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Nous, princesse de Clèves, de Régis Sauder

Publié le 28 janvier 2013 par Malaurie

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L'action se déroule en 1558, à la cour du roi Henri II. Mademoiselle de Chartres, devenue Princesse de Clèves après son mariage, rencontre le Duc de Nemours. Naît entre eux un amour immédiat et fulgurant, auquel sa mère la conjure de renoncer.

Aujourd'hui à Marseille, des élèves du Lycée Diderot s'emparent de "La Princesse de Clèves" pour parler d'eux. A 17 ans, on aime intensément, on dissimule, on avoue. C'est l'âge des premiers choix et des premiers renoncements.

Régis Sauder a eu l’audace de construire son film à partir de la narration du texte classique par des lycéens. Chaque extrait introduisant une réflexion illustrée par les portraits des adolescents. Accompagnement musical très XVI° siècle.

Ce film est un objet militant et engagé, contre un propos de Nicolas Sarkozy déniant le fait qu’étudier un roman classique tel « La princesse de Clèves » avait un sens aujourd’hui. Ce film montre justement des jeunes issus d’une banlieue défavorisée de Marseille se saisissant du texte et lui donnant sens dans leur vie quotidienne.

Le film n’est pas un pamphlet, il devient un document sociologique, axés sur des portraits d’adolescent, de jeunes de banlieues. Il décrit leurs réflexions sur l’amour, les échos qu'ils font au roman, à la culture en général, leur situation sociale et familiale, leur position face au système éducatif parfois impuissant à répondre à leurs attentes, mais aussi incroyable machine d’intégration : « passe ton bac » est pour nombre de familles immigrées un leitmotiv incontournable, une sorte de sésame qui permet, selon les points de vue, d’entrer dans la société française, de sortir du carcan familial ou de la prison que constitue la banlieue pour nombre de ces jeunes et surtout pour les filles. La question de l’amour, de la relation à l’autre, du passage de l’enfance au monde adulte est aussi, en écho avec le roman, un des thèmes majeurs du film. A l’instar de « L’esquive » d’Abdelatif Kechiche, « Nous, Princesse de Clèves », décline habilement la rencontre entre culture et banlieue.

Il est dommage par contre qu'aucune référence à cette irrespectueuse phrase de Nicolas Sarkozy ne soit dénoncée dans le film ; que la révolte (consubstantielle de l’adolescence) ne soit pas aussi présente dans ce film qui se veut finalement un tant soit peu policé.

Deux moments, cependant, présentent une certaine forme de révolte : une jeune fille refuse de se présenter aux épreuves du bac et deux autres jeunes filles noires s’opposent sur la question de l’identité française, d’un côté la référence à la culture et de l’autre la dénonciation de l’attitude colonisatrice. Tout n’est trop souvent que sous-entendu ! Il manque cette révolte et cette précision mémorielle sur l’origine de ce projet.

Voir aussi de Régis Sauder : Être là

Des billets d' Isabelle Regnier sur le Monde, de Nicolas Bole sur le Blog Documentaire, de Mathilde Blottière sur Télérama.fr et de Sébastien Chapuys sur Critikat. 


Nous, princesse de Clèves

Régis Sauder, 69 minutes, France - 2010


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