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[critique] Hannibal Lecter #2 : le Sixième Sens

Publié le 25 mai 2013 par Vance @Great_Wenceslas

Fond d'écran Blood 01

En passant des Origines du mal à Manhunter, on fait le grand écart en termes de dates de production : le Sixième Sens, réalisé par Michael Mann en 1987 est en effet le premier long-métrage à reprendre le personnage de notre tueur favori, en adaptant à sa façon Dragon rouge, le thriller de Thomas Harris qui donna naissance à Lecter.

En 20 ans, le style a profondément changé, et il faut donc se faire également aux canons de l‘époque. Mais on part avec un avantage certain : ici, pas la peine de chercher à se défaire de la pression « Anthony Hopkins » puisque le Silence des agneaux n’avait pas encore été tourné. De fait, Mann a construit un thriller assez habile, dense et mouvementé qui se plaît à prendre le spectateur à rebrousse-poil tout en évitant de trop s’éloigner de la trame du roman. Lecter ici devient « Hannibal Lektor » et s’en tient à son statut originel de second rôle, pour inquiétant qu’il soit : il est ce tueur monstrueux que l’ancien profiler Will Graham, désormais à la retraite, a coincé dans une enquête qui lui a coûté sa santé mentale. Lektor, donc, n’apparaîtra que dans deux séquences, mais Brian Cox, son interprète, et Michael Mann, leur donneront suffisamment de poids pour inspirer les scènes similaires du film de Demme. La clef de voûte de l’enquête sur laquelle tout le FBI piétine réside dans ces retrouvailles entre un tueur cannibale et le seul qui ait pu l’arrêter : le premier respecte donc le second tout en lui rappelant combien cela lui fut douloureux (Graham – à la manière de Robert Ressler, véritable enquêteur qui a inspiré Harris – se glisse mentalement dans la peau des tueurs qu’il traque afin de déterminer leur modus operandi ; d’où le titre un peu pompeux en français). On est face à un Lecter/Lektor assez réussi qui dissimule mal sa malveillance sous des propos fielleux et équivoques et une profonde intelligence : il ne fait guère de doute pour le spectateur qu’il a mal digéré sa seule défaite et que l’entrevue avec Graham est méticuleusement préparée pour qu’il en tire (un quelconque) profit.

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Néanmoins, malgré l’aura diabolique qui émane de lui, et qui plane sur tout le reste du film, Lektor reste au second plan, permettant une transition maligne vers la nouvelle cible de l’enquêteur, un tueur particulier, également méthodique, qui semble ne perpétrer ses forfaits qu’à la pleine lune. Quand bien même on l’évoque dès les premières minutes du métrage, le personnage n’apparaîtra que dans sa seconde moitié, un peu abruptement.

Mann, malgré son maniérisme déjà évident, garde l’accent sur les personnages : William Petersen est parfaitement crédible, élégant et sérieux ; Tom Noonan est vraiment impressionnant, sa haute stature et son visage marqué faisant un savoureux contraste avec sa personnalité réservée et sa délicatesse. La mise en scène met en avant certains effets caractéristiques (Graham, lorsqu’il mène son enquête à sa manière, entame une sorte de dialogue psychique avec le tueur, lui/se posant les questions qui permettront de déceler les failles des précédentes investigations, les motivations éventuelles du tueur et procède par déductions – parfois osées) qui rythment agréablement le script, permettant une savante montée en tension double sur la fin (Graham doit sauver in extremis la prochaine victime du tueur mais un danger plane sur sa famille).

Comme dans tous les films du metteur en scène, la bande son a une grande importance. Cependant, la partition de Spinotti a pris un sérieux coup de vieux. La photo est toutefois soignée, notamment dans les éclairages.

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Cette version de Dragon rouge est plutôt savoureuse, flirtant parfois avec le paranormal (le talent particulier de Graham est considéré comme un véritable pouvoir quasi surnaturel, qui vient contrebalancer l’influence démoniaque de l’œuvre de William Blake (l’aquarelle the Great Red Dragon & the Woman clothed in sun censée illustrer un épisode de l’Apocalypse de St Jean) sur le tueur de la pleine lune. Elle donne davantage d’importance à Will Graham qu’à Jack Crawford (le directeur des sciences du comportement du FBI) et manque de profondeur par son côté parfois abrupt, tout en présentant un Hannibal Lecter fascinant, certes, mais moins équivoque que nous pourrons le voir plus tard. Il est amusant d’observer les différentes versions de l’affiche et de la jaquette du DVD : les premières montraient le tueur avec son masque caractéristique, les suivantes, suite au succès du Silence des agneaux, représentaient Lecter dans sa cellule…

 

Ma note (sur 5) :

3,5


 

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Titre original

Manhunter

Mise en scène 

Michael Mann

Production 

De Laurentiis & Red Dragon Prod.

Distribué en France par

Studio Canal

Date de sortie France 

22 avril 1987

Scénario 

Michael Mann d’après l’œuvre de Thomas Harris

Distribution 

William Petersen, Brian Cox & Tom Noonan

Durée 

101 min

Musique

Michel Rubini

Photographie

Dante Spinotti

Support 

DVD Opening zone 2 (1999)

Image 

1.85:1 ; 16/9

Son 

VOst DD 2.1

Synopsis : Will Graham est un des experts-légistes les plus habiles du F.B.I. Il excelle dans l'art de reconstituer à partir d'éléments quasiment inexistants le profil d'un assassin. Mais son "sixième sens" lui a valu de frôler plusieurs fois la mort. Alors qu'il est retiré depuis trois ans, un ancien collègue, Crawford, vient le relancer pour une affaire qui s'annonce complexe : deux paisibles familles de Birmingham et Atlanta ont été, à un mois d'intervalle, sauvagement massacrées par un "tueur de la pleine lune".


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