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Le Fleuve - The River, Jean Renoir (1951)

Par Just1 @JustinKwedi
Le Fleuve - The River, Jean Renoir (1951)
Harriet, une jeune anglaise expatriée, vit avec son petit frère, Bogey, et ses trois sœurs cadettes dans une grande maison de la région de Calcutta en Inde. Son père dirige une manufacture de toile de jute tandis que sa mère s’occupe de la famille et attend un sixième enfant. Un jour d’automne, le capitaine John rentre de la guerre et vient habiter une maison voisine. Invité à une fête, il y rencontre Harriet, ainsi que Mélanie une belle métisse indienne et Valérie. Les trois jeunes filles vont toutes trois tomber sous le charme du bel étranger…
Le Fleuve était de son propre aveu son film favori de Renoir au sein de sa filmographie. On peut le comprendre tant dans la réussite de celui-ci s'entremêlent les satisfactions artistique et personnelles avec ce qui constitua une grande aventure humaine et une œuvre inoubliable. C'est un Renoir bien mal en point qui s'apprête à s'atteler au projet.
Le Fleuve - The River, Jean Renoir (1951) Le réalisateur n'a jamais vraiment réussit à s'adapter à Hollywood où il est installé depuis 1941 et vient même de voir résilier son contrat de deux films avec la RKO après la réalisation du seul La Femme sur la plage 1947) dont la production fut houleuse. Renoir pense pourtant trouver le projet qui pourra le relancer après avoir lu le roman de Rumer Godden The River. Les studios montrent pourtant peu d'intérêt tant le roman plutôt intimiste est dénué des éléments de l'Inde tel qu'ils la conçoivent au cinéma à savoir un exotisme marqué (éléphants, sorcelleries hindoue) et une tonalité de film d'aventures façon Les Trois Lanciers du Bengale (1935) ou Gunga Din (1939).
Le Fleuve - The River, Jean Renoir (1951) Le salut pour Renoir viendra de Kenneth McEldowney, riche entrepreneur à la tête d'un réseau de fleuriste désirant devenir producteur de cinéma. Pensant qu'un tournage à l'étranger serait plus avantageux, il se rend en Inde fraîchement décolonisée où il se met les notables locaux en poche, obtenant financement et avantage de tournages divers. Seulement il n'a pas encore de sujet de film et lorsque lui est recommandé le roman The River il découvrira que Jean Renoir en possède les droits. Il lui propose tout naturellement la réalisation, Renoir posant comme seule condition un tournage en Inde mais pour le reste en dehors des évidentes difficultés logistiques cette production sera une vraie libération après l'étau des studios Hollywoodien.
Le Fleuve - The River, Jean Renoir (1951) L'adaptation est coécrite par Renoir et Rumer Godden elle-même qui avait détestée la précédente transposition de ses écrits avec Le Narcisse Noir de Powell et Pressburger. Si l'intrigue du roman sera largement remaniée par Renoir, Rumer Godden est partie prenante de ses modifications de par sa connaissance de l'Inde où elle a grandi (The River étant en partie autobiographique) et où se déroule la majorité de ses livres. Le changement essentiel viendra en fait d'un Renoir tombé sous le charme de l'Inde. Privé en début de tournage de l'outil étouffant le son des très bruyantes caméras technicolor, le réalisateur en attendant décide de flâner et de filmer paysages, population et quotidien indien dans des images lorgnant plutôt sur le documentaire.
Le Fleuve - The River, Jean Renoir (1951) Dès lors le film se fait bien plus indien dans son atmosphère (alors que le roman quitte rarement la famille anglaise et leur demeure) avec l'ajout du personnage de la métisse Mélanie et une large place laissé au us et coutumes locaux, aux séquences purement illustrative nous imprégnant de l'authenticité de cette Inde même si vue à travers le regard occidental. Le film reprend sans les excès la thématique du Narcisse Noir où l'environnement sera un prolongement et/ou un déclencheur des sentiments profonds des personnages. Il est surtout plus proche de The Greengage Summer roman où Rumer Godden s'attarde aussi sur les premiers émois amoureux d'une adolescente (et dont Lewis Gilbert tirera une belle adaptation en 1961).
Le Fleuve - The River, Jean Renoir (1951)  Cette Inde foisonnante et aussi authentique que fantasmée servira donc ici de catalyseur émotionnel à un groupe de personnages. Les deux jeunes et inséparables amies Harriet (Patricia Walters) et Valérie (Adrienne Corri) se feront rivales pour les beaux yeux du capitaine John (Thomas E. Breen), vétéran de guerre échoué en Inde. Celui-ci cherche également sa place dans le monde, se sentant étranger partout du fait de son expérience du front et d'un handicap qu'il n'accepte pas puisqu'il est amputé d'une jambe.
Le Fleuve - The River, Jean Renoir (1951) Pour la métisse Mélanie (Radha Shri Ram), ce sentiment amoureux naissant s'accompagne aussi d'un trouble identitaire sur sa culture indienne et occidentale. Renoir fait baigner l'ensemble dans une langueur, légèreté et innocence qui sied bien au casting non professionnel (Radha Shri Ram ayant été recruté après un spectacle de danse auquel Renoir assista notamment) avec cette intrigue sans vrai pic dramatique (si ce n'est en toute fin) qui peut laisser parler le naturel notamment chez les plus jeunes plein de fraîcheur.
Le Fleuve - The River, Jean Renoir (1951) Ainsi comme dans tout bon récit adolescent, l'insignifiant est aussi le plus douloureux avec ces petits instants de cruauté (Valérie lisant le journal intime d'Harriet) et de désarroi tel la déception de ce premier baiser au terme d'une somptueuse séquence où les rivales traque l'objet de leur affection à travers la jungle. Le pays avec ses rites, ses fêtes et son bestiaire est autant un terrain de jeu pour les enfants (la joyeuse célébration du Diwali au début) qu'un espace immense où noyer sa mélancolie chez les adultes avec ces longs moments contemplatifs où l'on observe l'activité du Gange et les paysages à perte de vue.
Le Fleuve - The River, Jean Renoir (1951) Renoir s'était entouré de ses plus fidèles collaborateurs avec Claude Renoir à la photo et Eugène Lourié aux décors (tandis qu'un débutant admirateur de Renoir nommé Satyajit Ray fera partie de l'équipe et s'occupera des repérages) et, entre stylisation et authenticité le résultat à l'image est grandiose. Premier film en technicolor de Renoir, Le Fleuve est aussi une des plus belles illustrations du procédé, les couleurs saturées figeant les cadrages dans un voile de chaleur opaque et nuancé à la fois, faisant jaillir la vie de la faune foisonnante et exacerbant les envolées sentimentales par ses teintes marquées.
Le Fleuve - The River, Jean Renoir (1951) On est tout à la fois en surface et impliqué par les évènements, les aléas des personnages nous intéressant tout en empêchant pas cette activité grouillante de se poursuivre. C'est un cycle de la vie symbolisé par le final où une terrible perte est suivie d'une naissance sur laquelle s'achève le film. Universel et intimiste, Renoir nous promène sur les rives du Gange avec la photographie de cette Inde et de ses personnages à un moment charnière de leur vie. Une belle vision à l'influence immense sur d'autres films visitant ces mêmes terres comme Chaleur et Poussière (1982) de James Ivory et La Route des Indes de David Lean (1984).
Sorti en dvd zone 2 français et en blu ray chez Carlotta

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