jean Siccardi l’a écrit en trois fois !

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