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Le Cambodge au Festival de Cannes 2013

Publié le 22 mai 2013 par Cambodiaexpat @Cambodiaexpat

Certes, ce ne sera pas le film du siècle. Ce ne sera pas sans doute non plus la Palme d’Or du Festival de Cannes 2013. Mais ce sera beaucoup mieux que cela.

Rithy Panh, vous connaissez ? Cet homme est merveilleux. Il s’engage. Il dénonce. Inlassablement, il fait la promotion de la mémoire du peuple cambodgien. Il écrit. Il filme.

Parmi ses oeuvres, on retiendra pour le moment L’Elimination, redoutable d’efficacité narrative et d’émotion (voir article ici). Et ses films tels « Les Gens de la Rizière« , « Un soir après la guerre » et d’autres. Si vous ne connaissez pas ces moments douloureux de l’histoire récente, plongez vous dedans. C’était en 1975.

L’impact de Rithy Panh à Cannes est mondial (pour peu que les médias acceptent de s’emparer de l’info). Oui, il raconte, encore et encore, l’idéologie meurtrière, inexcusable, insupportable, indicible. et ce qui est formidable, c’est que son combat peut accélérer sans aucune récompense que la satisfaction de son idéal.

Alors je vous livre ici un article fort bien écrit sur sa présence cannoise, lisez-le jusqu’au bout, c’est touchant. Et c’est paru dans la Libre Belgique, merci les Belges !

Rithy Panh n’a de cesse de revenir dans les killing fields de son Cambodge natal.

« Au milieu de la vie, l’enfance revient » déclare en préambule le texte à la première personne qu’il a écrit pour ce film autobiographique. A cinquante ans, le réalisateur peut enfin se souvenir de la sienne, brièvement joyeuse, mais brusquement interrompue lors de l’entrée des Khmers rouges dans Phnom Penh, le 17 avril 1975.

Cette invasion est la première image manquante : celle d’une capitale vidée de ses habitants, que l’on envoie en camps de rééducation. L’autre image manquante, est celle des parents et des frères et soeurs du réalisateur qui n’en sont pas revenus. Pour combler ce vide, Rithy Panh peuple son film de figurines de bois, qui par la puissance évocatrice de son texte, prennent vie dans leur immobilité éternelle. Les seules images d’archives de L’image manquante sont précisément du « cinéma », du mensonge, de la propagande : celle des Khmers.

L'image manquante - Rithy Panh

L’image manquante – Rithy Panh au Festival de Cannes 2013

images et extraits sur Allociné ici

L’évocation des épreuves qu’il a endurée, des horreurs dont il a été témoin, se fait sans excès d’emphase ni pathos. Rithy Panh est un témoin lucide et sage, mais jamais manipulateur. Il en profite néanmoins pour interpeller ceux qui à l’étranger se sont laissés aveugler par les discours de Pol Pot et sa clique ou qui ont ensuite cherché dans la culture bouddhiste une explication au fait que tout un peuple se soit laissé conduire à la mort : « quand on a faim, qu’on est fatigué, que l’on est déshumanisé, on ne se révolte pas » déclare calmement le narrateur.

Au-delà du cas spécifique et unique du Cambodge, Rithy Panh interroge toutes les idéologies meurtrières, tous les mécanismes de destruction méthodique de l’individu. Encore une fois, son dispositif, fait de saynètes fixe avec des figurines inanimées est d’une remarquable efficacité. Comme il parvenait à redonner vie aux victimes invisibles et oubliées des bourreaux de S21 en amenant ceux-ci à répéter leurs gestes de tortures, Rithy Panh nous donne ici le sentiment d’être témoin de chaque scène, de chaque anecdote, de chaque mort dont l’enfant qu’il a été nous témoigne.

Magicien de la mémoire et du documentaire, Rithy Panh réussit le tour de force de nous rendre obsédante chacune des « images manquantes » qu’il a convoqué. Son cinéma est une déclaration de puissance contre tous les mensonges de l’Histoire, toutes les tentatives d’amnésie, toutes les propagandes – une leçon documentaire.


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