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Je vais te zlataner la gueule ! - III

Par Alainlasverne @AlainLasverne

 

  Une nouvelle "hénaurme", en quatre parties

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Tu n'as pas arraché le fil ? ", lui demande MC en agrémentant sa question d'un léger coup de coude sur l’arête du nez de son interlocuteur, lequel répond « Aie ! ».

MC lui tend son mouchoir et il se tamponne avec précaution. « Je n'ignorais rien de ce fil et de sa destination figure-toi, mon ami » révèle MC. Max, décidément peu loquace, répète « Aie ! » quand le détective lui donne un coup de genou peu dilatoire dans les parties.

« Avoue, mon ami. Tu t'épargneras quelques arrangements difficiles avec ton corps bientôt en lambeaux. Je n'aime pas la souffrance, mais du moment que ce n'est pas moi qui la subit je suis plutôt tolérant en la matière. A vrai dire, je m'en fiche éperdument et je peux te dire sans éprouver de gêne éthique ou de dilemme moral que je vais te briser le petit et le gros orteil avant de te faire faire des pointes. En tutu, mon vieux. J'ai un tutu dans la voiture. C'est pour une connaissance de mon patron qui aime la danse, tout en étant, je ne sais pourquoi, un peu effrayée par moi, alors que...

Mais tout ça ne t'intéresse pas, n'est-ce pas. Et moi non plus, d'ailleurs. On va arrêter les préliminaires. Enlève tes chaussures, je sais qui tu es, putain de terroriste ! Le fil mène à une bombe, ce que tu savais pertinemment. J'ai investigué ici, à l'insu de tous, ce qui m'a permis de trouver au moins une de tes bombes...Navimoto, amène les pinces. Je répète, où sont les autres bombes, chacal !?...

Avec un courage peu commun, MC saisit le monstre par une oreille et le traîne dans la pièce en exigeant l'emplacement de ses engins de morts que toute la chaîne, tout le paysage audio-visuel, tout le gouvernement et le reste de la France redoutent. Max ne tarde pas à dénouer sa cravate et à exiger à boire. « Donnez-lui tout de même à boire », dit Navimoto avec un sens de l'à-propos que certains pourraient trouver remarquable et un sourire absolument énigmatique.

MC lui retourne une claque pour son impudence, avant de lui demander d'aller chercher à boire pour tout le monde car l'heure est grave. Navimoto se relève et s'éloigne avant de se retourner. « Bebi ou Gola ? ».

MC lève une main et Navimoto reprend. « Pepsi ou Cola ? ». L'ignoble terroriste rajuste sa veste et répond « Une tasse de café, si cela ne vous fait rien. ». Cette immixtion peu subtile dans un débat fermé lui vaut un châtiment bref mais juste, auquel il répond d'un mot. Lequel est assez bref également.

Un peu plus tard, l'équipe assise autour de lui, MC distribue les carnets de prise de notes avant d'exposer son plan.

« Évidemment nous n'allons pas lâcher l'affaire. Ce serait une réussite ponctuelle et une défaite stratégique. On prépare pas l'avenir en restant dans le présent. Qui veut la paix prépare la guerre, mieux, la fait. Donc, nous allons faire sauter ces quatre bombes dont Max vient gentiment de nous indiquer l'emplacement. Ainsi nous pourrons revendiquer l'élimination de la menace. Quand au véritable auteur de cette « tuerie », comme diront ces crétins de journalistes, ce sera notre ami. Il sera malheureusement déchiqueté, un peu plus, par les bombes et peu capable de répondre aux médias ou aux autorités. Nous le ferons à sa place. Des questions ?...Heu non, non, je ne crois pas, Moktar. La pause-pipi, il fallait la faire avant. J'ai déjà distribué le timing de l'opération, tu n'avais qu'à regarder tes mails ou demander. Là, à vue de nez, il nous reste dix secondes avant que le Semtex n'explose.

La chaîne a proprement sauté et les bombes terroristes avec, bien stimulées par les explosifs préventifs mis en place par MC et son équipe. Le terroriste s'est vu privé de ses otages. Objectif atteint. MC laisse aux officiels le soin d'expliciter l'opération. Évidemment les otages sont définitivement libérés et en route vers un monde meilleur.

Sera mis en avant le caractère novateur de l'opération qui a permis de ne pas céder, malgré les pressions. Il y aura bien sûr quelques plumitifs grincheux pour arguer qu'on aurait peut-être pu sauver quelques otages. On leur opposera facilement la nécessaire inflexibilité dans un monde où le terroriste guette à chaque coin de rue, disposé à respecter uniquement la force. Force légitimement appliquée en l’occurrence, face à une menace sans pitié et et sans limite.

« Voilà votre argent, mes amis ». Dans son bureau, bien après la tombée de la nuit, quand tout le monde s'en est allé rejoindre la vie, loin des malfrats et des horreurs de ce monde, MC tente de conclure dans la sérénité « L'affaire du T.T », nom qu'il a choisi de donner à cette péripétie qui a coûté la vie à huit personnes dont, fort heureusement, un terroriste patenté. Personne ne peut dire exacement la signification de "T.T.", mais personne ne le demande.

Perché sur un tonneau, il trinque avec Moktar et Navimoto quand éclate dans sa mémoire le souvenir de la vidéo. Car enfin, bon dieu, c'était pour ça qu'on a affronté l'horreur et que les nôtres sont morts, hein ?!...Moktar rote. MC sourit de ce signe de satisfaction culturellement contingent mais plutôt agréable, et lâche la gorge du mercenaire afin de se concentrer sur ce minuscule mais originel élément de l'aventure : la vidéo.

La fête est un peu hâtée et même légèrement bousculée. Navimoto et Moktar se retrouvent dans l’ascenseur avec de bonnes liasses de billets et la satisfaction du travail accompli. Ils conjecturent quelques instants sur l'humeur versatile de leur chef et vaquent enfin dans la nuit froide de l'oubli. Demain, ils chercheront un autre employeur et n'auront pas à cajoler, ni enrubanner les médias. Il faut savoir préserver la tranquille insouciance des petites mains.

MC n'en est pas à sa première mission. Son corps dur et mat porte les traces de l'expérience. Journalistes et caméras, il en fait son affaire. Quand aux autorités elle freineront toute investigation du moment que le résultat est positif, et il est positif. Une nouvelle approche, un nouveau concept, que dis-je, Monsieur le Préfet, un nouvel ordre policier mondial vient d'être validé sur le théâtre des opérations. Il sait qu'on l'entendra car l'avenir ne s'encombre pas d’œufs cassés et le futur est une omelette qu'il faut d'abord battre. Ainsi pose-t-il quelques instants devant la glace de son salon, en peaufinant le discours qu'il propulsera sur les neurones bienveillantes du serviteur de l’État qui va le recevoir.

L'accessoire est expédié, il piaffe, impatient de revenir vers les commencements, qui ressemblent naturellement aux fins, comme l'alpha à l’oméga, ou l’œuf à la poule, si l'on prend en compte la dimension téléologique de l'événement et adopte une approche fractale des similitudes, comme il tentera de l'expliquer au patron, après avoir testé ses arguments auprès de sa secrétaire, si elle montre un minimum d'enthousiasme.

Il remonte les manches de son pull kaki et se dirige vers le grand coffre noir à côté de la cheminée, au fond du salon. Le cadenas ouvert, il en extirpe d'un seul mouvement une forme humaine qu'il laisse chuter sans précautions excessives. La forme crie banalement « Aie » mais ne réclame ni présentation, ni explications.

Oui, c'est bien lui. Il est formellement mort pour les besoins de l'enquête, mais les autorités n'allaient pas s'abaisser à demander à voir les restes, ce qui n'ignorait pas MC. MC qui savait également que la scène ultime de ce drame sanglant et quelque peu romantique n'était pas jouée.

Le monstre est là et n'a pas fière allure. Le costume légèrement froissé, il se présente, de plus, pieds nus, ce qui est d'une incorrection rare. MC contemple la bête diminuée, pose une botte sur un de ses pieds et questionne d'une voix douce. « Tu te souviens de la vidéo, mon ami ? ». Max Denoyaute ne répond rien. MC prend le temps de respirer en essuyant sa botte sur le t-shirt en lambeaux de Max, qui ne réagit pas vraiment.

Deux techniques s'affrontent pour l'obtention d'aveux circonstanciés. L'électricité ou le charcutage. Max Comodo a brillamment défendu la première à l’École de Formation du Détective Moderne, en tant que formateur intérimaire. Chaque technique, en fait, à ses avantages et ses inconvénients, aime-t-il à préciser. In fine, il s'agit d'abord de repérer le suspect, de l'examiner et l'enregistrer sous tous les angles. Après, on peut songer à lui faire avouer qu'il dealait des secrets ou trompait sa femme avec un chimpanzé de moins de 18 ans. Une chose après l'autre et les poules seront bien gardées. En l’occurrence, le choix est incontournable, mais la facture d'électricité du mois est plutôt salée, ce qui ferme la partie. La moquette bleu pétrole du salon le regarde cependant d'un sale œil, elle qui n'a pas oublié le dernier interrogatoire en sa présence, qui s'est traduit par quelques taches que le détective eut le plus grand mal à faire disparaître.

Max Denoyaute écope d'un atemi qui lui déchausse quatre dents, dont une à la bonne idée de remonter dans une fosse nasale, ce qui multiplie la douleur. Il hurle avec conviction et secoue la tête. Sang, bave, dents, le méli-mélo ordinaire.

« Je répète... », répète MC pour l'animal ensanglanté avec cravate. « Meuaarnannann... » l'interrompt Max. Difficile de voir aujourd’hui un terroriste de haut niveau dans cette loque, mélancolise MC. « Quoi ??.. ». « Bbbouii !.. ». « Tu l'as vu ? ». L'autre se frotte la tête avant de récupérer quelques morceaux de cartilage sur le sol. MC qui ne supporte pas les pingres lui cloue le petit orteil droit sur la moquette, qui se résigne. Le terroriste déchu dépasse les trois cents décibels sans effort, menaçant les vitres et convoquant potentiellement un réparateur. MC stoppe l'inflation d'un coup de coude dans l'estomac.

« Alors ? ». Un œil pend au bout de son fil, mais l'autre fixe le détective avec une relative incompréhension. MC secoue la tête et l'odieux recule. « Raconte... ». « 'konte koi ?... ». MC soupire et attrape la trousse à outils de l'autre côté de la cheminée, au fond du salon. Max recule en faisant non de la tête. MC avance en faisant des mouvement de tête opposés, voire inverses à ceux de son interlocuteur. D'un geste vif quoique un peu las, il saisit l'oreille gauche du récalcitrant avec une pince crocodile verte et tire un peu à lui. L'autre articule avec une remarquable précision « Je vais te dire, mais... ». Avec sang-froid et une grande humanité, MC ouvre les mâchoires d'acier.

« Voilà une idée qu'elle est futée...Tu m'expliques sans mais – on n'est pas des chèvres - pourquoi tu tiens tant à cette vidéo. Secundo, tu me dis ce qu'il y avait sur ces images. Tu ne me caches rien, tu n'oublies rien, sinon je retire les deux oreilles de ta tête d’empaffé qui ne les mérite pas et je les cloue chacune sur un baffle de deux cent watts, avant de lancer le mp3 de L’Être et le Temps. 22h 33mn 8s de philo hardcore. En général, les cinq premières heures, ça va. ».


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