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Pourquoi j'arrête : le texte vérité de Keno Don Rosa

Par Pmspg Disney

Le texte présenté ici est la traduction en français du texte publié par Keno Don Rosa, non pas dans le dernier volume de la DON ROSA COLLECTION comme initialement prévu, mais sur internet, pour les raisons expliquées ci-après.

Ce texte m’a semblé assez important pour comprendre l’artiste et j’ai donc pris le temps de le traduire en essayant d’être le plus fidèle au texte écrit . Bonne lecture !

Pour les amateurs de VO, l’original se trouve ici http://career-end.donrosa.de/

Pmspg

L’EPILOGUE

La COLLECTION DON ROSA est un ensemble de 9 volumes luxueux publiés par Egmont qui raconte l'histoire de ma vie dans le monde de la bande dessinée, en particulier celle de Picsou et Donald Duck,  bande dessinée avec laquelle je suis devenu populaire. Traduite sous divers titres, cette série a fait son apparition en Finlande, en Norvège, en Allemagne et en Suède. En plus des textes spéciaux pour la série, j'ai écrit une autobiographie sur ma vie, du moins celle qui se rapporte à la bande dessinée. En conclusion de ces textes, il a toujours été prévu que j’écrive une sorte d’« épilogue » de ma carrière, dont l'objet serait de toute évidence les raisons pour lesquelles j'arrête. Ce n'était pas un texte que j’étais impatient d’écrire, mais c'était nécessaire. Il fallait se remémorer beaucoup d'émotions et d'expériences malheureuses. J'ai reporté ce travail jusqu'à la dernière minute, mais en Septembre 2012 je ne pouvais plus reculer et j'ai écrit ce que j'avais à écrire.

J'ai toujours su que ce serait difficile à publier pour Egmont. Mais je suis fier et heureux de dire que, avec quelques modifications mineures, ils ont décidé de l'accepter. Et l'épilogue devait paraître à la fin du volume 9.

Cependant, il n’en fut rien. Au dernier moment, la société Disney a refusé de laisser mon texte paraître dans une collection publiée sous sa licence. Par ailleurs, la collection paraissant également sous ma licence, j'avais donc aussi le pouvoir d'empêcher les 3 derniers volumes d'être publiés s’ils ne contenaient pas mon texte final tel que prévu. Mais c'était impensable ! Les fans avaient déjà reçu les 6 premiers volumes, et pas à prix réduits ! De plus la collection était si magnifiquement réalisée par Egmont ! Je ne pouvais pas ruiner leurs efforts.

J'ai donc accepté de permettre à ces 3 volumes de sortir pour autant que je sois autorisé dans le volume 9  à diriger les lecteurs intéressés vers l '«épilogue», tel qu’il  apparaît sur ce site privé.

S'il y a quelque chose dans mon texte que quelqu'un ne souhaitait pas révéler au grand public, il me semble que sa publication dans une collection coûteuse et qui ne touche que quelques milliers d'acheteurs dans différents pays aurait été une révélation assez inoffensive. Mais maintenant le texte sera sur INTERNET. Cela n'a jamais été mon intention initiale.

Merci.

POURQUOI J’ARRETE

Dans les premiers volumes de cette série,  j'ai écrit les chapitres d'une autobiographie qui raconte l'histoire de ma vie dans les bandes dessinées. J'ai décrit comment j'étais un fan invétéré des bandes dessinées, collectionneur et dessinateur amateur qui aimait beaucoup de genres de bandes dessinées, mais dont les coups de cœur étaient (comme tant d'autres fans de comics) les histoires de Carl Barks avec Donald Duck et Picsou (qu’il a lui-même créé). Et comment, quand j'étais entre deux âges, j’ai littéralement chaviré du jour au lendemain, vers une carrière non pas de simple auteur professionnel / dessinateur de bande dessinée, mais de mes comics préférés, les Canards de Barks ... en particulier son Picsou ! Et comment je suis finalement devenu inexplicablement renommé à travers le monde en raison de la popularité durable des personnages de Barks. J'ai décrit les joies illimitées cette vie nouvelle et soudaine destinée à un fan Barks aussi ardent que moi. Mais maintenant nous sommes dans le dernier volume de cette série et l'histoire doit être révélée complètement. Dans cet épisode autobiographique final, je dois dire à la fin de l'histoire: Pourquoi ... j’arrête.

Je vous ai dit les joies innombrables d'être proclamé comme le dessinateur actuel le plus populaire de la bande dessinée la plus populaire au monde. Mais je n'ai pas mentionné les revers de la médaille - les nombreuses difficultés et les frustrations amères issues de cette expérience. Certaines d'entre elles sont d'ordre physique et certaines sont d'ordre philosophique. Certaines, je les avais en moi durant ma carrière mais la principale était déjà inhérente au système. Il ne peut pas y avoir de raison simple et unique qui explique que j'aurais volontiers quitté le travail qui était mon rêve d'enfance. Et je dois être honnête et admettre que, comme Donald Duck, pour certains de mes problèmes, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Mais des nombreuses raisons pour lesquelles je m’arrête enfin, peut-être y en a-t-il six principales, et je vais essayer de les expliquer dans l'ordre inverse ...

Raison n° 6 : J'ai travaillé trop longtemps

C’est une raison faible, mais c’est néanmoins un fait dans ma vie. J'ai eu le "malheur" d'être né dans une famille riche qui possédait une entreprise de construction importante. J'étais le seul enfant mâle dans cette famille et il avait été décidé pour moi depuis la naissance que je reprendrais l'entreprise quand je serais grand. A cette fin, je suis allé travailler dans l'entreprise familiale à un âge précoce, probablement autour de 14 ou 15 ans. Cela signifie que je n'ai jamais eu de vacances d'été. Du moment où l’école se terminait au printemps jusqu'à ce qu'elle recommence à l'automne, je devenais un ouvrier de chantier temps plein. Mais j'ai apprécié cette opportunité – le niveau de rémunération était assez bon, et il m'a permis de gagner un peu d’argent avec lequel j’ai pu profiter de nombreux passe-temps et collections. C'est une des raisons principales pour laquelle j'ai pu construire une des plus grandes collections de bandes dessinées américaines à l'époque où les anciens numéros étaient «relativement» peu coûteux. Mais elle m'a aussi volé une grande partie, peut-être la partie la plus importante, de mon enfance et toute sorte de vie sociale.

Après le lycée, je suis allé directement dans une école d'ingénierie qui est probablement l’école en quatre années la plus difficile, ce qui signifie beaucoup de cours, de longues séances en laboratoire quotidiennes, et des tas de devoirs très techniques. Une année, a été inclus également un camp d'arpentage d'un mois pendant l'été. Mais il n’y avait naturellement toujours pas de vacances entre les semestres. Comme lorsque j’étais au lycée, non seulement ai-je travaillé à la Keno Co. Rosa tout l'été, mais également pendant les vacances de Noël et de printemps. Mon diplôme en poche, je suis allé travailler dès le lendemain à temps plein dans l'entreprise familiale. A cette époque, quand je n'étais pas en train d’étudier ni de travailler, j'étais occupé à écrire des articles et des bandes dessinées dans chaque numéro de plusieurs fanzines pour collectionneurs de bandes dessinées. Et je n'ai jamais pris de vacances.

En 2008, j'avais travaillé à temps plein pendant plus de 40 ans. La plupart des américains prennent leur retraite après 30 à 35 ans. Avec tout ce qui était en train de miner mon esprit (voir ci-dessous), je pensais que j'avais finalement gagné le droit de ralentir et de prendre le temps de profiter de la vie et de passer plus de temps avec ma femme et ma réserve naturelle. Mais au-delà d’avoir travaillé trop longtemps, il y avait aussi autre chose - je me réfère à la raison n° 5.

Raison n° 5 : Je travaille trop dur

C'est un des problèmes personnels que j’ai eu dans ma carrière dans la BD - trop d'enthousiasme. C'est un aspect de ma personnalité : je ne sais pas comment faire quelque chose sans me laisser consumer par la passion. Peut-être que cela vient de ma formation à un âge précoce comme travailleur dans un emploi manuel pour l'entreprise familiale et mon formatage par les rigueurs de l'école d'ingénieurs. Et c'est peut-être quelque part ancré en moi, comme tout Américain. Je ne sais pas si les Européens savent cela à propos des Américains, mais travailler dur est une chose qui fait partie de nos gènes. Cela a quelque chose à voir avec le fait que les Européens qui ont émigré en Amérique avaient un esprit de pionniers qui travaillent dur et c’est naturellement devenu notre culture. Le travailleur américain moyen pourrait obtenir un maximum de deux semaines de vacances par an. Dans les entreprises comme la construction, les travailleurs américains n’ont pas de congés payés. Au cours de mes voyages en Europe, j'ai appris comment vous réussissez à obtenir 4 à 6 semaines de congés payés par an, et beaucoup de temps libre supplémentaire pendant les heures de travail. Ainsi, j'ai commencé avec cette éthique de travail acharné reçue en héritage de mon grand-père Keno qui travaillait dur, à l’italienne, et je me suis construit avec elle de façon exponentielle.

Je ne sais pas si vous avez une expression similaire dans votre pays, mais je suis ce qu'on appelle ici un bourreau de travail. Je suis incapable de me détendre. L'inactivité me rend nerveux et en quelque sorte «coupable». À  tel point qu’à la fin des années 1970, je me suis retrouvé incapable de m'asseoir et de regarder la télévision, et je ne l'ai pas fait depuis lors. Je ne peux que regarder des films ou séries TV en DVD, car je peux le faire pour des périodes d'environ 45 minutes avant de ressentir le besoin d'aller faire quelque chose de "productif". J'ai même le sentiment d’avoir inconsciemment acheté une maison qui me ferait travailler encore plus dur pendant mon temps «libre». Je maintiens cette "réserve naturelle"  de 10 hectares (25 acres) comme s'il s'agissait d'un parc national, avec des kilomètres de sentiers de randonnée et de prairies qui tous nécessitent une tonte et une taille constante ainsi que des traitements pour empêcher qu’ils soient récupérés par les forêts environnantes. Mes week-ends ne sont pas du temps libre. Mes samedis sont consacrés à des excursions en ville avec la liste de courses, mes dimanches sont consacrés aux travaux de jardinage. (Une carte de la réserve naturelle Rosa suit ce texte.)

Mes habitudes de travail sont devenues plus intenses quand je suis tombé dans mon job de rêve de l'écriture et des bandes dessinées avec les Canards de Barks. Je pense qu'il est évident que les fans n'aiment pas mes histoires à cause de mon "superbe" style. C'est le travail acharné qu'ils ont clairement vu et que je prodigue sur chaque case et chaque intrigue. J'ai toujours dit que les lecteurs doivent aimer mes histoires parce qu'ils pensent que «pour que quelqu'un mette de toute évidence autant de travail dans un art si mauvais, il faut qu’il y prenne du plaisir !" Et ils s'amusent à me regarder. Vous pouvez voir que j'ai compensé mon manque de talent artistique en fourrant tout un tas de «détails inutiles et irritants » dans chaque case. Dans ces 9 volumes de bandes dessinées vous avez vu combien de travail j'ai mis dans ces histoires, qu’une grande partie des lecteurs ne réalise même pas - je fais beaucoup de choses en secret juste pour mon propre amusement.

Mais il me faudra de nombreuses années pour guérir de mon incapacité à me détendre. Même si j'ai arrêté de création de bande dessinée il y a 5 ans, je n'ai toujours pas pu faire autre chose que travailler jusqu’à 17 heures tous les jours. Mais maintenant il s’agit de travaux de jardinage ou de nettoyage de la maison, ou si cela a un rapport avec une de mes passions, c’est une forme de «plaisir» telle que l'organisation de la bibliothèque ou le nettoyage de l'équipement de camping. Je ne me permets jamais de regarder un film ni de lire. Etre un bourreau de travail est une maladie dont il est difficile de guérir.

Raison n° 4 : Ma popularité

Pendant les 15 dernières années de ma carrière, je savais que mon plus gros problème était ma popularité auprès des fans de BD, couplée avec le fait que je suis d'abord et toujours un fan moi-même. Ainsi, l'attention portée par les autres fans était extrêmement importante pour moi ! Et quand j'ai commencé à visiter l'Europe et à voir comment les personnages  de Barks sont toujours bien appréciés là-bas, c'est devenu une sorte de devoir sacré. Pendant des décennies, les fans européens ont voulu montrer leur reconnaissance aux écrivains et artistes de ces bandes dessinées, mais Monsieur Barks était vieux et n'a jamais voyagé, et d'autres écrivains et artistes vivaient en Amérique du Sud, d’autres encore n’ont jamais voyagé ou ne sont peut-être pas intéressés à partager leur temps avec des lecteurs de bandes dessinées. Donc, je me sentais le représentant de Monsieur Barks et de tous les scénaristes et dessinateurs de ces BD favorites. J'ai été invité par tous les éditeurs de canards à travers l'Europe pour rencontrer les fans, donner des entrevues aux médias, et apparaître dans des opérations promotionnelles particulières. Cela semblait important pour moi ! J'ai senti que c'était une «mission de Dieu» qu’il était de mon devoir de me trouver miraculeusement poussé dans une telle position.

Une des premières fois où j'ai réalisé que c'était un problème, c'est que nous écrivains et artistes de ces bandes dessinées sommes tous payés à peu près pareil, un taux forfaitaire par page. C’est du travail à la pièce. Et j'étais déjà le scénariste ou le dessinateur le plus lent en raison de mon inexpérience et de ma façon de vouloir en faire toujours trop. Mais j'étais le créateur de BD qui a été appelé à voyager à travers l'Europe en étant si bien traité et à rencontrer beaucoup de gens sympas. Et c'était si agréable que ça m'a pris quelques années pour me rendre compte que les écrivains et les artistes qui n'étaient pas aussi populaires que je l'étais restaient à la maison et continuaient à travailler. Normalement, l'auteur ou l’artiste ou l’acteur le plus populaire gagne plus d'argent que les autres et pas moins. Mais dans ce système, la situation où ma popularité m'avait mise faisait que mon revenu était inférieur aux autres parce que mon travail était plus populaire.

L'autre «malédiction» de la popularité était le nombre de courriers de fans que j'ai commencé à recevoir. Maintenant, normalement quand quelqu'un a autant de succès et est aussi populaire que ces personnages m’avaient rendu, il devrait être en mesure de se permettre d'embaucher des assistants pour l’aider dans son travail et sa correspondance. Mais mon salaire n'était même pas suffisant pour une seule personne, alors imaginez pour plusieurs. Et encore une fois, en tant que fan moi-même, je ne pouvais certainement pas me permettre d'ignorer tout simplement les tas de courriers de fans comme je pensais que les scénaristes les plus sains d'esprit ou les dessinateurs peuvent faire. Donc, j'ai toujours répondu à 100% de mes courriers de fans moi-même par des réponses personnalisées. J’envoyais des dessins gratuitement si le fan le demandait et j’espérais que le fan ne demanderait pas un dessin en couleur, parce que j’aurais envoyé un dessin en couleur. Je prenais peut-être un jour de relâche par semaine ou une semaine de relâche entre les projets d'articles, juste pour répondre aux courriers des fans. Ceux d'entre vous qui m'ont écrit à cette époque peuvent témoigner que je dis vrai.

Mais, à la fin des années 90 nous étions dans l'ère de l'e-mail. Avant, un fan devait traquer mon adresse postale par tous les moyens, s'asseoir et écrire à la main une lettre, la mettre dans une enveloppe, écrire l’adresse, coller un timbre au bon tarif international sur le coin et la déposer dans une boîte aux lettres. Avec l'Internet, tout ce qu'ils avaient à faire était de tout simplement trouver mon adresse e-mail, taper un message et appuyez sur "ENVOYER". Le courrier électronique de fans a augmenté de façon drastique ! J'ai réalisé que je passais 2-3 heures à l'ordinateur chaque matin, peut-être une heure autour de ma pause déjeuner de 15 minutes, puis quelques heures plus tard dans la nuit répondre aux courriers des fans ! Même un hurluberlu comme moi pouvait voir qu'il fallait arrêter! Donc, à un certain moment j'ai tout simplement cessé répondre à tous les courriers de fans. Mais c'était pour moi la seule façon de faire et qui soit juste. Comment pouvais-je décider qu'un fan méritait une réponse et pas un autre fan ? Juste parce qu'un fan était plus âgé et écrivait un gentil et long message pour moi en anglais (la seule langue que je sois assez intelligent pour lire), ce n'était pas une raison pour laquelle il méritait lui une réponse et pas le jeune fan qui ne savait pas écrire l'anglais aussi bien. Ignorer tout le courrier des fans fut une décision très difficile pour moi.

Mais j'essaie de compenser par d'autres moyens. Par exemple, quand je suis invité à un festival de bande dessinée européen ou à une signature en librairie, je vais passer 10-11 heures non-stop au service de la file des fans. Après tout, certains d'entre eux patientent dans la file d'attente pendant 5 ou 6 heures juste pour me parler pendant quelques minutes - comment puis-je faire une pause et dire à tout le monde de rester là et d'attendre jusqu'à ce que j’ai envie de revenir ? Pas possible ! On me demande souvent comment je fais ? Ne suis-je pas fatigué ? Non, je ne suis jamais fatigué physiquement. En effet, après plusieurs heures, je sens que mon énergie augmente et que je pourrais continuer sans cesse. C'est évidemment l'énergie que je reçois de mes fidèles fans qui me pousse.

Raison n° 3 : La dépression

Je serai bref sur cette raison. Ma dépression est une conséquence directe des raisons  1 et 2, comme vous le verrez. La dépression est un problème très invalidant et difficile à comprendre. J'ai appris que  soit vous ne savez pas que vous devenez peu à peu sa victime, soit vous êtes dans le déni inconscient que vous êtes en dépression. Je n'aurais jamais imaginé que je pouvais avoir un problème de santé mentale sans le savoir. Ma dépression est le résultat de ma prise de conscience que j'allais bientôt avoir à arrêter à cause de la raison n° 1 et que j’étais triste que les choses tournent ainsi alors qu’il était dans le pouvoir de tant de gens de changer le système si elles l’avaient voulu. La dépression a pris de l'ampleur après que la grande raison n° 2 eut atteint son paroxysme. Je ne faisais que voir un psychologue brièvement - il m’a semblé qu’après avoir réalisé que je souffrais de dépression, cette prise de conscience suffisait pour résoudre environ 80% du problème. Les % restants seront toujours en moi, je suppose, puisque je vais toujours regretter amèrement que ce système ait finalement anéanti mon enthousiasme pour mon plus grand amour. Mais c'est la vie.

Une autre façon de me mettre à comprendre cette dépression était la suivante : il y a deux extrêmes dans un poste... la chose la meilleure possible dans votre travail et la pire. La meilleure chose possible est que vous aimez votre travail avec chaque fibre de votre être, vous y pensez jour et nuit, vous vivez à chaque instant, vous le voyez comme la mission de votre vie, il consume chaque once de votre passion. La création des bandes dessinées des Canards était ainsi pour moi.

Et quelle est la pire chose concernant votre emploi ? Curieusement ... ça pourrait être la même.

Raison n° 2: Ma @ # $% & de mauvaise vue !

J'ai souffert de myopie congénitale depuis la naissance. Quand mes parents ont réalisé que ce n'était pas normal pour un enfant de 5 ans de s'asseoir avec le nez sur l'écran du téléviseur, j'ai porté des lunettes épaisses. Eh bien, j'ai grandi avec des lunettes sans que cela ne m'ait jamais dérangé. C'est peut-être parce que j'étais myope que j'ai aimé faire toute ma vie des choses qui ont impliqué de voir de près, comme lire des bandes dessinées et faire des dessins d'art très détaillés. Donc, je ne me plains pas des 55 premières années de ma @ # $% & faible vision même si c'est peut-être la raison (ou l'une d’elle) pour laquelle que je vous écris cette autobiographie dans le 9ème volume de mes propres bandes dessinées.

Mais la myopie extrême commence à causer de sérieux problèmes à mesure que progresse l'âge. Autour de 2006, j'ai commencé à éprouver des troubles de la vision quand je me bougeais mes yeux, le trouble n'a jamais cessé à mon point focal. On m'a dit que c'était tout simplement mes yeux usés qui commençaient à partir en lambeaux. Ensuite, en 2007, j'ai commencé à avoir du mal à aligner correctement mes yeux. Il s'agit d'un petit problème corrigé par des verres de lunettes à prisme. Cependant, en 2007, je ne pouvais plus voir assez bien à travers mes lunettes pour dessiner normalement. J'ai dû dessiner sans mes lunettes et avec mon nez touchant quasi littéralement le papier. Ce fut très pénible ! Mais c'était la seule façon pour continuer. Plus je progressais dans les 20 ans et + de ma carrière professionnelle dans les BD, plus ma vitesse de travail diminuait au lieu d'augmenter.

Au début de 2008, j'étais à un moment de ma vie où je devais prendre une décision. Je voulais continuer à faire des histoires de mes personnages préférés, mais (à cause de la raison n° 1), j'avais perdu mon enthousiasme, qui était la seule chose qui m'avait permis de tenir pendant les 15 années précédentes. La dépression, le burn-out, les yeux défaillants ... Je ne savais pas décider ce que je devais faire. Puis, en mars 2008, mon corps semblait dire: «Tu ne peux pas te décider ? Essaie ceci !» Et la rétine de mon œil gauche s’est décollée.

Permettez-moi aussi brièvement que possible de décrire un décollement de la rétine avec l'espoir qu’aucun d’entre vous, n’ait jamais à l’expérimenter dans la vraie vie. Cela arrive souvent aux gens aux alentours des 90 ans, ou aux victimes d’une myopie extrême comme votre serviteur. La myopie est le résultat d'une distorsion de la forme du globe oculaire à la naissance, et si cette distorsion est assez prononcée, elle met une pression sur la rétine, la membrane ultra-fine à l'arrière du globe oculaire. Après 57 ans, ma rétine gauche avait eu tout ce qu'elle pouvait supporter et a commencé à se décoller de mon œil ce qui mène à la cécité. J'avais remarqué une petite tache aveugle au bord de ma vision, j'ai donc pris rendez-vous avec un médecin le samedi, le seul jour où je vais normalement en ville. Mais au cours de la semaine, la tache aveugle commençait à se propager et avait atteint mon point focal gauche quand j'ai finalement été examiné le samedi. Je me rappellerai toujours du 17 mars 2008 comme le jour le plus effrayant de ma vie. L'ophtalmologiste a dit à ma femme d’incliner le siège de la voiture et que je devrais m’allonger, aussi horizontalement que possible, pendant qu'elle me conduisait aux urgences chirurgicales, tout en faisant attention à éviter les bosses ! Quoi ? Ma rétine gauche était près de se détacher complètement de mon œil, et si un choc avait arraché le reste, la cécité permanente pouvait en résulter. J'ai eu de la chirurgie oculaire d'urgence dans l'heure - je suis sûr que si j'avais su quelques jours à l'avance la procédure, j'aurais été encore plus terrifié.

J'ai appris plus tard que les personnes âgées qui ont eu de la chirurgie pour un décollement de la rétine et de la chirurgie à cœur ouvert disent toujours qu'elles préfèrent la chirurgie cardiaque. La chirurgie elle-même n'est pas le problème ... c'est la reprise. Après avoir scellé les déchirures rétiniennes grâce à la chirurgie au laser, la rétine doit être poussée contre le fond du globe oculaire afin qu'il puisse se rattacher et guérir. La seule façon d'accomplir cela est de drainer le liquide hors de l'œil et de le remplir avec une bulle de gaz. Ensuite, le patient doit avoir la face vers le bas afin que la bulle puisse appuyer sur la rétine en place. Face vers le bas à chaque instant, jour et nuit, 24 heures par jour, 7 jours par semaine, pendant autant de mois qu’il faut pour que la bulle disparaisse progressivement. C’est plus difficile à faire qu'il n'y paraît. Pendant la journée, je m’agenouillais sur une chaise spéciale avec mon visage orienté vers le bas posé sur un coussin, lisant ou regardant la télévision à travers un miroir. La nuit, je dormais assis avec mon visage orienté vers le bas sur mes genoux reposant sur une pile de coussins. Cela a duré environ 2 mois. Et n'a rien fait du tout pour m’aider dans ma dépression.

Mais surtout, ça a marché pour mon œil, mais un peu seulement. La rétine s’est remise en place avec succès, mais avec un angle de 10 degrés d’écart, et avec des cicatrices résultant de la manière dont il était endommagé avant la chirurgie d'urgence. Cette cicatrice me donne une vision déformée, ce qui rend les lignes droites ondulées. Je ne savais pas encore cela puisque, après la chirurgie, ma vision de l’œil gauche était très floue jusqu'au 6ème mois quand le chirurgien a pu à nouveau entrer dans ce même œil, enlever les cataractes causées par la chirurgie, et remplacer le cristallin de l'œil. Ensuite, le verre gauche de mes lunettes était très mince en raison d'une nouvelle lentille dans l'œil, tandis que le verre droit était aussi épais qu'auparavant. Et comme vous le savez peut-être, la vision à travers un verre de lunettes épais est grandement réduite par rapport à une vision normale.

Par conséquent, le résultat était que j'avais une vision très étroite par mon œil droit, tandis que mon œil gauche avait une vue inclinée de 10 degrés, déformée et très large. Ainsi, j'ai pu voir, mais j'ai vu deux fois, comme vous le feriez si vous louchiez très légèrement. Et pourtant, je ne me plains pas ! J'ai de la chance de pouvoir voir tout simplement. J'ai subi une chirurgie au laser plus faible dans les deux yeux pour éviter que les déchirures rétiniennes existantes (et elles étaient nombreuses) se traduisent par un autre décollement de rétine.

Quoi qu'il en soit, ce fut la raison immédiate pour laquelle j'ai arrêté. Il ne m’était absolument plus possible de dessiner le genre de dessin qui me rendait si populaire avec tous ces « détails inutiles et irritants» si amusants. J'ai été capable de faire de nouvelles illustrations pour les couvertures de cette collection puisque j'ai toujours un «bon» œil et que je peux les dessiner très gros, je dois enlever mes lunettes, mettre un bandeau par-dessus mon mauvais (pire?) œil, et encore dessiner avec mon nez sur le papier. Et cela prend encore plus de temps qu'avant, si c’est possible.

Après la chirurgie, beaucoup de fans m'ont demandé: si je ne peux plus dessiner, pourquoi ne puis-je pas écrire des histoires de canards et les faire dessiner par d’autres ? La réponse est que, philosophiquement, je ne ferai plus aucun travail pour ce système à cause de la raison n° 1 ...

Raison n° 1 : Le système des bandes dessinées Disney

Combien de gens connaissent le fonctionnement du «système Disney » en matière d'œuvres de bandes dessinées ? Quand le je décris à certains fans qui me le demandent, ils pensent souvent que je plaisante ou que je mens. Ou bien ils sont outrés. Mais il est regrettable qu'il n'y ait jamais eu, et j'ai finalement réalisé qu'il n’y aura jamais de royalties versées aux personnes qui écrivent ou dessinent ou autrement dit créent toutes les bandes dessinées Disney vous avez déjà lues.

Les bandes dessinées Disney n'ont jamais été produites par la société Disney, mais ont toujours été créés par des scénaristes et des artistes indépendants travaillant pour des éditeurs indépendants agréés, comme Carl Barks travaillant pour Dell Comics, moi travaillant pour Egmont, et des centaines d'autres personnes travaillant pour de nombreux autres licenciés Disney. Nous sommes payés un taux fixe par page par un éditeur pour qui nous travaillons directement. Après cela, peu importe combien de fois cette histoire est utilisée par les éditeurs de BD Disney à travers le monde, peu importe combien de fois l'histoire est reproduite dans d'autres revues, séries, livres cartonnés, albums, éditions spéciales, etc, etc, peu importe les ventes, nous ne recevons pas un sou pour avoir créé ces œuvres. C'est le système dans lequel travaillait Carl Barks et c'est le même système qui fonctionne aujourd'hui.

Comment un système si archaïque peut-il encore fonctionner au 21e siècle alors que des royalties ont été payées dans d'autres activités de création depuis déjà plusieurs siècles ? Tous les auteurs de livres, les musiciens, les acteurs, les chanteurs, les dessinateurs non-Disney, y compris les gens qui jouent dans les publicités télévisées ... reçoivent tous des royalties si le succès est au rendez-vous. Même Disney verse des royalties aux créateurs et interprètes de ses propres films et émissions de télévision ainsi que dans le livre et l’industrie musicale. Aussi loin que je peux dire, corrigez-moi si je me trompe, mais ce ne sont que les créateurs de bandes dessinées Disney qui n'ont aucune chance de recevoir une part des bénéfices en cas de succès des œuvres qu'ils créent.

Pourquoi est-ce ainsi ? Je ne sais pas.

Mais je n'ai certainement jamais commencé à faire des bandes dessinées Disney parce que je voulais devenir riche. Je suis né dans une entreprise de construction prospère et j’ai accepté une réduction drastique de mes revenus (et une charge de travail considérablement plus élevée) pour créer des bandes dessinées basées sur les personnages de Barks. Je n'avais même jamais rêvé qu'ils étaient encore populaires hors des Etats-Unis. Quand je suis allé travailler pour Egmont, je ne m’attendais toujours pas à gagner beaucoup d'argent - je savais que j'étais un relatif amateur, et j'étais ravi d'avoir un moyen de continuer à créer ces histoires. En plus de cela, mes histoires étaient utilisés dans des anthologies de la bande dessinée avec de nombreux autres ouvrages vraiment bien dessinés, et mes histoires n’étaient publiées que quelques fois par an. Mais après quelques années, j'ai commencé à remarquer que les éditeurs ont mentionné mon nom sur la couverture, comme ils le faisaient avec celui de Barks... ce qui m'a rendu très fier ! Mais ce n'était toujours pas la raison pour laquelle les gens achetaient ces bandes dessinées. En fait, on m'a dit que la plupart des lecteurs n'aimaient pas mes histoires à cause de mon dessin étrange et détaillé et des intrigues trop complexes. Je pouvais facilement le croire. La vie était belle.

Puis deux pays ont commencé à produire une série des albums de Don Rosa. D'autres pays ont commencé à produire des calendriers Rosa. Ensuite, plusieurs autres pays ont commencé à produire des éditions spéciales cartonnés de Don Rosa qui sont devenus des best-sellers. J'ai été appelé à faire des tournées promotionnelles pour aider à vendre des livres publiant mon œuvre sans pour autant être jamais payé par des royalties sur les ventes. Quoi ? Hein ?

Et sur ces événements médiatiques de promotion quand je faisais des conférences de presse et des apparitions à la télévision nationale dans des talk-shows, des interviewers commentaient en privé sur la façon dont il doit être agréable pour moi d'être si riche en faisant quelque chose que j’aimais tant faire. Finalement, cela m'a frappé - tous les fans européens supposaient que j'étais millionnaire. Ils supposaient que lorsque je m’asseyais dans un magasin pour des dédicaces, sur les 30 euros par livre vendu en magasin, je touchais 5 euros sur chaque vente ! Whoa ! Je n'avais jamais pensé ne pas m'enrichir par ce travail que j'aimais. Mais c’est devenu très gênant quand j'ai découvert que tout le monde supposait que je touchais des redevances énormes. Ils ne pouvaient jamais imaginer qu'un tel système existe encore de nos jours (ou que l'auteur / artiste serait assez stupide pour y participer). J'ai commencé à me sentir comme un idiot de classe mondiale.

Ensuite, les éditeurs ont franchi l’inévitable étape suivante. Une nouvelle édition de mes aventures de Picsou n’était pas intitulé « Picsou » n° 1, mais «DON ROSA » n° 1. Le calendrier annuel « CALENDRIER DONALD DUCK » allait devenir le calendrier annuel «CALENDRIER DON ROSA ». Et les éditeurs n'ont même pas pris la peine de me prévenir quand ils ont publié ces produits Don Rosa en utilisant mon nom - en général, je l’apprenais simplement par un fan du pays où la publication paraissait. Je dépendais aussi de ce fan pour qu’il m'achète un exemplaire du livre Don Rosa puisque ces éditeurs ne me faisaient jamais parvenir d’exemplaire gratuit.

Cela était tout simplement trop scandaleux ! Je savais qu'il était temps de réagir ! Les fans qui ont vu ceci à travers des fuites sur Internet pensent à tort que je me suis mis "en grève". Cela n'a jamais été le cas... J'ai toujours eu une excellente relation de travail avec mon employeur direct, Egmont. Mais une nouvelle relation devait être établie.

J’ai donc fait appel à un avocat, à grand frais, et déposé mon nom à travers l'Europe et l'Amérique du Sud. Les éditeurs Disney gardaient toujours le droit de se servir de mes histoires - qui étaient la propriété de Disney. Mais mon nom n'est pas la propriété de Disney - c'est ma propriété. Je n'ai pas été tellement ennuyé parce que je ne recevais pas de redevances sur les produits vendus en utilisant mon nom, mais je n'avais aucun contrôle sur la qualité des présentations. Souvent, les mauvais scripts ont été utilisés par un éditeur ou un traducteur, souvent de mauvaises pages dessinées ont été utilisés sur des histoires à suivre, ou il y avait des erreurs de mise en couleur, etc. Ce genre de choses peut convenir dans un hebdomadaire, mais si un livre de toutes les histoires de Don Rosa est publié avec mon nom sur la couverture, les fans supposent que j'ai un certain contrôle sur le produit. Désormais, je montre que je le souhaite.

Je n'ai pas demandé de royalties. J'ai décidé de demander tout simplement une redevance annuelle pour l'utilisation de mon nom dans le but de vendre des produits. J'ai demandé l'avis de quelques représentants européens, d’auteurs et d’artistes et ai ainsi demandé combien je devrais exiger d'Egmont chaque année. J'ai reçu l'avis d’un agent pour une redevance équitable. Donc, puisque mon intention était surtout de montrer que je voulais une sorte de contrôle sur l'utilisation de mon nom et de la présentation de mon travail, les frais que j'ai exigés d'Egmont étaient exactement la moitié de la commission recommandée par l'agent. Je pensais que c’était une façon de montrer à Egmont que j'étais sérieux, mais que je n'essayais pas de les escroquer.

Mon éditeur Egmont a immédiatement accepté ! Je suppose qu'ils attendaient simplement de moi que je dise quelque chose. Après tout, ils sont une grande entreprise ... en fait, une organisation à but non lucratif ... alors pourquoi m'auraient-ils proposé une redevance avant que je la demande ? Tous les gens que j'ai jamais rencontrés à Egmont, en fait tous ceux que j’ai jamais rencontrés dans toutes les sociétés d'édition sous licence Disney dans le monde entier, sont tous des gens merveilleusement bons. Beaucoup sont devenus de bons amis. Je ne les tiens pas personnellement responsables de faire partie de ce système. Ils ne l'ont pas créé et je sais qu'ils ne l’approuvent pas personnellement (comment pourrait-on?). Oh et il devrait certainement être noté que, en retour pour ma collaboration à cette superbe série, Egmont me propose une «contrepartie» basée sur les ventes, et c’est la première fois que cette offre m’est faite par un éditeur.

Avec les éditeurs non-Egmont c'est une autre histoire. Je leur ai fait savoir qu'ils ne pouvaient plus publier les albums de Don Rosa en utilisant mon nom pour en faire la promotion à moins d'avoir mon autorisation. Tout ce qu'ils avaient à faire était de me le demander. Mais en fait, ils ne le faisaient pas. Je pense qu'ils refusaient tout simplement de réellement demander la permission à l'un de ces artistes ou auteurs dont ils avaient utilisé l’œuvre quand ils le souhaitaient, et comme ils le voulaient. Et ils n’allaient pas commencer à avoir d’égard envers quelqu’un après 60 à 70 ans. Ils ne m'ont même pas demandé ce que je voulais en retour, sans doute supposaient-ils que j’exigerais une redevance énorme sur leurs ventes ... en vérité, tout ce que je voulais, c'était le contrôle de la qualité et des numéros gratuits en tant qu’auteur. Ils n'ont jamais fait attention à ce que je voulais. Donc, à ce jour, c'est ainsi que vous voyez des collections Don Rosa en France, au Brésil, aux Pays-Bas,  en Italie, en Grèce et en Indonésie (et probablement dans d'autres pays, que je n'ai pas encore découverts) qui sont attribuées à un auteur "anonyme", même si ces éditeurs savent tous que mes fans vont bien reconnaître mon dessin bizarre même sans mon nom sur la couverture. Pourtant, ils ne peuvent pas utiliser mes textes annotés ou d'autres matériaux supplémentaires que j’aimerais que mes fans puissent voir. Mais tant qu'ils n'exploitent pas mon nom pour vendre leurs produits, je n'ai aucun grief contre eux lorsqu’ils publient des livres à partir de mon œuvre. (J’ai juste la chance que des fans de ces pays m'envoient des copies des livres Don Rosa, une chose dont les éditeurs devraient avoir encore plus honte !)

Cependant, l'attitude de ces éditeurs et de tout le système pesaient de plus en plus sur ma dépression montante. Je ne pouvais pas m'empêcher de réaliser que j'avais fourni à ces personnes 20 années d’un travail qu'ils allaient réimprimer et réimprimer encore durant le prochain siècle sans jamais me proposer un centime de royalties. C'était un ver insidieux qui a fait son chemin dans mon âme. Il a tué mon enthousiasme. Et mon enthousiasme pour les fans qui ont aimé ces personnages de Barks autant que moi était tout ce qui m'avait permis de continuer.

Et béni soit mon œil gauche d’avoir pris la décision inévitable à ma place.

CONCLUSION

J'ai écrit dans ces volumes d’innombrables fois que je ne suis pas un professionnel. Je suis un fan de comics qui a été autorisée à créer des bandes dessinées. Et finalement, je n'ai même pas réalisé que c'est encore plus vrai que je n’ai osé le penser ! Tout ce que j'ai fait, chaque geste professionnel que j'ai fait, c'était parce que j'aimais des choses que je n'ai pas créé.

Les fans qui savent que le système dans lequel nous travaillons nous, gens de la bande dessinée Disney, est injuste, m’ont souvent dit « vous vous êtes fait un nom pour vous-même maintenant ! Pourquoi ne pas arrêter ce travail ingrat et faire de la bande dessinée avec personnage que vous créeriez vous-même ? » Et les éditeurs m'ont souvent dit qu'ils publieraient quoi que ce soit que je créerai pour eux. Mais ma réponse a toujours été « N'importe quel personnage que je pourrais créer la semaine prochaine ... je n'aurais pas grandi avec. Je ne voudrais pas de lui. Mon plaisir est de créer des histoires avec les personnages que j'ai aimés toute ma vie. » Je suis un fan.

Etant un fan de la culture pop, c'est l'histoire de ma vie. J'ai amassé une énorme collection de bandes dessinées et de jouets de Donald et Picsou, de DVD et de CD et de bien d'autres choses que j'aime. Quand je suis allé travailler pour des fanzines au début des années 70, qu'ai-je fait ? Créer des bandes dessinées nouvelles ? Non, j'ai écrit des colonnes de questions-réponses portant sur tous mes sujets de prédilection de la bande dessinée, de la télévision et du cinéma. Je suis un fan.

Et j'aime toujours rencontrer d'autres fans. Je ne boude pas mon plaisir lorsque je rencontre des fans de BD. Je pars toujours en tournées annuelles de signature d’autographes en librairies, grands magasins ou boutiques de BD... c'est de cette façon que je maintiens un faible revenu. (Les magasins me payent une redevance pour faire leur promotion, alors que tous les autographes et dessins pour les fans sont toujours gratuits.) Mais je n'ai vraiment pas besoin de tant d'argent. Quand ma femme était enseignante, elle a assuré la majeure partie du revenu du ménage, et maintenant elle est à la retraite avec une pension régulière. Quand j'ai réalisé que je ne pouvais pas continuer à créer des bandes dessinées Disney plus longtemps, un ami a vendu une partie de ma collection de bandes dessinées (la partie «récente», de 1970 à 1985), et j'étais donc en mesure de rembourser le prêt hypothécaire de ma maison. Nous n'avons pas d'enfants. Je conduis la même voiture depuis 1978, et elle avait 30 ans à l'époque. Je n'ai pas besoin d'une maison de vacances - je vis déjà dans une maison en bois reculée dans la forêt. Je n'aime pas les vacances coûteuses ... nous aimons faire du camping. Nous avons tout l'argent dont nous avons besoin.

Comme Gary Cooper dans " Vainqueur du destin", je me considère comme l'homme le plus chanceux sur Terre. J'ai eu une enfance privilégiée. J'ai épousé une femme merveilleuse (et elle aime cuisiner !). Puis le destin a voulu que pendant plus de 20 ans, j'ai été capable de faire quelque chose qui était le rêve le plus cher de mon enfance. Pendant ce temps, j'ai rencontré des gens parmi les plus merveilleux lors de mes voyages à travers l'Europe ... rencontrer des gens chez les éditeurs de bandes dessinées, lors des festivals de bande dessinée, c'est comme faire partie de la véritable société - tous ces gens aiment les mêmes choses que moi, et ils sont devenus mes amis les plus précieux. J'ai été traité comme une star par des pays entiers (Carl Barks avait déjà préparé le terrain pour moi). Et quand je visite un pays étranger, j'ai de nouveaux amis désireux d'être mes guides privés, mes traducteurs et de m’inviter à dîner chez eux ! Même Bill Gates n’est pas traité aussi bien que moi ! J'ai des amis partout où Carl Barks m’a précédé. Et ça fait beaucoup de lieux !

J'ai toujours mes collections d’enfance. Une «cave» entière, comme un coffre-fort, remplie avec 40.000 bandes dessinées. Toutes les BD de Barks, mais aussi la plupart des BD américaines des années 1945-1970. Mes vieux magazines MAD. Mes magazines de films de monstres. Mon lot complet de "TV Guide" magazine. Plus une salle pleine de DVD de mes films préférés, deux ou trois pièces remplies de livres de mes auteurs préférés, une salle de livres sur les vieux films et des bandes dessinées publiées dans les quotidiens. Quand j'aurai finalement appris à me détendre, j'ai l'intention de rester assis et de relire et de regarder à nouveau tous ces divertissements préférés. C'est mon nouveau rêve le plus cher.

Je remercie Carl Barks pour la création de la bande dessinée que j'ai tant aimée au point que, par hasard, je me suis lancé dans l'œuvre bénie de rendre hommage à ces grands comics depuis plus de 20 ans. Et je vous remercie d’avoir reçu ce travail si gracieusement et de m’avoir fait sentir quelqu’un de très spécial ... jusqu'à ce qu’ils cassent mon esprit.

Mais si vous voulez bien m'excuser ... Je crois que je vais maintenant redevenir un simple fan.

Keno Don Rosa

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