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"Dangerous liaisons" : Valmont et Merteuil parlent chinois

Par Tred

Hum… bon okay cela fait plus d’une semaine que le Forum des Images a baissé le rideau sur la reprise des films de la Quinzaine des Réalisateurs…  et cela fait plus d’une semaine que j’ai vu « Dangerous Liaisons », le quatrième film vu dans ce cadre au Forum. Évidemment cela m’aurait bien arrangé que le Champs-Élysées Film Festival ne tombe pas exactement la même semaine… mais bon inutile de refaire le monde c’est trop tard (expression un tout petit peu exagérée dans le cas présent je sais).
Comme attendu, ce n’était pas la foule des grands jours au Forum des Images pour cette transposition du roman de Pierre Choderlos de Laclos dans le Shanghai des années 30. Il faut dire que c’est loin d’être le film à avoir fait le plus parler de lui au cours de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. Très loin. Le film est passé quasi inaperçu, pourtant dans le genre curiosité, « Dangerous Liaisons » avait de quoi attirer l’œil, par son concept même. Alors je me suis permis d’outrepasser le silence critique entourant le film sur la Croisette pour aller voir à quoi les Valmont, Tourvel et Merteuil made in China ressemblaient. Enfin, c’est faux car je savais à quoi ils ressemblaient, et c’est justement parce que leur allure me plaisait que le film me rendait encore plus curieux.
Dans la peau de Valmont le séducteur, ici rebaptisé Xie Yi-Fan (oui on est à Shanghai je le rappelle), le coréen Jang Dong-Gun, révélé par « Friend » dans son pays d’origine, vu en France dans le « Coast Guard » de Kim Ki-Duk et le guerrier « Frères de sang ». Dans la peau de Tourvel la vertueuse tentant de résister au séducteur, rebaptisée Du Fen-yu, Zhang Ziyi. Et l’incontournable Merteuil, ici Madame Mo, prend les délicieux traits de Cecilia Cheung. Jang Dong-Gun n’est pas le seul coréen à bord, puisque le réalisateur n’est autre que Hur Jin-Ho, un spécialiste du mélo coréen à qui l’on doit notamment « Christmas in August » ou « April Snow », ce dernier étant sorti en salles en France. Bon je n’écris pas ce billet pour vous détailler le CV de toute l’équipe du film. Disons que le réalisateur me faisait un peu peur. Un spécialiste du mélo transposant « Les liaisons dangereuses » dans le Shanghai de 1931, cela risquait d’être suranné, ou déjà vu, ou kitsch. Le ratage était à portée de main, et c’était déjà une surprise que de trouver un tel film parmi la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs.
La surprise a été d’autant plus grande. « Dangerous Liaisons » est une belle réussite. La platitude que j’ai pu trouver par le passé aux mélos de Hur Jin-Ho est oubliée. Sa transposition du classique français fonctionne à merveille. Il nous plonge dans la bourgeoisie chinoise à une époque où se dessinent déjà les prémices de la guerre avec le Japon, et il le fait avec une classe parfois insolente. Si la caméra manque parfois un peu d’assurance, il y a un je-ne-sais-quoi de cette langueur chatoyante et sensuelle que l’on aime à retrouver dans le cinéma chinois. Bon ce n’est pas non plus du Wong Kar Wai, mais il y a de l’élégance dans ces Liaisons Dangereuses chinoises.
Sortira-t-il en salles en France, difficile à dire. Pour le moment le film manque d’un quelconque buzz. L’auditorium du Forum des Images n’était pas franchement peuplé en ce samedi-après-midi pour découvrir le film. Néanmoins le film a semblé plaire. A la sortie, une spectatrice m’a souri en me disant « Il ne manquait que la petite vérole ». Son sourire indiquait bien que cela importait peu, à juste titre. Le pari est tout de même réussi. 

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