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Croquer la pomme

Publié le 23 mai 2013 par Rolandbosquet

La_pomme

   Tout aurait commencé dans un jardin.  La Genèse ne dit pas s’il ressemblait alors au parc du Château de Courson ou à celui de Buckingham Palace. Point non plus de banc en fonte aux pieds ouvragés pour vénérables dames percluses de rhumatismes, de statue de Vénus aux formes callipyges ni de nurses en uniforme tirant par la main de jeunes enfants réfractaires. Quoi qu’il en soit, la description qui en est brossée dévoile un très beau jardin avec des fleurs toute l’année, des arbres fruitiers divers et variés et un pommier. Par contre, à aucun moment, il n’est fait allusion à d’éventuelles pelouses. Sans doute parce qu’aucun poste de jardinier n’y avait encore été créé. Les seuls êtres humains déambulant en effet sur la Terre de l’époque étaient précisément les deux et uniques résidents de ce jardin : Adam qui faisait la sieste à longueur de journée et Ève qui tenait à goûter à tous les fruits. Hélas, celle-ci trouva un jour un serpent lové entre les pépins de la première pomme qu’elle croqua. Elle cria de surprise et jeta le trognon n’importe où. Fortement contrarié, le propriétaire les chassa sans ménagement avec interdiction de revenir. La nostalgie de ce magnifique jardin devait malgré tout rester profondément ancrée dans la mémoire des descendants de ces deux premiers locataires. Certains scientifiques contestent aujourd’hui le récit de la Genèse et affirment qu’elle relève de la légende. Notamment les paléoanthropologues. Selon eux, la vie étant apparue dans les océans, il n’était pas possible qu’un jardin aussi bien entretenu ait pu exister. C’est oublier que les continents s’étendaient déjà un peu partout sur la planète. Ils formaient d’ailleurs une ile si gigantesque qu’il aurait fallu plus d’une vie aux meilleurs marcheurs comme Jean-Christophe Ruffin lui-pour en arpenter les innombrables plages. On peut donc imaginer que suite à une soudaine montée des eaux, un amphibien las de n’avoir plus pied dans l’océan se soit un jour échoué sur l’une d’elles pour souffler un peu. Trouvant le jardin admirable et à son goût, il s’y serait installé à demeure. On voit par là qu’en laissant un peu de temps à Ève pour sortir du bain on peut parfaitement réconcilier les deux hypothèses. Quoi qu’il en soit, c’est probablement en souvenir de ces jours heureux que nombre de villes et de villages organisent de nos jours sur la place du marché des échanges de boutures de géraniums ou de plants de salade et de tomates. Hélas, le jardinier, au jour d’aujourd’hui, ne peut plus se contenter de faire la grasse matinée jusqu’à sexte et d’enchaîner après un frugal repas avec une sieste monumentale jusqu’à vêpres. Il doit se lever dès l’aube, adresser quelque prière à la lune  pour obtenir l’autorisation de fendre la terre nourricière de son plantoir, se pencher avec révérence au risque de se briser les reins et glisser son plant, racine en avant, dans le trou constitué. De nombreuses oraisons seront ensuite indispensables pour acquérir auprès des agents de la météorologie le beau temps nécessaire. Le soleil sur les tomates et les melons, la pluie sur les haricots, les choux et les poireaux, de la chaleur pour les radis roses et de la fraîcheur, le matin, pour la cueillette des fraises. La vie du jardinier est difficile. C’est pourquoi il s’assoit souvent sur son banc à l’ombre du tilleul pour souffler un peu à son tour. Ah si ce jardin extraordinaire si bien chanté par Charles Trenet ne s’était pas justement situé en Normandie, Ève n’aurait pas croqué la pomme…. !

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