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« La part des anges » de Ken Loach ou l’alchimie écossaise (2/3)

Publié le 15 juillet 2012 par Sheumas

 

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Il comprend que chaque bouteille, en fonction de son origine, a quelque chose de précieux à révéler à celui qui sait le goûter. Il laisse à son tour son esprit s’évader vers les terres magiques où les vieux maîtres préparent le whisky dans des fûts dont le bois est la mystérieuse embarcation. A sa façon, et dans la compagnie de Robbie, il savoure lui aussi « la part des anges ». Cette part des anges, c’est l’infime pourcentage qu’un fût perd au moment de l’ouverture. Au moment du cérémonial très ritualisé de l’ouverture de la bonde, l’amateur de whisky, ce voyageur immobile, se fait complice, avant dégustation, d’une volatilisation... C’est la part fantomatique de l’alcool qui s’en va rejoindre les terres de l’Ecosse fantastique.

Les quatre pieds nickelés, (car nos aventuriers sont de véritables anti héros qui amusent le spectateur par leur balourdise et l’innocente franchise de leurs propos) conçoivent un projet fou : celui de se rendre dans une distillerie du nord des Highlands (le petit village de Dornorch Firth) où doit avoir lieu l’ouverture et la mise aux enchères d’une barrique de whisky dont le coût est inestimable. L’idée est tout simplement de pomperle précieux liquide (comme on pompe de l’essence ou de la bière !) pour ensuite le revendre à prix d’or afin de commencer une nouvelle vie...

Mais pour mener à bien cette mission, il faut « brouiller les pistes » : éclairés par l’étincelle de génie du plus abruti du groupe (celui qui cassera deux des quatre bouteilles ramenées de Dornoch), les quatre picaros troquent le survêtement contre le kilt, un authentique kilt avec tartan, doté de son « sporran », cette petite poche qui bringuebale au bas du ventre et qui « esquinte les couilles » du gaffeur (qui n’arrête pas de la maudire !). Voilà donc nos « highlanders » lancés dans une course folle à travers le pays qu’ils parcourent à grand fracas, à pied, en stop, jurant, pestant, « fuckin rain, fuckin kilt, fuckin sporran... » jusqu’au moment où, à force de longer lochs et bruyère, de croiser moutons et highland cows, ils arrivent au pied de la distillerie, dans cette région dont les crépuscules ressemblent à l’atelier d’un alchimiste. C’est là qu’ils plantent la tente (une vieille canadienne délavée, chahutée par le vent et la douche écossaise) et que le film donne au spectateur le spectacle d’une autre « part des anges »...


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