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Bye bye, arts et lettres!

Publié le 24 mai 2013 par Paule @patty0green

Bon, je pense qu’on a fait le tour des arguments en défaveur du grand changement. Je ne les énumèrerai pas ici. Je ne serai pas la énième personne à les rédiger pour ceux qui, de toute manière, sont bien d’accord avec moi. On s’entend là-dessus : « Culture et communications », ça ne veut rien dire. C’est vide. C’est absurde. Mais c’est trendy. Bye bye, arts et lettres!
Je ne suis pas du genre à réagir à une disparition parce que je ressens de l'insécurité. Je réagis plutôt par amour pour la chose perdue. Et, en ce sens, j’avais juste envie de raconter une petite histoire bien ordinaire.
Je suis partie de loin. Au niveau scolaire, je parle. Je me souviens du moment où il fallait choisir son programme collégial. Je voulais aller en cinéma. C’était clair dans ma tête. Le programme était contingenté. J’étais poche au secondaire. Parce que la seule chose qui me préoccupait réellement était le prochain show de musique que j’allais faire avec ma gang. Résultat : j’ai été refusée en cinéma.
Au deuxième tour, j’ai appliqué pour le programme d’arts plastiques. Refusée. Manque de places. Troisième tour, il ne restait que cette petite chose étrange qu’est le programme d’arts et lettres. Il était hors de question que je me retrouve en sciences humaines et encore moins dans les autres programmes. J’ai été acceptée : fiou.
Plus que fiou, en fait. J’ai peut-être l’air quétaine, mais le programme d’arts et lettres a été déterminant dans ma vie, mes études, mes voyages et ma réflexion. J’ai enfin appris à lire. J’ai enfin appris à écrire. J’ai surtout appris à être curieuse. Mon premier move, après la réussite du programme, a été de voyager et de continuer de découvrir ce qui m’avait été enseigné par des profs passionnés. J’ai pris mes cliques et mes claques et je suis partie à New-York pour un an. Je ne suis revenue que pour repartir deux mois en Europe…etc.
Le germe d’une passion pour l’art contemporain s’est épanoui. Et, au fil de mes études en histoire de l’art, mon amour pour la littérature ne m’a jamais quittée. Plus que ça, l’indissociabilité du texte et de l’image et de l’art et de la littérature m’a poursuivie jusqu’à mes études en Sémiologie.  Parce que dans le Programme d’arts et lettres, on ne passait pas son temps à essayer d’ériger des frontières entre des disciplines. Au contraire, on nous montrait leur indissociabilité à travers des « courants artistiques et littéraires ».  Cette indissociabilité passait également par une collaboration étroite entre les profs de différentes disciplines.
En arts et lettres, on ne parlait pas vraiment de culture. Et en arts et lettres profil langues, on ne parlait pas tellement de communication. Non. On plongeait dans des romans assez pour comprendre qu’on n’en ferait jamais le tour. On se laissait prendre par des expériences artistiques sans jamais en réduire la complexité. On apprenait l’espagnol, l’allemand et l’anglais pour enfin pouvoir lire les auteurs et regarder les films dans leur langue originale.
En arts et lettres, on ne parlait pas non plus d’utilité. C’est dommage, on aurait peut-être dû. Parce que même si l’utilité me laisse généralement un peu indifférente, le programme d’arts et lettres a été hyper utile pour moi. Il est extrêmement utile de réaliser, pour une jeune adulte, voire pour une société, que les choses sont toujours plus complexes qu’elles n'y paraissent, que la vision de l’autre, à travers une œuvre ou non, est quelque chose que nous ne pourrons jamais tout à fait saisir, mais simplement approchée, côtoyée et appréciée et que la curiosité est bien plus « utile » que l’utilité elle-même, lorsqu’on parle de motivation scolaire!
À quoi ça sert, les arts et les lettres? À ne pas s’asservir. 

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