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Je n’ai pas ri

Publié le 20 juin 2012 par Juval @valerieCG

Ces deux campagnes politiques auront été le théâtre d’une immense violence verbale, sans doute inévitable en politique mais également d’un sexisme effarant.

Ainsi Patrick Besson qualifia le nouveau gouvernement paritaire de « partouze straight » alors qu’il n’avait jamais, ne serait que noté, que tous les assemblées nationales, sénats et autres compositions ministérielles étaient quasi exclusivement masculines et ressemblaient, si l’on suit sa comparaison, à un gigantesque backroom.

Rappelons que, pendant plusieurs centaines d’années – et je suis gentille – tous les organismes politiques ont été, soit légalement, soit de fait, dirigés par des hommes et que cela n’a JAMAIS suscité le moindre questionnement, la moindre interrogation sur leurs compétences. Dieu a créé l’homme avec une bite, puis il a créé l’assemblée nationale et la pensée magique a fait que les deux s’emboitaient naturellement. C’est à partir du moment où les femmes ont commencé à vouloir investir ces lieux que s’est posée la question de la compétence en politique. L’homme est naturellement compétent ; la femme naturellement incompétente.

On peut être critiqué en tant qu’homme parce qu’on veut imposer les riches à 75%. Ou supprimer l’ISF. Ou aller sur Mars. Ou donner le droit de vote aux étrangers. Avec une femme, pas besoin. il suffit juste d’être une femme pour qu’on se questionne déjà sur votre compétence. Lorsqu’on critique Jacques Cheminade, exemple caricatural s’il en est, personne ne le renvoie à un autre rôle. Personne ne le renvoie à ses marteaux et clous comme on renverrait une femme à sa cuisine. Personne ne lui dit qu’il est trop joli ou trop laid pour dire de telles bêtises. Personne ne lui parle de ses hormones. On critique ce qu’il dit et pas ce qu’il est.

A ce titre, je ne sais qui de Eva Joly,Marine Le Pen et Ségolène Royal ont été les plus insultées et trainées dans la boue de façon sexiste ces dernières années.  Je ne doute pas que chacun trouvera une excellente raison pour justifier leur traitement.

Je ne suis pas en train de dire qu’il faut ménager les femmes politiques. Lorsque MLP est insultée dans les mêmes termes où son père l’a été, je peux questionner l’insulte en politique mais je ne la trouve pas a-normale.
Que les militants socialistes et umpistes s’échangent des noms d’oiseaux, ne me gêne pas davantage. C’est lorsqu’on réduit une femme à ce qu’elle est, que j’en suis profondément génée.

Ainsi un twitto souligna qu’il aimerait bien que le gynéco de telle femme politique soit Edward aux mains d’argent. Rigolo ? Sauf que jamais et on va arrêter de se mentir à ce sujet, la blague n’aurait été fait à à un homme politique avec son proctologue. jamais, ne cherchez pas. Quand on veut humilier un homme, on ne le ramène pas au plan sexuel sauf s’il est homosexuel.

Au lendemain des législatives, c’était la foire à la saucisse pour se moquer qui de Nadine Morano,  de Marion Maréchal-Le Pen ou de Ségolène Royal. Les deux premières ont subi des photomontages où on les voyait comme en position de faire une fellation.
Je sais bien que quelque bonnes âmes tenteront de m’expliquer que la fellation n’a rien d’humiliant ; sauf que sa représentation, dans le porno par exemple, est montrée depuis 30 ans comme humiliante ET DONC excitante. Donc oui quand on représente une femme politique pratiquant une fellation c’est pour faire rire, certes, mais parce qu’une femme qui fait une fellation, au fond, cela reste quand même un peu humiliant. Encore une fois, un homme n’aurait pas été représenté dans la même position car l’humiliation sexuelle n’est que très rarement employé pour les hommes.
(« a genoux salope », 1 190 000 occurrences sur google, « à genoux salaud » 274 000 qui n’ont rien à voir avec le sexe).

Cela me rappelle en 1999, ce chef d’entreprise qui disait de Martine Aubry «  »Le problème, c’est Martine Aubry. Cette dame est dogmatique. C’est une frustrée. Comme dirait Bigeard, il faudrait lui envoyer un parachutiste !« .

Chaque fois qu’une femme ne conviendra pas, serait trop jolie, ou trop laide, aura des idées qui ne plaira pas, sera un sniper, on lui renverra à la figure le sexe masculion comme arme pour faire taire. On la représentera dans des postures sexuelles humiliantes, on lui collera des bites dans le plus d’orifices possibles avec l’idée sous-jacente, extrêmement violente, que le sexe est là pour faire taire les femmes. Ce ne sont pas les féministes qui haïssent le sexe, ce sont les machos, hommes comme femmes.

Le sketch de Bigard sur « Les salopes » n’était pas choquant parce que vulgaire ; il était violent parce qu’il assimilait l’homme qui a envie de sexe à un chasseur, donc à celui qui veut tuer. En faisant cela il assimilait forcément, les femmes à des proies qui seront tuées.
Tout le vocabulaire sexuel est d’ailleurs infiniment violent et axé sur l’idée de douleur.
Mon dard.
Je vais te casser les jambes.
Empale toi sur moi.
Je l’ai tirée.
Les exemples sont légion.

Bien évidemment quand nous nous sommes insurgées sur twitter de certaines images, c’est que nous – roulements de tambour – manquions d’humour. Et mieux nous manquerions d’humour en tant que femmes, parce que femmes.
Ceci me fait toujours penser à ces fameuses discussions sur le « Mademoiselle ». D’un coup le langage, qui est possédé par très peu d’espèces vivantes, sans qui l’homme dépérit, qui lui sert quotidiennement dans des échanges qui lui sont vitaux, ne serait RIEN. On pourrait tout dire parce qu’au fond le langage serait un truc à part sur lequel il n’y a rien à penser, rien à réfléchir.

Dans l’humour c’est pareil. L’humour est caractéristique de la société dans laquelle il naît. Si la majeure partie des blagues portent sur les femmes, les homosexuels, les arabes et les noirs, non cela n’est pas un hasard. Cela n’est pas plus un hasard que le sexe masculin soit utilisé comme instrument symbolique pour faire taire les femmes. Pas dans une société où les violences sexuelles sont légion (non je ne traite personne de violeur, si vous avez compris cela, il faut consulter).

Donc non je n’ai pas ri. Probablement parce que je suis une femme, m’a t on fait remarquer. Il est connu que la présence d’un vagin empêche le rire. Peut-être aussi parce que les blagues sexistes, qui visent juste au fond à faire taire les femmes, toutes les femmes (car chacun sur l’échiquier politique a bizarrement une femme sur qui il adore faire les blagues les plus fines) sont une violence.


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