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Fianarantsoa au matin

Publié le 02 janvier 2013 par Janosizoltan

Chapitre IV

Fiana

Ce matin-là, au réveil, Fiana était tout autre. Lever au chant du coq et au son folklorique de la cloche de l’église, les chiens qui ont aboyé à la mort pendant toute la nuit, se reposent maintenant.

L’hôtel Tsara Guest House nous offre un magnifique cadre de vie. Bien loin de l’image sombre et pluvieuse de la veille, Fiana nous rend ses lettres de noblesses avec les couleurs pétillantes et écarlates qui tapissent les murs de la ville, dans un désordre lumineux, plein d’agréables sensations. Tana, c’était hier matin. C’est du passé.

Aujourd’hui, nous reprenons le taxi-brousse pour parcourir 120km jusque Ranomafana, et son immense parc national. Une place de luxe nous attendait dans le mini-bus, à côté du chauffeur. Cela a le double avantage d’être confortablement installé et de pouvoir prendre des photos mieux cadrées!

Gare des Taxis-brousses de Fianarantsoa

Gare des Taxis-brousses de Fianarantsoa

Il est 7h30, et le taxi-brousse nous attend. Pas que nous d’ailleurs. Les propriétaires du mini-bus attendent qu’il soit rempli pour démarrer. Un air de déjà vu… mais, croyez-moi, on commence à s’y faire. L’atmosphère est beaucoup plus détendue.

En une demi-heure de temps, j’ai pu discuter avec Olivier. Il se présente, très charmant, malgré son t-shirt sale et son parler français plutôt approximatif. Il est électricien, et il s’intéresse à notre parcours. Dans toute la gare des taxis-brousse, nous étions les seuls blancs. Une aubaine pour lui, pour imaginer comment cela se passe “chez nous”.

Très curieux, il pose beaucoup de questions qui peuvent sembler bizarres, voire inappropriées de la part d’un inconnu; “Qui es-tu? quel est ton prénom? Jusqu’où allez-vous?”. Nul doute qu’à Tana, j’aurais passé mon chemin, de peur de me faire détrousser. (Mais nous ne sommes plus à Tana!).

S’en est donc suivi une discussion très intéressante et honnête, sur la qualité de vie des habitants de Fiana, sur l’accès à l’enseignement, à l’université, extrêmement chère pour eux. Je me rends vite compte qu’Olivier était avide de savoir, et m’interrogeait sur de nombreux thèmes, dans le plus grand respect de l’autre. Du haut de ses 27 ans et de ses sandales déchirées, ce natif de la ville avait tout à m’apprendre. Une mini-leçon de vie en somme.

Entre les vendeurs de petits gâteaux (à base de manioc) et de lunettes de soleil, de CD, DVD, … il y a les enfants. La majorité des personnes présentes près des taxis-brousse n’est pas spécialement avenante, si on se limite aux vêtements qu’ils portent. Les enfants eux-mêmes font plus penser à des petits romanichelles comme on pourrait en croiser aux feux rouges de grandes villes européennes (avec tout le drame qui entoure cette situation).

Mais, la surprise est de taille lorsqu’ils te demandent d’où tu viens; “-de Belgique” lui dis-je. Le silence n’a pas le temps d’agir. Le petit commence à énumérer la capitale -Bruxelles- et les deux langues nationales (FR/NL), s’excusant même de ne pas parler le néerlandais!!

(Si j’avais su que j’allais être scotché de la sorte) Wouaw.

Quelques minutes plus tard, on découvre qu’il parle anglais, espagnol et … allemand! Ce gosse a 10 ans. 10 ans quoi. (re-wouaw). Sa copine du même âge (peut-être sa sœur?), possède autant de talents et de politesse.

Puis soudain…

On nous présente les cartes fabriquées en classe. Toujours avec le sourire, les deux enfants tentent de nous les vendre. Je lui explique que nous ne sommes pas la pour acheter cela. La petite fille insiste. Lui, il reste gentil et courtois. Mais la déception se lit sur leurs visages. Le petit garçon insiste aussi. Mais, très amèrement, il s’en va, et nous quitte en râlant une bonne fois.

Leur institutrice leur fait faire ses cartes postales en classe, pour qu’ils apprennent à les vendre, plutôt que d’aller voler en rue. Ils nous l’ont bien dit et répété…

Ma gêne faisait place à de l’étonnement. Au questionnement aussi. Les jeunes de la région sont riches en savoir, en culture. Cette connaissance des langues peut même devenir un formidable tremplin pour eux. Mais le pouvoir corrompu empêche cet épanouissement. Un drame en soi.

C’est en substance la conclusion de Fifi, notre chauffeur, la cinquantaine qui ne se dévoile pas derrière son visage enfantin. Un ami de classe de Clémentine, notre contact à Fiana. Tout le monde se connaît à Mada.

Direction le parc national de Ranomafana et ses fameux lémuriens!Articles similaires:

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