Magazine Côté Femmes

Passé / Présent

Par Notes-Sur-Tel-Aviv @MyriamKalfon
Passé / Présent

Un temps pour l’un, un temps pour l’autre.

Difficulté de les conjuguer ensemble.

Il y a de l’euphorie à être dans le présent. Toutes les méthodes de coaching, de new age, vont par là. Je décide maintenant, à chaque seconde, ce que je fais et comment je le fais. Je re-crée ma vie à chaque minute. Je suis des méthodes, des conseils. Je suis quelque chose en mouvement, un trait d’union, une ligne lancée à l’infini, un corps qui se déplace. Je ne parle pas, je communique. Mes désirs, mes envies, mes objectifs, mes ordres. Je suis. Je suis un enfant. Je crée un système de points. Je note mes succès. J’exulte.

Et puis parfois ca cloche alors je me tourne vers le passé. Et là je parle. Des heures. De ce que j’ai vu, de ce que j’ai compris, avec mes amis, mon amoureux, avec moi-même surtout. Et comme je ré-ouvre les plaies, je souffre. Et tout cela prend du temps. Je me lève et je n’ai pas envie de me lever. Je me mets devant l’ordinateur et je n’ai pas envie de travailler. J’ai envie de faire l’amour et en même temps non. Je m’ennuie. Je tourne en rond. Je ne sais que faire. Je mange trop. Je réfléchis des heures.  Je me projette dans le futur en espérant pouvoir dire, ca valait le coup, ca va beaucoup mieux.

Je suis plongée dans le passé ces dernières semaines. Et parfois je me dis, il est temps de retrouver l’action, l’efficacité, mes blogs, mes listes, mon enthousiasme, en avant ! J’ai hâte de retrouver mon energie. Je me vois pleurnicher. Je vois l’énergie que cela demande à mon compagnon pour suivre. Je vois aussi les amis à qui cela plaît davantage. Les pro-psychologie, sentiments, les pro- ca-allait-pas-du-tout-pendant-trois-semaines-mais-maintenant-ca-va-mieux, alors quon sait très bien qu’elle redira la même chose dans un mois. Ceux et celles -souvent celles- qui sont constamment « en processus ». Ces amis qui me préfèrent ainsi, sans doute plus douce et compatissante. Moins sévère, moins incisive. C’est vrai que je me précipite moins pour donner des solutions, que je ne tranche plus.

Je suis un traitement intensif. Les thérapeutes me disent, patience, laisse faire. Je piaffe un peu. Je suis mécontente parfois,  la sensation d’éssouflement,  la fatigue constante, les choses qui traînent, les mails que je n’écris pas, les échéances que je rate et qui me font honte, un petit ventre qui pousse,  la sensation générale de léthargie, les peurs, les angoisses, les contradictions qui remontent à la surface. C’est tout un équilibre qui vacille.

Mais pour mieux se refaire, je le sens. Faire tomber le jeu de cartes pour être plus près des choses, plus en authenticité. Arrêter la contraception hormonale, par exemple, a été un choix difficile à assumer: l’acné, les enflements en tous genres, l’attention qu’il faut porter au calendrier, le manque de confort… Mais je suis heureuse d’avoir fait tomber cette barrière d’hormones entre moi et mon corps. Comme si je pouvais l’entendre d’avantage, le voir tel qu’il est. Il en est ainsi pour beaucoup de choses, en cessant de tout fourrer dans de grandes boites que j’étiquette, je suis soudain plus sensible aux nuances, plus compréhensive, plus humaine. Je ne prétends moins, je pose moins.

Est-ce que c’est cela qu’on appelle les « energies féminines et masculines » ? Est-ce que pour faire avancer les choses, prendre la vie à bras le corps, prendre des décisions, m’y tenir, je dois toujours être un peu en force avec moi-même ? Est-ce verser dans l’introspection sigifie automatiquement ne plus rien faire d’autre ? Je devine lentement qu’il s’agit de varier les plaisirs. Que je voudrais pouvoir associer les deux. Ne pas tout savoir au nom des autres, ne pas être constamment dans la brusquerie et ne pas non plus  tomber dans la neurasthénie, tenir les choses, les promesses, les obligations, le cap. Est-ce que cela peut devenir quelque chose de conscient ? Est-ce que je peux changer d’énergie comme de tenue, sportif le matin, chic le soir ? Je vois bien le danger des extrêmes. De celle qui ne lève jamais la tête de ses états d’âme à celui qui a posé une dalle de marbre dessus et ne saisit pas qu’il est malgré tout entravé.

Je voudrais aller dans le présent pour créer l’avenir mais ne pas fermer la porte au passé. C’est plus commode, plus efficace, de lui claquer la porte au nez, rejeter la souffrance en bloc. Mais alors je tue beaucoup d’autres choses en même temps, mon écoute, ma douceur, mon calme, mes affects, ma poésie parfois….

Faire peau neuve. Nettoyer. Se vider, décharger le passé.

Laisser passer la  légèreté.


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