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Henry Miller : Le Monde du sexe

Par Savatier

Henry Miller : Le Monde du sexe« Nos lois et nos coutumes sont liées à la vie sociale, à notre vie en commun, qui est l’aspect le moins important de l’existence. La vraie vie commence quand nous sommes seuls, face à notre moi inconnu », écrivait Henry Miller, ce réprouvé des Lettres américaines qui, l'âge venant, ressemblait de plus en plus à un vieux Mandarin, dans un texte important publié en 1939 et remanié en 1957, Le Monde du sexe. Cet ouvrage vient d’être réédité dans une nouvelle traduction (Bartillat, 128 pages, 18€) précédée d’un bel avant-propos Charles Ficat. Et c’est en effet à une exploration de ce « moi inconnu » que se livre l’auteur. Partant de quelques scènes autobiographiques, il réfléchit, se livre à des observations comparées (entre la société française et celle des Etats-Unis) ; il élabore une théorie qui porte, certes, sur son œuvre, mais s’étend bien au-delà, sur le rôle du sexe en tant que pulsion de vie.

Le langage, dense, peut çà et là être vif, voire cru. Miller cherche bien moins ici à choquer les pudibonds qu’à s’exprimer avec clarté. Au reste, ces derniers, s’ils pensaient trouver dans Le Monde du sexe des pages d’un érotisme torride de nature à apporter quelques frissons à leurs désirs refoulés, seraient fort déçus. Car cet essai relève de la réflexion philosophique d’où la spiritualité n’est pas plus absente que la dénonciation d’un machinisme triomphant.

Henry Miller : Le Monde du sexeLe texte de Miller se révèle intemporel, dans la mesure où il aborde des problématiques universelles. Il est plus que jamais d’actualité dans nos sociétés dominées par des peurs qui servent d’argumentaire aux idéologies néopuritaines (religieuses ou laïques) et hygiénistes qui tentent de s’imposer à nous à travers une croissance inquiétante d’interdits normatifs : « Aujourd’hui, tous semblent n’être animés que par la peur, presque exclusivement. On craint même ce qui est bon, ce qui est sain, ce qui est joyeux. […] Dans le monde de la veille, menotté, contraint, paralysé par toutes sortes de peurs, menacé à chaque pas de châtiments réels ou imaginaires, il n’est presque pas de désir que nous cherchions à exprimer qui ne nous semble injuste ou mauvais. […] Quand nos désirs sont réprimés ou refoulés, la vie devient mesquine, laide, vicieuse et comme la mort. […] Rien n’a jamais été accompli en se contraignant, se réprimant, se liant et s’entravant les uns les autres. Ce n’est pas ainsi qu’on élimine le crime, la guerre, pas plus que la cupidité ou la luxure, la malice ou l’envie. » Voilà pourquoi l’auteur se livre à une vive critique des obsessions des moralistes pour leur préférer « le chemin de la vérité, qui mène non au salut mais à la lumière. »

Ce discours n’est malheureusement plus très répandu mais, comme l’écrit fort pertinemment Charles Ficat, « Miller, dansant en diable, nous offre une méditation sur l’amour de la vie ».

Illustration : Henry Miller, photographie.


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