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Arles : une École, pas d’école (1)

Publié le 27 juillet 2012 par Marc Lenot
Arles : une École, pas d’école (1)

Muriel Toulemonde, Atalante, 2004

N'ayant pu aller cette année à la semaine inaugurale des Rencontres d'Arles (jusqu'au 23 septembre, sauf mention contraire), celle pendant laquelle tout le 'off' se montre, avec souvent de belles découvertes, j'ai dû me contenter de la programmation officielle. Comme les années précédentes, mais cette fois sans l'excitation des découvertes de nouveaux talents dans des lieux improvisés, j'en repars avec un sentiment de lassitude. Ce Festival est trop gros, trop dispersé, trop subventionné sans doute, il montre trop d'expositions de

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Arnaud Claass, ST, série Mémoire vive, Nice, 2003.

qualité moyenne, il n'a pas d'argument clair, de ligne directrice. S'y côtoient des photo-reportages, parfois pas mal, parfois moins, sur tout et n'importe quoi, (d'un film interminable sur les Kerguelen à la campagne de Hollande, de lieux de mémoire cent fois revisités au pittoresque caucasien, entre autres), l'intellectualisation de l'artifice des photos de pub et de mode, des portraits en situation d'une banalité ennuyeuse en diable, etc., toutes tentatives désespérées d'avoir une voix, une spécificité comme si toutes les photos avaient déjà été prises, comme si la plupart ne savaient que répéter, soumis au dictat de leur appareil.

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Christian Milovanoff, Bateau, série Attraction, 2011/12

De plus, cette année, le festival célèbre les 30 ans de l'École de la photographie, et (on le savait, mais, ici, la démonstration crève les yeux) s'il y a bien une École à Arles, il n'y a pas d'école, on n'est pas à Düsseldorf ou à Helsinki ici, chacun suit sa voie, sa diversité, ce qui est très bien en soi, mais si on veut faire une exposition plus dense qu'une simple juxtaposition, où en trouver l'argument ?

Alors ? Alors je ne vais parler que des quelques expositions qui émergent à mes yeux, d'où l'on sort plus intelligent ou plus ému ou plus curieux qu'en y entrant, et, en les recensant, tout un chacun pourra calculer le pourcentage, par rapport aux 70 expositions présentées cette année...  Ceci dit, il y a matière à quatre ou cinq billets, quand même.

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Alain Desvergnes, Rentrée à l'Université du Mississippi, 1963

Eh bien, commençons donc par l'École, ses anciens élèves et, d'abord, ses professeurs. Les trois professeurs présentés ici sont tous trois de grands photographes, nul doute : la poétique du quotidien d'Arnaud Claass, le montage-archivage de Christian Milovanoff (au Musée Réattu) et l'hommage nostalgique au monde de Faulkner et au Sud des États-Unis d'Alain Desvergnes forment trois belles expositions, mais sans grande surprise. Après les Blanches en robes 'revival' et les Noirs à la guitare, après la paisible rentrée des étudiants blancs à l'U. Mississippi en 1963 (ci-contre : nul écho de James Meredith), il faut aller tout au bout de son exposition pour sursauter enfin un peu devant

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Alain Desvergnes, L'écran de cinéma du Roi Farouk à Alexandrie, 1982

une photographie de Desvergnes, reléguée au milieu des icônes et des idoles : l'écran de cinéma du Roi Farouk, sans doute dans le parc de son palais à Montazah près d'Alexandrie (1982). C'est un écran de pierre, envahi par la végétation, apujourd'hui inutile, dont nul passant ne sait plus la fonction, vestige d'un monde ancien, trace archéologique de passions disparues, celles du Roi et celles des acteurs projetés là : je l'ai trouvé très symbolique, à l'heure du numérique, des nouveaux médias, des réseaux sociaux et autres tendances qui furent très à l'honneur ici l'an dernier (et ont complètement disparu cette année...).

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Muriel Toulemonde, La Théorie des Vagues, 2011

Mais, dans le corps professoral, c'est une enseignante plus récente qui a attiré mon regard. Muriel Toulemonde montre, à la galerie Arena (jusqu'au 2 septembre), deux facettes de son travail sur le mouvement :  l'une, physicienne, incessante, rythmée, sonore, a été filmée dans un laboratoire de physique des fluides à l'ECN et on regarde jusqu'à l'épuisement pendant vingt minutes ces vagues sinusoïdales d'une beauté abstraite et futuriste, hésitant entre réalité et synthèse (Théorie des vagues, 2011). L'autre est physique, archéologique, chorégraphique, mystérieuse : filmée dans un stade antique (à Delphes, je crois) , Atalante (2004) montre le corps musclé et sensuel d'une athlète en mouvement, dans un mouvement dix fois recommencé, courant obstinément pour tenter vainement de gonfler une voile dans son dos, contrainte qu'elle s'impose pour s'entraîner (l'héroïne Atalante n'accepta d'épouser que l'homme qui la battrait à la course, mais fut séduite par les pommes d'or d'Hippomène). Un beau travail sur le mouvement, le temps, et la manière dont l'image est, finalement, impuissante à en rendre compte.

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Muriel Toulemonde, Atalante, 2004

Demain, les anciens élèves.

Photos 1, 5 & 7 de l'auteur (hélas); photos 2, 3 & 4 courtoisie des Rencontres. Muriel Toulemonde  étant représentée par l'ADAGP, les photos de ses vidéos seront ôtées du blog à la fin de son exposition.


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