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Pourquoi AG2R a eu raison

Publié le 22 mai 2013 par Mart1

J'ai été surpris de lire, sur les réseaux sociaux, de nombreuses réactions négatives concernant l'auto-suspension de l'équipe AG2R La Mondiale. Pourtant, à mon sens, l'équipe savoyarde n'avait de toute façon pas le choix, et le cas Di Luca nous en donne une preuve suppélementaire. Voici donc un petit rappel des faits, pour ceux qui auraient loupé un épisode :
AG2R La Mondiale

AG2R et les origines du MPCC

En 2006 éclate l'affaire Puerto. La veille du départ du Tour de France, les principaux favoris de l'épreuve sont suspectés de dopage sanguin. Quelques semaines plus tard, la victoire de Floyd Landis est remise en cause en raison d'un fort taux de testostérone.
L'année suivante, le 5 juillet 2007, l'équipe AG2R, ainsi que 7 autres formations s'opposent aux autres membres de l'association des équipes professionnelles (AIGCP) sur la question du dopage. Ces groupes pro décideront quelques semaines plus tard de créer le "Mouvement pour un cyclisme crédible" (MPCC), dont le principal objectif est l'application stricte du code éthique de l'UCI. Quelques jours plus tard, le maillot jaune, Michael Rasmussen, suspecté de dopage, est exclu du Tour de France.
Le MPCC est donc né dans une période noir du cyclisme, faite de scandales à répétitions.

Quelques années "un peu" plus tranquilles...

Les années qui suivent, les affaires continuent, mais elles n'ont plus la même ampleur. A l'exception notable d'Alberto Contador qui perd sa victoire sur le Tour 2010 mais après une longue bataille juridique. Le MPCC est alors assez peu influent, souvent considéré comme un "machin" (pour reprendre l'expression utilisé par De Gaulle à propos de l'ONU).

La renaissance du MPCC

Fin 2012, Lance Armstrong est enfin convaincu de dopage. L'UCI annonce, 2 jours avant la présentation du Tour de France, qu'elle lui retire ses 7 victoires dans la Grande Boucle. Quelques jours plus tard, les yeux sont braqués sur ASO, l'organisateur du Tour de France. Afin de donner un signe fort de crédibilité, Christian Prudhommes annonce qu'il soutient la démarche du MPCC, sous-entendant ainsi qu'il privilégiera l’invitation d'équipes membres. Quelques semaines plus tard, de nouvelles équipes annoncent leur volonté d'adhérer au mouvement.
Dans les jours qui suivent, des révélations supplémentaires dans l'affaire Armstrong viennent discréditer encore un peu plus la direction de l'UCI, accusée d'avoir protégé l'américain. Face à des instances officielles fragilisées, le MPCC est alors vu comme un interlocuteur de poids dans le monde du cyclisme. En 2013, l'association regroupe 39 équipes professionnelles (dont 12 équipes World Tour sur 19).

AG2R dans la tourmente

En octobre 2012, Steve Houanard est contrôlé positif à l'EPO. Puis, début mai 2013, c'est au tour de Sylvain George d'être positif à l'heptaminol. Dans le cas de ce dernier, on comprend qu'il ne s'agit sans doute pas d'une tentative de dopage, mais plutôt d'une auto-médication mal maitrisée. Cependant, l'équipe AG2R La Mondiale, indique alors que, conformément au règlement du MPCC, elle ne participera pas au Criterium du Dauphiné.

Mais à quoi sert donc ce règlement ?

Le règlement du MPCC peut sembler drastique. Il vise cependant à mettre les patrons d'équipe et sponsors face à leur responsabilité. On a vu, par le passé, des équipes proposer des contrats mirobolants à des coureurs dont on sait qu'ils ne doivent leur notoriété qu'au contenu de leur pharmacie.
Ce qui vient de se produire en Italie en symptomatique : l'équipe Vini Fantini avait embauché le multirécidiviste Danilo Di Luca en début d'année. Quelques mois plus tard, en plein Giro, le scandale d'un nouveau contrôle positif de l'italien est venu entacher l'image de son équipe, mais également du Tour d'Italie et du vélo dans son ensemble.
Si l'équipe Vini Fantini avait adhéré au MPCC, Di Luca aurait pris sa retraite en 2012, épargnant ainsi le cyclisme italien d'un nouveau scandale !

Auto-flagellation ?

Certains s'inquiètent de voir les cyclistes aller toujours plus loin dans la lutte contre le dopage, alors que tant de sports refusent encore les contrôles sanguins. En restant "droit dans ses bottes", AG2R semble participer à cette grande entreprise d'auto-flagellation collective.
Mais si l'équipe AG2R La Mondiale a pris cette décision, c'est tout d'abord parce qu'elle n' a pas vraiment le choix. Ne pas s'appliquer cette sanction aurait décrédibilisé le MPCC. Le mouvement aurait alors été dans l'obligation d'exclure l'équipe, créant une polémique préjudiciable pour l'image du sponsors.
Si le cyclisme va aujourd'hui si loin dans la lutte contre le dopage, c'est avant tout pour faire comprendre au grand public, qui a surtout entendu parler d'Armstrong, qu'une page a été tournée. Espérons que le message du MPCC portera, et qu'on pourra vite passer à autre chose.


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