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Pourquoi parler à mon chien, hein ?

Par Jeuneanecdotique
01 mai 2013

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Parfois, je parle à mon chien. Je discute avec lui, même. Et, si j'ai bien bu avant, j'ai presque l'impression qu'il me comprend, et que par ses mouvements de tête, de regards, il me répond.

Ellie : Enzo... Tu sais ce que c'est, d'avoir envie de mourir ?

Il me regarde, les yeux mi-clos.

Ellie  : Non, toi, tu survis, c'est vrai. Manger, dormir, faire pipi...

Il ouvre grand les yeux. "Faire pipi" est synonyme de balade. Il a eu de l'espoir.

Ellie : Mais est-ce que parfois, tu aimerais arrêter tout ça ? Arrêter de manger, ne jamais te réveiller et juste, je sais pas, tout stopper... Ne plus s'encombrer de ces réflexes primaires, et juste mourir ?

Il me fixe. Je ne sais pas s'il me comprend, mais en tout cas, il comprend que je lui parle. Il est même probable qu'il comprenne que je parle d'un truc un peu triste. Je passe ma main dans ses poils et je lui dis que je l'aime très fort. Il me lèchouille la main, puis me lance son regard d'innoncent à la "Non je te jure maîtresse, je ne t'ai pas léché la main, je sais très bien que c'est pas propre".

Ellie : Pourquoi tu continues, Enzo ? A faire tout ça ? Il n'y a donc que ça qui t'anime ? Te réveiller pour ta balade, manger tes croquettes, gratter de la bouffe à maman quand elle est à table, dormir et jouer avec tes peluches... Ca te suffit, tout ça ?

Bien sûr que ça lui suffit. C'est un chien. Si son occupation c'est de dormir, Pole-emploi ne viendra pas lui tirer les oreilles. S'il mange et qu'il joue avec ses peluches, on ne dira pas de lui que c'est un bébé. C'est juste un chien. Il n'a pas besoin de travailler, gagner sa vie, de penser à l'avenir... Il pense à la minute d'après. Il pense d'une seconde sur l'autre, et l'avenir m'effraie tellement que je fais pareil que lui.

Ellie : Moi aussi c'est un peu ce que je fais. Je me lève, je mange, je regarde des séries. Je mange, je regarde des séries, et je révise pour me donner l'illusion que mon avenir me préoccupe. Puis, je regarde des séries. Puis, je vais travailler pour payer l'essence qui me sert à aller travailler et gagner à peine de quoi allier crédit de téléphone et quelques magazines de temps en temps. Je rentre. Je te balade, donc je me balade en même temps. Je mange. Je regarde mes séries. Je me lave. Je dors. Voilà. Rien de bien profond, rien de bien travaillé, rien de bien... humain. Tout ça n'est que robotique. Un peu comme toi, Enzo. Sauf que toi, tu as le droit d'être comme ça.

Il me fixe et me tend sa patte. J'ai l'impression que quand on lui parle, et qu'il n'arrive pas à parler ou à donner une quelconque réponse, il tend la patte. Il fait bien.

Ellie : Moi je n'ai pas le droit. Ni l'envie. Parce que si je fais ça toute ma vie, est-ce que ça sera une vie ?

Il n'en sait rien, je crois. Moi non plus.

Ellie : L'avenir, l'avenir... La raison pour laquelle on se lève. Non ?

Il n'en sait toujours rien. Son avenir est hier, aujourd'hui, et demain. Puis un jour, tout s'arrêtera. J'hésite entre l'envier... Et lui souhaiter quelque chose de mieux. Quelque chose comme... Etre moi ? Il en ferait peut-être mieux usage que moi.

Ellie : Mais tu nous as, nous, Enzo. On est là pour toi.

Je le serre fort dans mes bras. Je lui fais des bisous au coin des yeux. Il se laisse faire, plutôt que de se débattre. Je le repose et ses petits yeux noirs me transpercent. On l'appelle le "chien aux yeux d'humain". C'est vrai qu'on dirait des yeux d'humains. Comme si ses yeux nous parlaient, nous soufflaient des mots.

Avec tout ça, j'ai l'impression de m'être consolée moi-même. De n'avoir parlé qu'à moi et pas à lui. Qui sait ?

Hommage à ce petit Enzo qui m'écoute toujours attentivement, même quand j'attends des réponses de lui qu'il ne peut pas me donner.

Pourquoi parler à mon chien, hein ?

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