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Un employé modèle, de Paul Cleave. Ou le tueur en série qui mène l'enquête.

Par Feedbackbaby
Un employé modèle, de Paul Cleave. Ou le tueur en série qui mène l'enquête.
J'ai toujours eu un problème avec les thrillers, pour la bonne et simple raison qu'ils me donnent envie de m'enfermer chez moi à double tour après que je sois rentrée, une fois la nuit tombée. Lorsque je marche en pleine ville après une soirée bien arrosée, la moindre silhouette noire un peu bossue que je croise me fait battre le palpitant à toute allure. Clap, clap, clap. J'accélère le mouvement, l'oeil aux aguets, jeté furtivement derrière mon épaule. Avoir une bombe anti-agression sur moi serait la solution la plus adaptée, me direz-vous. Et pourtant. Quand un tueur en série a une idée en tête, je suis sûre qu'il a déjà prévu le coup, prêt à parer. C'est flippant. Et comme je viens de finir ce livre de Paul Cleave, j'ai encore plus de raisons de trembler.
Pourquoi lire Un employé modèle ?
** Parce que ce thriller n'est vraiment pas comme les autres.
Joe Middleton a beau être un type spécial, il n'est certainement pas un super-héros. Sur son CV, une ligne précise qu'il travaille comme homme de ménage au commissariat de police de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Ce boulot sans prise de tête lui permet de fureter discrètement dans les bureaux et de discuter nonchalamment avec les inspecteurs des affaires criminelles de la ville. L'enquête qui le fascine le plus se révèle être celle du Boucher de Christchurch, un serial killer aux moeurs douteuses (adepte du viol, de la strangulation et autres joyeusetés) qui a déjà tué sept femmes. Mais Joe, lui, sait que l'une d'elles n'a pas été attaquée par le Boucher, puisqu'il est le Boucher de Christchurch (Ta-dam.) Contrarié par cette méprise, il se met en tête de mener l'enquête par lui-même afin de démasquer le plagiaire et, dans l'idéal, de lui faire porter le chapeau pour tous ses crimes. Le parcours sera pourtant semé d'embûches pour notre tueur en série qui, gonflé par sa propre fierté, oubliera que le danger vient - comme lui - du coin d'ombre où on ne l'attend pas...
** Parce qu'on ne parvient pas à savoir si on l'aime ou si on le déteste, ce Joe. Catapulté-e dans ses pensées, on ignore si notre coeur le soutient ou non dans sa quête, bien qu'on lise ses actes de barbarie avec les sourcils froncés. Malgré tout, il sait faire preuve d'humour et son côté taré peut nous faire sourire au coin d'une ligne. Joe ne manque pas d'intelligence et son cynisme nous fait considérer ses crimes avec distance. La recette adéquate.
** Parce que les personnages féminins sont fascinants. Joe s'en prend aux femmes car il les pense faibles, faciles à duper et à manipuler. Dans ce livre, elles occupent une place prépondérante en tant que victimes mais aussi en tant que femmes fortes, voire agaçantes ou perturbantes. La plus belle erreur de Joe sera de les sous-estimer. (et bim. girl power !) Je ne révélerai rien de plus sur l'identité de ces femmes, évidemment !
Pourquoi je vous le recommande ?
A bien des égards, ce thriller, dans sa composition, m'a fait énormément penser à Ce cher Dexter, de Jeff Lindsay, dont le héros est un tueur en série sévissant à Miami mais ne s'attaquant qu'aux méchants passés entre les mailles du filet de la justice (je suis une grande fan de la série télé éponyme)(le charme de l'acteur y est évidemment pour quelque chose).
J'ai bien fait mes devoirs en vérifiant les dates : ce roman de Paul Cleave a été publié quelques années plus tard. Difficile alors de croire qu'il n'y a pas eu d'influence dans la forme... Mais force est d'admettre que Joe ne bénéficie pas du même capital sympathie que notre célèbre Dexter. Le fond diffère.
On a du mal à se faire un avis sur son physique, par exemple (bien qu'il affirme être en capacité de séduire toutes les femmes). Et ses avis tranchés sont hautement condamnables. Il est célibataire, s'avoue volontiers asocial et entretient une relation déséquilibrée avec sa mère. Je ne souhaite donc à personne de le croiser au coin d'une ruelle sombre.
Ce livre m'a fait l'effet d'un comprimé d'aspirine effervescent dont les bulles piquent désagréablement le nez quand on cherche à le boire. Impossible de savoir si je souhaitais que Joe se fasse pincer ou non. Mes "bien fait pour toi !" s'alternaient aux "vite, tire-toi" selon les chapitres. J'ai tout de même suivi avec beaucoup d'intérêt l'enquête menée sur son imitateur, bien moins malin que lui.
Finalement, mes sentiments ont été malmenés tout au long du récit et j'ai compris que c'était le but machiavélique de l'auteur. Bien joué.
Désormais, je ne regarderai plus les hommes de ménage de la même façon. Et j'ajouterais bien cinq ou six verrous supplémentaires à ma porte d'entrée, juste au cas où.


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