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Faire le mur de Maximilien Le Roy (Bande Déssinée sur le conflit israélo-palestinien, 2010)

Publié le 06 août 2012 par Florian @punkonline

faire_le_mur.jpgBeaucoup de récits sur le conflit israélo-palestinien ont été publiés que ce soit des romans, des analyses et même des bandes dessinées dont la plus célèbre est l'excellente « Palestine » de Joe Sacco.
Maximilien Le Roy vient apporter une nouvelle pierre à la pléthorique masse de documents déjà écrits sur le sujet, après avoir déjà réunis des artistes et des intellectuelles autour de l'ouvrage « Gaza, un pavé dans la mer ».
Ce « Faire le mur » est le portrait de Mahmoud Abu Srour, Palestinien de 22 ans, que l'auteur a rencontré lors d'un séjour en Cisjordanie en juillet 2008. Son discours remet en question la vision occidentalo-centrée que les médias portent sur le conflit et le monde arabe en général.
Le choc de civilisation, inventé en 1996 par Samuel Huntington, est aujourd'hui très présent dans les discours officiels. Cette théorie explique que les clivages religieux sont indépassables. Et le problème israélien est souvent cité comme exemple. Pourtant, la création d'Israël est davantage une œuvre coloniale qu'un problème religieux. Dans l'interview d'Alain Gresh, à la fin du livre, Le Roy rapporte les propos de l'ambassadeur d'Israël en France au lendemain des attentats de Madrid en 2004 : « Israël est un avant-poste, dans une guerre qui n'est pas celle d'une civilisation contre une autre, mais celle de la barbarie contre toutes les civilisations ». Un amalgame qui mélange terroristes, Arabes et islamistes...
Mahmoud revient également sur la qualification de « terroriste » donnée aux Palestiniens par les journalistes et les politiques. La définition du terme inclut les violences faites aux victimes civiles, désarmées ou innocentes. Alors, il s'interroge sur les bombardements qui font bien plus de victimes collatérales que les soi-disant « terroristes » palestiniens. Quel terme peut désigner les instigateurs de tels actes ? Mahmoud est franchement opposé à ceux qui s'en prennent aux innocents, quel que soit le camp auquel ils appartiennent. Cependant, il insiste sur le fait que ces tueurs sont traités différemment selon le côté où ils se situent. Il rappelle aussi qu'en leur temps des figures, tel Nelson Mandela, étaient considérées comme des terroristes avant de devenir des icônes.
Le livre se conclut par un reportage photo de Maxence Emercy, ainsi qu'un entretien avec Alain Gresh qui revient sur l'islamisation de la résistance palestinienne, qui était pourtant souvent proche des mouvements socialistes. Il l'explique par le repli sur soi de la société avec un retour aux traditions. Cette nouvelle direction permet aux détracteurs de la cause palestinienne d'évoquer le danger islamiste. Pourtant, dans les années 20 et 30 les mouvements arabes étaient religieux et déjà mal vus par les pays colonisateurs. La religion est une composante inhérente aux mouvements d'émancipation arabe et invoquer le spectre islamiste est de la pure démagogie.
« Faire le mur » est une lecture très intéressante qui fait une mise au point sur la situation actuelle de ce conflit interminable. Les propos vont à l'essentiel. Une manière ludique de s'intéresser au problème et à ce qui s'y passe, avec un regard différent de celui des journaux télévisés, lesquels nous ont habitués à une confrontation religieuse entre terroristes palestiniens versus la digne armée Israélienne. Heureusement, depuis l'opération plomb durcis en 2008 et les colonisations de plus en plus massives, les critiques contre Tsahal sont davantage entendues.


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