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Django Unchained ou la place de l’homme noir dans la société américaine par DILLMATIC

Par Afrokanlife

Django Unchained, sûrement un des blockbusters de l’année dernière, aura fait couler beaucoup d’encre tellement le contexte historique et le mélange des genres peut prêter à confusion.

En effet le film de Tarantino raconte l’histoire d’un esclave, Django, vendu séparément de sa femme Brunhilde par les frères Speck. Ces derniers vont croiser le Dr. King Schultz ce qui résultera d’ailleurs en une malheureuse rencontre pour les frères mais la libération de Django en échange de service au bon Dr. King Schultz, leur aventure les menant à terme à libérer l’épouse de Django.

Voilà à peu près pour les grandes lignes du film que j’ai d’ailleurs eu bien du mal à écrire tant je ne voulais spoiler personne du plaisir de découvrir l’histoire au cinéma.

Maintenant le cinéphile que je suis ne pouvait se contenter de subir son “divertissement” et de ressortir avec une dévotion pour Tarantino entièrement renouvelée. Ne vous y trompez pas, c’est le cas ici tellement j’avais été déçu par Inglorious basterds. Le succès du film tenait à mon sens plus à son casting qu’aux dialogues.

Avec Django j’ai à nouveau eu la preuve que Tarantino est un génie de l’écriture et du cinéma tout simplement. Ce film propose plusieurs grilles de lecture de la place de l’homme noir dans la société américaine. Si Spike Lee avait été le réalisateur de ce chef d’œuvre je n’aurai pas été surpris tant il requiert peut-être d’être “dans la peau du sujet” si vous me permettez l’image, pour en comprendre les subtilités.

Commençons par Django, personnage passionné, sans pitié et un peu ridicule au travers duquel Tarantino fait une critique de l’aliénation des noirs ou plutôt la manifestation de celle-ci. Lorsque Schultz permet à Django une fois libre, de choisir lui-même ses propres vêtements que fait-il ? Ce qu’il fait immédiatement c’est de choisir les vêtements les plus fancy qu’il a vu un blanc porter, d’une couleur extrêmement flashy et ce en dépit du ridicule qu’il inspire.

Django-Unchained

Alors j’imagine en toute humilité que ce qui est montré ici, c’est le fait de l’aliénation que les noirs qui, une fois dans une position sociale un peu plus élevée qu’avant, immédiatement reproduisent certaines habitudes de ceux/celui qui les dominaient.

Entre les années 70 jusqu’au aujourd’hui on constate encore beaucoup d’afro-américains qui se rendent toujours plus ridicule par rapport à leur style vestimentaires toujours plus ostentatoire qu’on ait les ambitions d’une icône mode ou pas, souvent des vestiges d’une époque et sont censé être des indicateurs de richesses ou de l’élévation sociale de l’individu.

La seconde critique s’il en est de l’homme noir apparait au moment où Django rencontre d’autres esclaves. Django est confronté à deux choses. La manière dont il est perçu par les autres esclaves en tant qu’homme noir libre et la manière dont il est perçu par les blancs.

A ce moment-là donc un des esclaves n’arrête pas de lui lancer des sales regards, on sent qu’il le jalouse parce qu’il est habillé “comme un blanc”, et parce que c’est le seul noir qu’il ait vu qui monte à cheval. Plutôt que de se réjouir de l’accès de Django à une position sociale plus élevée, où il est libre, l’autre esclave se contente de le jalouser et d’éprouver du ressentiment envers Django, tant et si bien que celui-ci est obligé de le menacer de le frapper et de l’insulter pour que cessent les regards et les mots.

La troisième critique du noir aux USA est illustrée par l’apparition de Samuel L. Jackson sur l’écran. En effet celui-ci est l’archétype même qui à intériorisé sa condition d’esclave. Second du maître de la plantation, il est un peu l’équivalent esclave du Capo des camps. Faisant de l’excès de zèle quant à la discipline de ses congénères esclaves. Ce qui est intéressant ici est la relation entre Di Caprio et Jackson ou plutôt la relation entre leurs personnages.

Celle-ci rappelle dans sa forme la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel ou le second transforme sa condition d’esclave en se libérant de celle-ci à travers le travail. Rien d’aussi profond ou compliqué dans Django, mais on peut se poser la question de qui est réellement assujetti à l’autre ? Est-ce Jackson dont la place dans la société est conditionnée par sa naissance, ou Di Caprio qui est dépendant de son “valet” autant pour la gestion de sa plantation que pour son business de vente d’esclaves. La scène dans la bibliothèque de la plantation où Jackson assis boit son verre et fait la moral à son propriétaire en est la meilleure illustration.

Pour terminer je dirais que j’ai été vraiment très surpris qu’une partie de “l’intelligencia” afro-américaine avec à sa tête Spike Lee, se soit insurgée contre ce film, les uns disant qu’il bafoue la mémoire des Noirs, les autres qu’il est raciste. Je me pose la question de comment ces nouveaux puritains réagirait s’ils se voyaient offrir un ticket pour voir le magnifique “Amistad” de Spielberg sorti en 1998. Là oui il s’agit d’un film sur l’esclavage, et oui le film est dur, beaucoup plus dur que Django et dénué d’humour mais ce n’est pas le but.

Allez voir Django, faites-vous votre propre opinion et partagez la avec nous dans la partie commentaire, je serai ravi de discuter du film avec les lecteurs d’afrokan.


Cet article a été rédigé par DILLMATIC du blog DILLMATIC.
Bio de DILLMATIC : Créateur du blog musical et culturel dillmatic dont le but est de faire la promotion d’un “hip hop léché et classieux “, je vous partage mes découvertes à travers clips, documentaires et autres capsules vidéos.
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