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Un tiers des développeurs web devraient changer de boulot

Publié le 22 mai 2013 par Abouchard

…et quand je dis ça, c’est pour dire qu’ils devraient s’orienter vers n’importe quel travail qui soit loin, trèèès loin du développement informatique. Même la moindre macro Excel devrait leur être interdite.

Revenons un peu en arrière. J’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog des comportements qui me font halluciner quand je fais passer des entretiens d’embauche.

Sur mes 12 années de carrière, je dois en être à pas loin de 10 ans à faire passer des entretiens. D’abord pour des stagiaires, puis pour des développeurs et par la suite pour des profils très variés.
Pendant longtemps, je faisais passer mes entretiens de manière très classique : je commençais par présenter l’entreprise, puis le candidat déroulait son CV, puis je posais des questions minutieuses sur ses expériences, pour enfin poser des questions techniques variées. Plus le temps passait, plus je me rendais compte que les entretiens se ressemblaient un peu trop ; à l’en croire, le candidat est à chaque fois un caïd faiseur de miracles ; en creusant un peu, je vois bien qu’il ne connaît pas la moitié des miracles qu’il est censé avoir fait ; sans parler des réponses parfois très exotiques à mes questions techniques…

Il y a quelques années, pour gagner du temps, j’ai changé ma manière de faire. Je commence dès le début de l’entretien par faire passer des petits tests techniques. Si ces tests se passent bien, on enchaîne (présentation de l’entreprise, déroulage du CV, questions-réponses). Si par contre le candidat échoue lamentablement aux tests techniques, je mets fin à l’entretien.

Cela peut paraître brutal, mais pour commencer je considère que mon temps est précieux (et si on regarde ma charge de travail, c’est une constatation, pas un fanfaronnade). Ce qu’il faut voir, surtout, c’est que les tests en question ne sont pas compliqués ; j’y vois un filtre me permettant d’identifier immédiatement les gros mauvais qui ne devraient pas vouloir être payés à coder.

Je ne vais évidemment pas dévoiler ici la teneur de ces tests (et je modérerais agressivement les commentaires qui le feraient). Mais sachez que je fais faire un test de programmation élémentaire, qui demande juste le minimum de logique algorithmique. En fait, je ne le vois même pas vraiment comme un test de programmation ; quand j’étais en école d’ingénieur, on l’utilisait pour expliquer la programmation à ceux qui n’en avaient jamais fait : «Vous connaissez les fonctions en mathématique, voici ce qu’est une fonction en informatique»

Et globalement, j’ai un tiers des candidats qui réussit le test sans problème ; un tiers qui sue sang et eau mais qui finit par y arriver ; et enfin un tiers qui échoue lamentablement d’une manière qui ne devrait pas exister.
Pour tout dire, j’ai déjà eu (trop) d’entretiens qui n’ont duré que 15 minutes, le temps de se rendre compte que le candidat n’y arrivera jamais, m’obligeant quelques fois à conclure en disant «Je suis désolé, monsieur, mais vous n’êtes pas informaticien».

Honnêtement, je n’éprouve aucun plaisir à dire ça à quelqu’un. Qu’il sorte tout juste d’école ou qu’il ait 10 ans d’expérience, je me sens toujours aussi mal. Mais soit le candidat se rend compte par lui-même qu’il n’a pas le niveau qu’il devrait avoir, soit il cherche des excuses ridicules ; et dans ce dernier cas, il me paraît parfois nécessaire de lui ouvrir les yeux.

Au cas où vous vous poseriez la question, j’affirme que cela ne dépend pas de la technologie utilisée. J’ai travaillé pendant 4 ans dans une start-up qui développait des services mobiles en Perl. Ce langage étant peu répandu en France, on recrutait de manière très ouverte, et on avait le même pourcentage d’échecs retentissants. J’ai travaillé pendant 1 an dans un environnement Java EE, et on ne recrutait que des développeurs expérimentés sur ces technologies ; et là encore, le taux était identique. Depuis 6 ans je recrute des développeurs PHP, et c’est la même chose.

Que faut-il conclure de ce constat préoccupant ? Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un problème avec les formations. Même si elles se multiplient − pour répondre à un besoin sans cesse croissant − elles semblent continuer à fournir les mêmes quotas d’excellent, de moyens et de mauvais informaticiens.
Je pense plutôt qu’avec le temps, le nombre global d’informaticiens a été multiplié dans de grandes proportions. Et parce qu’on vit dans une ère de zapping, où il faut aller très vite (surtout dans les recrutements !), on tombe statistiquement plus souvent sur le fond du panier − qui est comparativement plus représenté parmi les chercheurs d’emplois que le haut du panier, allez savoir pourquoi.
Facteur aggravant de ce phénomène, c’est de moins en moins par l’expérience professionnelle qu’on peut faire le tri dans les candidatures . Il faut rencontrer les gens pour les juger ; plus le niveau recherché est élevé, plus cela prend du temps pour le vérifier. C’est la raison pour laquelle cela prend moins de 15 minutes pour identifier quelqu’un qui n’est même pas informaticien. Après, entre un informaticien moyen et un bon informaticien, ça prend plus de temps pour faire le distinguo ; mais c’est une autre histoire.


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