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Madame Monsieur bonsoir

Publié le 04 février 2008 par Dje
Madame Monsieur bonsoir

J'ai toujours aimé suivre les journaux d'information, quelque soit le média utilisé. Pas uniquement pour me tenir au courant des actualités, mais par simple curiosité de savoir sous quel angle les faits seront présentés, s'imaginer comment sont tirées les ficelles dans l'envers du décor. C'est une surprise de chaque instant, qui nous incite à aiguiser notre sens critique et nous oblige à prendre le recul nécessaire à une bonne appréhension des évènements. C'est particulièrement croustillant en termes de presse écrite, là où le seul nom du journal suffit à deviner par avance les analyses toujours très subjectives des faits de société. Journaux de gauche, de droite, acides, consensuels, intellectuels, populistes, adeptes du contre-pouvoir quel qu'il soit, il y en a pour tous les goûts et toutes les envies. La diversité créant la richesse, je ne pense pas trop me tromper en pensant que l'on a l'une des presses écrites les plus dynamiques du monde.

Ce compliment ne s'étend malheureusement pas aux circuits de distribution de masse que sont les grandes chaînes de télévision, d'une pauvreté parfois édifiante. Alors pourquoi cette variété tellement intéressante sur papier disparaît-elle aussi sec sur nos écrans ? Simplement parce que le lecteur du journal est supposé prendre plus de temps et d'attention à l'information qu'il lit, et n'est pas dans la consommation passive de flashs conçus à la va-vite où la forme compte plus que le fond. Le journaliste de presse écrite a donc tout le loisir d'expliquer le fond de sa pensée et de justifier ses prises de position., ce qui permet de mieux comprendre tous les aspects d'une problématique, y compris ceux avec lesquels on n'est pas nécessairement d'accord. C'est ce que l'on appelle le dialogue.

Malheureusement, le temps manque, le temps presse, le temps fuit, les gens courent après une vie qui leur échappe jour après jour et n'ont plus le temps d'ouvrir un journal. Au contraire, l'époque est à l'ingurgitation forcée d'information prémâchée, plus reposante pour le cerveau, plus facile à réaliser aussi. On préfère avoir le sentiment rassurant de tout comprendre du monde qui nous entoure sans même avoir à faire l'effort de réfléchir, et ça la presse télévisée l'a bien compris. Par le peu de temps qui est imparti à un journal de vingt heures, par l'absence totale de diversité des chaînes qui interdit information et contre-information de s'affronter dans un jeu de ping-pong profitable pour tous, les JT se devraient d'être parfaitement objectifs et de ne pas influencer le téléspectateur. Pas de jugements de valeurs, pas de procès d'intentions, pas d'opinions personnelles. Des informations aussi neutres que des Suisses en pleine guerre mondiale. Bien sûr, nous savons tous qu'il n'en est rien, et ce n'est pas peu dire.

Même en démocratie les médias de masse sont contrôlés par le pouvoir, ce n'est un secret pour personne. Combien d'évènements passés sous silence car ils pourraient nuire à certains personnages haut placés... N'avez-vous jamais entendu une information matinale à la radio disparaître dès le flash suivant ? Big Brother is watching you, plus que jamais, et ses oreilles traînent partout. Au diable la liberté d'expression, la raison d'Etat est plus importante que tout. Cette tendance ne cesse de me poser des questions existentielles. Un journaliste n'est-il pas au départ quelqu'un qui a la volonté d'informer ses concitoyens de la réalité des choses, sans céder aux pressions et aux chantages ? Cette conviction est-elle donc si faible qu'ils en oublient le fondement de leur métier à la moindre promesse de carrière ? Le rôle du journaliste dans nos sociétés est devenu tellement important qu'ils devraient à l'instar des médecins prêter serment lorsqu'ils entrent dans la profession. Ca ne changerait rien c'est sûr, mais au moins ça en ferait réfléchir quelques-uns.

Ce devoir de neutralité des grands médias a bon dos car il est brandi comme un étendard par les dirigeants au moment opportun, alors qu'ils s'en moquent éperdument la plupart du temps. Il y a tout de même des fois où j'aimerais que le discours politiquement correct disparaisse, que la neutralité laisse place à quelques prises de position, sans pour autant remettre en question une certaine forme d'objectivité. Comment vous dire ... J'ai la colère qui monte lorsque l'on relaye le discours de Sarkozy sur les racines chrétiennes de l'Europe sans même évoquer les répercussions sous-jacentes sur le concept de laïcité auquel notre pays est si attaché. Ethiquement parlant, je ne vois pas grande différence entre le long manteau d'églises et le port du voile dans des lieux publics. Ou lorsque que l'on présente Daniel Bouton, directeur de la Société Générale, comme une victime larmoyante alors que tout ce qu'il a à craindre c'est un parachute doré en cas de renvoi par ses actionnaires. C'est là que le vrai journaliste devrait appuyer, pour expliquer à ceux qui ont perdu l'habitude de réfléchir que plusieurs aspects sont toujours présents dans un fait aussi banal soit-il, que la vérité unique n'existe pas.

Au lieu de ça le rôle du journaliste est devenu celui d'un relayeur de statistiques, puisque le pouvoir du chiffre est devenu tout-puissant dans le subconscient général. Le président baisse dans les sondages ? Ah oui, c'est que sa politique ne doit pas être la bonne. Bien vu, mais c'est un peu tard pour ouvrir les yeux.... Le moral des ménages est au plus bas ? Décidément la France va mal. Tiens, on ne s'en était pas rendu compte, heureusement que les statistiques sont là pour nous le rappeler. Question subsidiaire au fait, savez-vous comment ce fameux et si abstrait moral des ménages est calculé ? Tant que l'on me l'aura pas expliqué, voilà un indicateur qui me laissera aussi froid qu'une stèle de marbre. Et je ne parle pas de l'arnaque statistique du siècle qu'est le soi-disant recul du chômage ; recul du nombre d'inscrits à l'ANPE serait tellement plus juste, et la nuance est de taille...

Heureusement chaque dérive a sa solution pour être contrecarrée. La suppression de la publicité sur le service public rendra à coup sûr ses lettres de noblesse au journalisme télévisuel en le libérant des contraintes économiques. Si si je vous jure, c'est un sondage qui l'a dit...


(C'est donc ça nos vies... 03.02.2008)

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