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Eloge de la faiblesse, d'Alexandre Jollien

Par Flo


Eloge de la faiblesse – Alexandre Jollien Eloge de la faiblesse – Alexandre Jollien Marabout, 2011, 95 pages
Ce livre n'était pas supposé me plaire mais il a réussi à suffisamment m'intriguer pour me séduire.
Alexandre Jollien est né infirme moteur cérébral. Il choisit le mode de la conversation socratique (le procédé ne m’a pas totalement convaincue) pour retracer son itinéraire de l’institut spécialisé dans lequel il vécut pendant dix-sept ans jusqu’à ses études de philosophie, lui dont le destin était de rouler des cigares. Heureusement, ses parents vont le soutenir dans ses aspirations et, avec l’aide d’autres personnes mais aussi les amitiés nouées – l’auteur soulignera constamment l’importance de ces dernières – il pourra mettre ses projets à exécution .
J'ai apprécié le ton de l'auteur qui ne verse ni dans la philosophie de comptoir, ni dans le misérabilisme. On sent quelqu'un de déterminé qui n'a pas pour autant oublié ses souffrances, qui s'est construit de façon bien plus réfléchie que ne le font les non handicapés.
Il ne faut pas en attendre de révélations mais l'art de vivre qu'a adopté Jollien peut parler à tout un chacun. Il est à la fois personnel et universel mais, surtout, très différent des modèles que propose la société. Dans un monde où la faiblesse, la différence, la joie même, ne sont pas valorisées, l'auteur nous prouve que l'on peut tracer une route singulière sans pour autant se couper des autres. C'est vraisemblablement le point qui m'a le plus marquée et celui que je retiendrai de cette lecture.
Cependant, plusieurs aspects sont intéressants dans ce livre. Tout d’abord, le déroulement de la vie de l’auteur : comment il sortit du chemin que l’on avait tracé pour lui, comment il réussit à s’intégrer et à se faire accepter par des personnes non handicapées. Ensuite, le fonctionnement de l’institut dans lequel il grandit. En effet, les éducateurs étaient majoritairement des tenants de la « distance thérapeutique », laissant les enfants qui leur étaient confiés dans un désarroi encore plus profond que celui inhérent à leurs handicaps. Jollien ne cessera de pointer combien ses compagnons d’infortune lui apportèrent bien plus que les personnes chargées de s’occuper de lui. En effet, c’est dans la confrontation avec d’autres êtres tout aussi désarmés que lui qu’il découvrira combien la joie peut naître de la faiblesse, de signes de reconnaissance maladroits mais venant du cœur, d’un soutien mutuel entre personnes n’étant pas dans une situation de rivalité : «… le progrès de l’un devenait celui de chacun. » Enfin, il y a tout le discours sur la différence (« Il y a des sourires qui blessent, des compliments qui tuent. »), la normalité (évoquée surtout de façon sous-jacente), le travail à fournir pour se sortir du trou dans lequel le destin nous a jeté et l’apport de la philosophie, discipline qui vient compléter l’expérience de l’auteur, les deux se nourrissant l’une l’autre puisque c’est de cette dernière qu’Alexandre Jollien tire l’essentiel de ses leçons, les philosophes venant plutôt en support.
Jollien a choisi : « Il ne faut pas fuir le handicap », ce qui ne signifie pas non plus se laisser surprotéger, être ménagé. L’auteur indique à ce sujet qu’il se sentait d’autant plus intégré que les autres le bousculaient comme ils l’auraient fait avec un non-handicapé. Il fait donc le maximum pour vivre « comme tout le monde » mais il connaît aussi les limites qui lui sont imposées et a décidé de composer avec.
Le livre est plutôt bien équilibré entre récit de vie et réflexions. Il donne matière à penser à ceux qui sont nés sans handicap et qui vivent souvent sans prendre suffisamment de recul sur leurs existences.
Provenance : bibliothèque
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