Magazine Culture

La Noctuelle et le Chiroptère

Publié le 31 août 2012 par Svtcolin
La Noctuelle et le ChiroptèreL'arme la plus sophistiquée
Contre vous peut se retourner
Telle est la morale de cette fable
Où le papillon capable
Échappe au chiroptère noir
Voyons cette belle histoire ...

Vous apprécierez ce passage en vers, de 6 strophes, qui malgré la pauvreté de ses rimes a nécessité un effort considérable, surtout pour la rime en –able.  (Toute amélioration est la bienvenue !)
Présentons les protagonistes. À ma gauche nous avons un insecte lépidoptère, un papillon de nuit en l’occurrence, de la famille des Noctuidae. À ma droite nous avons un mammifère appartenant au groupe des chiroptères, c'est-à-dire les chauves souris, disons une pipistrelle.
Comme souvent dans ce genre d’histoires l’un tente de manger l’autre… Ainsi par une douce nuit d’été, notre chauve souris vole silencieusement dans la pénombre et chasse tous les insectes à sa portée. Tournoyant sans relâche, elle se saisit sans mal de quelques insectes attirés par la lumière d’un réverbère. Sa précision redoutable ne vient pas de sa vue, l’obscurité limitant fortement l’efficacité de ce sens, mais d’une autre arme : l’écholocalisation. A la manière d’un sonar, la chauve souris, émet régulièrement des ultrasons qui sont renvoyés par tous les obstacles proches, à ses oreilles. Son cerveau analyse ensuite les temps de retours de ces sons, et les interprète comme des distances, créant un paysage sonore, une image mentale d’un environnement invisible la nuit. Peut-on imaginer une parade à une arme aussi sophistiquée en particulier de la part d’un misérable papillon de nuit ? 
Car oui notre second protagoniste a lui aussi profité de la nuit pour sortir se dégourdir les ailes, tout excité qu’il était par la douce brise chargée de phéromones femelles. La température extérieure est idéale, et le signal chimique envoyé par ladite femelle semble suffisamment important  pour justifier un déplacement de quelques centaines de mètres. Il ne se doute pas encore, que sa vie, de toute manière éphémère, est menacée par la chasse de notre chauve-souris. L’alerte sera cependant donnée assez vite grâce à un système d’avertissement et de parade, l’organe de Bügel.  Situé sous les ailes, son organisation est assez simple et se compose : d’une membrane tympanique fine, d’une caisse de résonance formée par des sacs aériens (correspondant à des trachées respiratoires dilatées), et de deux neurones sensoriels A1 et A2.
La Noctuelle et le Chiroptère [Organisation de l'organe tympanique, ou organe de Bügel chez un papillon noctuidae du genre Catocla - d'après Yager 1999]
La Noctuelle et le Chiroptère [ Vue externe de l'organe tympanique chez Noctua pronuba ]

Reprenons le cours des événements, la chauve-souris sonde l’obscurité en émettant régulièrement des ultrasons. Amplifiés par la résonance des sacs aériens, ces ultrasons font vibrer la membrane tympanique. Le premier neurone (A1 sur la figure) est le plus sensible, lorsqu’il est stimulé la noctuelle s’écarte au plus vite de la source du bruit. Dans certains cas cette première manœuvre peut suffire à s’écarter du danger. Mais ce soir la pipistrelle a jeté son dévolu sur cette noctuelle en particulier. S’approchant à toute vitesse elle perçoit sa proie, qui tente de lui échapper à faible allure… La lutte inégale semble sur le point de s’achever, la chauve souris n’est plus qu’à quelques battements d’ailes de sa proie. C’est alors que le second neurone (A2 sur la figure), dont la sensibilité est beaucoup plus faible, s’active in extremis. Le signal est interprété comme un danger imminent appelant une acrobatie aérienne de la dernière chance. La noctuelle fige alors immédiatement ses ailes et entame un virage plongeant vers le sol. Emportée par son inertie la pipistrelle, gueule ouverte, happe l’air avec la mauvaise surprise de n’y trouver aucune proie. De dépit elle renonce à la noctuelle sauvée par sa manœuvre et jette son dévolue sur le prochain insecte volant en perspective…
Ainsi se termine ce petit conte. Nous en déduirons que l’audition n’est donc pas  un sens à négliger chez les insectes. On trouve d’ailleurs d’autres exemples de détection par le son chez les insectes. Ainsi la chenille peut entendre le bourdonnement des guêpes prédatrices, ou encore les moustiques mâles être attirés par les vibrations des ailes des femelles (le bzzz énervant des soirs d’été ?). Mais dans notre cas particulier, l’outil de détection des proies, paradoxalement, se retourne contre son utilisateur l’obligeant à se révéler.
Terminons sur cette question : N’y a-t-il pas quelque chose de propre au tragique, dans cette idée que quelque soit l’arme, il existe toujours une parade contre celle-ci… ?? Telle est la course aux armements que se livrent les protagonistes de cette histoire évolutive et de tant d’autres.
Pour en savoir plus sur :
  • L'organe chrodotonal permettant l'audition chez les insectes: Perception et communication chez les animaux - Stéphane Tanzarella. Disponible ici sur Google books
  • La structure, développement et évolution des systèmes auditifs chez les insectes - Yager 1999: pdf en anglais ici.
  • Les moyens de défense des papillons nocturnes contre les chauves-souris - J Gouaillier : pdf en français ici
  • L'audition des ultra-sons par les papillons - Yack et Fullard 1999 - Nature : pdf en anglais ici

[Retour à l'accueil]

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Svtcolin 362 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte