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La Vie d’Adèle et Cinéma pour tous.

Publié le 27 mai 2013 par Unionstreet

La Vie d'Adèle

Ca y est. Le Festival de Cannes a rendu son verdict et ce sont les magnifiques amours lesbiens de La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche qui ont remporté  la Palme d’Or. Et cette semaine sortait le film Alata, belle histoire d’amour contrariée entre un israélien et un palestinien. Il y a quelques semaines sortait un film qui bousculait son public avec des scènes de sexe non simulées : I Want Your Love. Et n’oublions pas le coup de coeur cannois pour beaucoup, L’Inconnu du Lac, ou le retour de Michael Douglas dans Ma vie avec Liberace. Cela nous a donné envie de lister nos films préférés ayant pour toile de fond l’homosexualité. Il y en a pour tous les goûts, le cinéma LGBT étant inventif et diversifié. Ce cinéma peut plaire à tous. Une petite liste donc, avant de découvrir d’autres films lors de la prochaine édition du festival Chéries-Chéris.

Bien sûr il y aura des oubliés comme Transamerica, Brokeback Mountain ou le Talentueux Mr Ripley. Mais voici peut-être dix films qu’il faut avoir vu absolument.

My Own Private Idaho

1992. My Own Private Odaho de Gus Van Sant.

Avant d’adapter à l’écran la vie et le combat d’Harvey Milk, avant même les troubles adolescents d’Elephant, Gus Van Sant abordait le thème de l’homosexualité dans son troisième long métrage. Un road trip tout en profondeur et bouleversant qui montrait le talent brut de River Phoenix. Le regretté. S’inspirant de Shakespeare, le réalisateur ne faisait pas là son meilleur film, mais a réussi à l’imposer comme une oeuvre majeure pour toute une génération. En manque de repères, les deux adolescents font route ensemble pour peut être trouver sens à leur vie.

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1997. Happy Together de Wong Kar-Wai.

Prix de la mise en scène lors de la 50ème édition du Festival de Cannes, Happy Together est sûrement l’un des plus beaux films du réalisateur avec son chef d’oeuvre In The Mood For Love. L’amour, cette chose incompréhensible qui fait s’aimer et se déchirer deux personnes. Perdus en Argentine, les deux corps se retrouvent, se heurtent, s’aiment, se détestent dans un film qui possède un charme visuel indéniable. La subtilité était déjà là, la lumière et la mise en scène finiront de vous charmer. L’amour c’est ça, on est heureux ensemble. L’amour comme un tango.

La Mauvaise éducation

2004. La Mauvaise éducation de Pedro Almodovar.

L’un des plus beaux projets du réalisateur espagnol avec Tout sur ma mère, La Mauvaise éducation est une oeuvre parfaitement maîtrisée dans laquelle se retrouve l’âme d’Almodovar. D’une grande pudeur, le film laisse éclater une maîtrise de la narration qui impose Pedro Almodovar comme l’un des plus grands cinéastes européens contemporains. Rigoureux, beau, déroutant,  La Mauvaise éducation est dans mon top 3 des meilleurs films du réalisateur. Des amours naissants en 1960 à des rencontres en 1980 entre trois personnages, cette oeuvre est d’une magnifique fatalité.

Mysterious Skin

2005 . Mysterious Skin de Greg Araki.

Peut être le film le plus étrange de cette liste et pourtant certainement le plus puissant. « A huit ans, Brian Lackey se réveille dans la cave de sa maison, le nez en sang, sans aucune idée de ce qui a pu lui arriver. Sa vie change complètement après cet incident : peur du noir, cauchemars, évanouissements…
Dix ans plus tard, il est certain d’avoir été enlevé par des extraterrestres et pense que seul Neil Mc Cormick pourrait avoir la clé de l’énigme. Ce dernier est un outsider à la beauté du diable, une petite frappe dont tout le monde tombe amoureux mais qui ne s’attache à personne. » Homosexualité, aliens (?), images superbes et envoûtantes, pédophilie, amour bourreau/victime, SIDA. Voilà pour le programme de cet OVNI qui est devenu un film culte. Mysterious Skin n’est rien de moins qu’un magnifique récit poétique, entre deux jeunes garçons amoureux de leur bourreau. Intense et surprenant, Mysterious Skin est à découvrir de ce pas. Lorsque les images léchées cache la cruauté absolue, c’est certainement le meilleur moyen de montrer comment des adolescents vivent leur traumatisme. Découverte de Joseph Gordon-Levitt, et source d’inspiration pour Xavier Dolan.

CRAZY

2006. C.R.A.Z.Y de Jean-Marc Vallée.

« C.R.A.Z.Y. c’est le récit de la vie d’un petit garçon puis d’un
jeune homme pas comme les autres, qui va jusqu’à renier sa nature profonde pour attirer l’attention de son père. » Le film fait preuve d’une attention aux détails toute particulière. Et cela donne un film étonnant, qui nous donne la sensation de se trouver de nouveau dans les années 70. C’est haut en couleur, c’est radical, les personnages sont entiers, vivants, il n’y a pas de place à la sobriété, et c’est ce qui fait que le film est excellent. Une réussite généreuse. Si vous aimez rire et être touché, si vous aimez la bonne musique, C.R.A.Z.Y est une perle qui ne se loupe pas.

Shorbus

2005. Shortbus de John Cameron Mitchell.

S’il est un film radical à citer, c’est bien Shortbus qui devrait être en tête de liste. Déjà réalisateur du très gay (et réussi) Hedwig and the Angry Inch, John Cameron Mitchell parle du sexe, de manière frontale, sans gêne mais jamais de manière vulgaire. Il parvient à montrer des scènes de sexes non simulées, dans toutes les situations possibles, sans jamais tomber dans le piège du film porno et de la provocation gratuite. Shortbus n’est jamais un prétexte à montrer des scènes de cul hard, c’est une réelle réflexion intelligente sur le sexe. C’est généreux, osé, drôle. Un film d’une liberté folle comme on en voudrait plus souvent. Les scènes de SM qui parlent de procréation, un plan à trois durant lequel on chante l’hymne national dans un anus, partouze géante … A voir absolument ? Bravo encore.

A Single Man

2009. A Single Man de Tom Ford.

L’amour entre deux hommes contrarié par le destin et la mort de l’un. L’autre a choisi de vivre sa dernière journée. C’est sans compter les rencontres qu’il fera ce dernier jour. Un film bouleversant, réalisé par le nouveau réalisateur mais ô combien prometteur Tom Ford. Je faisais parti de ceux qui se moquait d’avance du film et finalement Colin Firth y trouve son plus beau rôle, loin loin loin devant l’académique Discours du Roi. Julianne Moore y est splendide, l’amour et l’amitié se mêlent dans une ode à la vie aux images extrêmement travaillées mais tellement belles et qui ne noient jamais le fond. La musique est entêtante, et l’on y repense longtemps après. Naissance d’un réalisateur. Instant Classic.

The Kids Are AllRight

2010. Tout va bien, The Kids Are All Right de Lisa Cholodenko. 

Une comédie dramatique très réussie mettant en scène un couple de lesbiennes bien en peine face à l’arrivée du père biologique de leurs enfants dans leur vie. Casting incroyable et une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice pour Annette Bening. C’est drôle et touchant et c’est ce que le cinéma indépendant américain a fait de mieux ces dernières années. La scène où l’adolescente surprend ses mères devant un porno gay masculin m’aura beaucoup fait rire.

Laurence Anyways

2012. Laurence Anyways de Xavier Dolan.

Le film le plus adulte du jeune Xavier Dolan qui a déjà fait ses marques au Festival de Cannes (comment ça je suis jaloux ?). C’est toujours aussi clipesque, mais c’est beau. Dans la forme mais aussi, et c’est nouveau, dans le fond. Xavier Dolan n’irrite plus, il bouleverse. Cette histoire d’un homme qui veut devenir une femme malgré l’amour qu’il porte pour sa tendre et chère fiancée est une ode à l’amour de trois heures. Melvil Poupaud y trouve un très grand rôle, celui d’une vie, et Suzanne Clément laisse exploser son talent. Son immense talent. Sur Visage ou sur Moderate ce film fleuve saura vous marquer. Et du coup on attend avec impatiente son prochain long qui s’annonce tout aussi poignant : Tom à la Ferme.

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2012. Week-End de Andrew Haigh.

Un film d’une simplicité rare qui saura vous rester dans la tête et le coeur. Une  histoire simple de deux hommes se rencontrant, qui vont s’aimer durant un week-end avant l’inévitable séparation. En ne cherchant jamais à faire pleurer son public ni à faire dans le compliqué, Andrew Haigh montre avec réalisme la vie en « instant T » et vous bouleverse. Comme ça. Un film tendre à voir pour sûr.

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Et cette semaine sortait Alata visible uniquement au Reflet Médicis. Cette histoire d’amour entre un palestinien rejeté par sa famille et un israélien prêt à tout pour l’aider n’est peut être pas exempt d’énormités, mais pourtant la fin vous touche plus que vous ne l’auriez cru. L’amour ce n’est pas forcément vivre ensemble, l’amour c’est aussi se sacrifier pour une autre personne. Et ce film le démontre bien.

Enfin cet article est publié après que Christine Boutin ait donné son avis (qui a osé lui demander ?) sur la Palme d’Or, se lamentant de voir une « mode gay » au cinéma. Cette mode gay qu’elle critique et qu’elle juge aliénante serait pour elle trop présente et ne devrait pas exister. « On est envahi de gays« . Pour la citer complètement : « Franchement, le jour du 26 mai, la Manif pour tous..On se dit, franchement, qu’est-ce qu’ils nous mettent dans la tête. On ne peut pas voir un film, une série à la télévision sans qu’il y ait les gays qui s’expriment. Maintenant, c’est la Palme d’or, bon, ça va, quoi. Voilà. » Entre autre.
Sachez Christine Boutin, que le cinéma s’intéresse à la société et que naturellement il y a des films avec des personnages gays, et même des personnages principaux gays. Mais je pense que ce n’est pas la principale caractéristique de ces personnages. Ce sont des gens qui aiment, qui souffrent, qui rient, avec une personnalité et des convictions, gentils et méchants, riches et pauvres, beaux et moches. Comme des hétéros. Sisi. Sachez que si je ne prête plus aucune attention à vos discours politiques fumeux, je vous demande de ne pas parler de cinéma. Ne salissez pas ce que j’aime le plus.

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