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Sémaphore

Publié le 25 mai 2013 par Montagnessavoie

(Texte publié dans le numéro 77 de la revue Aura, publication du cercle littéraire Clair de Luth, Mons, Belgique) Vert. Tout va bien. La vie s’écoule et tu ne la sens pas passer. Elle va, elle s’en va et tu ne te rends compte de rien. Pour toi, tout va bien, tout est ok, tout roule. Tous les indicateurs sont au vert. Tu cours, tu bosses, tu ne profites de rien mais ça te convient, tu te crois heureux comme ça. Orange. Plusieurs emmerdes, des broutilles, rien de grave, mais quand même, ça se répète, ça se cumule, ça sent pas bon, ça use. Orange comme la rouille d’une vie, de ta vie qui s’est enrayée, qui a quelques ratés. Tu commences à te poser des questions. On t’en veut, on ne t’aurait pas jeté un sort ? C’est pas possible, tu les collectionnes ! Alors, tu te mets à douter, tu t’interroges, tu te questionnes. Le petit vélo dans ta tête, ça tourne et ça retourne, ça se rumine et ça s’enroule, ça fait des nœuds dans ton esprit et dans ton estomac. Tu vomis des doutes et des angoisses. Rouge. Burn out. Point de non-retour. Plus personne au bout du fil, ton cerveau se met sur répondeur, plus de pilote dans l’avion, tu sombres. Tout seul, tu coules tout seul. Laisse tomber, y’a plus rien à faire. Feu rouge dans ta petite existence qui, au fond, n’avait peut-être rien de si rose. A un certain moment de ton désespoir, au fond du trou, au bord du gouffre, tu le reconnais, tu te prends même à penser au rouge du sang sur tes poignets. Orange.
Un rai de lumière entre les persiennes de tes paupières boursouflées de larmes, de nuits sans sommeil et de jour médicamentés. Des poussières de soleil, un lever de l’astre, le globe orange sur l’autoroute, le matin, sur le chemin du travail. Un petit rien, peut-être rien du tout, d’ailleurs, une impression, une sensation, un tout petit grain de quelque chose qui s’immisce en toi à cet instant. Et puis, chaque jour, la semence qui grandit, la confiance qu’elle ne crèvera plus aux premières gelées. Un truc comme de l’espoir mais, chut, pas trop fort, surtout, ne pas l’effrayer, faire comme si de rien n’était. Et, un jour, qui sait… Vert ? 

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