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"Des Fleurs pour Algernon" en réédition...

Publié le 06 décembre 2012 par Amaurywat

Algernon est sur Agoravox aussi

Gallimard, dans sa collection « Folio SF », a la bonne idée dans sa grande sagesse (Que le Très Haut le Miséricordieux soit sur cet éditeur !) de ressortir « Des fleurs pour Algernon » de Daniel Keyes en édition « augmentée » de l'autobiographie de l'auteur, qui n'a rien d'une confession narcissique, il raconte plutôt ce qui l'a amené à écrire, et de la nouvelle originelle, classique instantané lors de sa sortie en 1959. L'œuvre est classée en Science-Fiction mais elle n'est ici qu'un prétexte pour nous tendre un miroir.

Ce récit a énormément de choses passionnantes à exprimer sur la définition de l'intelligence dont l'intelligence du cœur, sur la place de la raison dans notre société, sur la solitude, sur la complexité des sentiments amoureux, sans mièvrerie ni sensiblerie inutile. Daniel Keyes a longtemps porté cette histoire en lui, et à la lecture de ses autres œuvres, plus mineures ou anecdotiques, on comprend à quel point « Des Fleurs pour Algernon » lui tient à cœur.

Algernon est une souris blanche de laboratoire dont l'intelligence à été considérablement augmentée par une opération chirurgicale complexe menée par deux médecins, les docteurs Strauss et Nemur, qui décident de passer à l'étape suivante qui est l'expérimentation sur un être humain sans être tout à fait certains qu'ils puissent le faire.

Celui qui a été retenu est Charlie Gordon, un jeune homme « attardé » mental, souffre-douleur à son travail, seul, mais qui a le désir profondément ancré de devenir intelligent afin, croit-il, d'échapper à sa solitude, il est amoureux de l'éducatrice qui lui fait « la classe » dans l'institution spécialisée où il vit, Alice Kinian, et être plus armé face à l'adversité, l'auteur révélant dans son autobiographie qu'il a rencontré un garçon comme son personnage alors qu'il était jeune enseignant.

C'est son ardente volonté de s'élever qui d'ailleurs fera de lui le « cobaye » idéal aux yeux des deux scientifiques dont les motivations, Charlie le découvrira plus tard, sont beaucoup plus triviales que les siennes :

Pour l'un il s'agit d'impressionner sa femme, pour l'autre de compenser des frustrations personnelles.

Le lecteur suit le récit à travers les yeux de Charlie, son évolution tragique, et sa déchéance à la fin du roman, étant symbolisées par la complexification progressive de l'orthographe et le retour en conclusion de l'histoire à la syntaxe torturée du Charlie « retardé », syntaxe émouvante et qui a donc un sens.

Charlie subit donc l'opération, comme Algernon, et son intelligence est décuplée, il entrevoit même la réponse ultime à la question que se posent la plupart des êtres humains sur le sens que revêt notre présence sur terre, en faisant une expérience cosmique, mais l'« ancien » Charlie prend peur et ne veut pas franchir cette ultime frontière.

Cependant, de devenir intelligent, plus lucide, et rationnel ne change rien à la solitude de Charlie, voire même l'aggrave, car être intelligent dans notre société est largement plus handicapant que de ne pas l'être, celle-ci préférant une personne moyenne en tout qui n'éveillera aucun sentiment de jalousie ou d'envie. Et alors qu'il avait réussi à débuter une relation amoureuse avec Alice Kinian, celle-ci s'éloigne de lui, ayant peur de ne plus pouvoir le comprendre, de plus être compris, et continuer à partager les mêmes sentiments.

Devenu intelligent, Charlie est tout aussi incompris qu'avant...

Les personnes qui l'entouraient toléraient le Charlie « retardé », handicapé, qu'ils pouvaient humilier à loisir et railler grassement sans qu'il n'en ait vraiment conscience. Les handicapés, mentaux ou physiques, sont comme un miroir pour les médiocres ou les personnes blessées, elles y voient le reflet de leurs manques réels ou supposés, des souffrances qu'ils induisent.

Il était l'alibi des carences de son entourage, de ses bassesses et petites médiocrités. Après l'intervention des professeurs Strauss et Nemur, il prend conscience de tout cela, des compromis que chacun entretient pour s'assurer une survie confortable, sans avoir à faire trop d'efforts de réflexion.

Il se souvient de tout ce qui l'a amené à vouloir subir l'opération, de tous les manques d'amour qu'il a vécu, ces petites lâchetés des uns et des autres, qui préfèrent laisser faire des abominations petites et grandes qu'ils estiment inévitables, qu'ils cachent, camouflent et justifient sous divers prétextes.

Charlie devenu supérieurement réfléchi comprend aussi que la raison ne peut tout expliquer dans le comportement de chaque être humain.

Un jour, cependant, Algernon, la souris blanche, commence à décliner, à régresser à son ancien état voire même un peu plus bas. Charlie comprend alors qu'il lui reste peu de temps, il essaie désespérément de corriger les erreurs des deux neurochirurgiens qui l'ont opéré, mais en pure perte.

Il s'enfuit à la faveur d'une conférence médicale avec Algernon, qu'il soigne, vit quelques moments de liberté, mais Algernon finit quand même par mourir. Charlie revient alors chez lui pour attendre l'issue fatale, s'enfermant, s'isolant dans ce qui est redevenu pour lui un désert affectif et mental.

Il s'enfuit alors de nouveau, définitivement cette fois-ci, ne demandant qu'une chose : que l'on fleurisse la petite tombe d'Algernon dans son jardin...

L'auteur eut beaucoup de mal à faire respecter cette fin triste lorsque le livre a été édité et lors des adaptations à la télévision (quatre à ce jour : une en 1959 d'après la nouvelle, une en 1978, une en 2000 et une autre, par la télévision française, en 2006), au cinéma (avec Cliff Robertson, dans une réalisation de Ralph Nelson qui ne respecte pas la chronologie du roman car le film commence par l'opération) ou au théâtre, mais c'était la seule fin logique.

Le début de l'histoire

« 3 mars. Le Dr Stauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de mintenan. Je sais pas pourqioi mais il dit que ces un portan pour qu'ils voie si ils peuve mutilisé. J'espaire qu'ils mutiliserons pas que Miss Kinnian dit qu'ils peuve me rendre un télijan. »

illustration empruntée au film de 1968 prise ici

Ci-dessous un "trailer" de ce film et un extrait du téléfilm de 2006


Des Fleurs pour Algernon par imineo


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