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Confession d'un hypocondriaque, Christophe Ruaults

Publié le 20 juin 2013 par Bouquinovore @bouquinovore

Confession d'un hypocondriaque, Christophe Ruaults Auteur: Christophe Ruaults Titre Original: Confession d’un hypocondriaque Date de Parution : 6 juin 2013 Éditeur : Michalon Nombre de pages : 256 Prix : 17,00€ 16,15€


Quatrième de couverture :Un rhume ? C’est sûrement une pneumonie qui s’annonce. Un mal de tête ? Les prémices d’une méningite. Un trou de mémoire ? Un Alzheimer précoce… Et le narrateur enchaîne les visites chez les spécialistes, multiplie analyses et scanners. Le diagnostic est évident : Thomas est hypocondriaque. Mais combien de temps la femme de sa vie va-t-elle tenir le coup face à cet anxieux obsédé par sa santé ? Dans un récit enlevé, ponctué de scènes où le rire côtoie l’émotion, l’auteur met le doigt sur un mal qui nous touche tous à divers degrés. Un délicieux remède à l’hypocondrie ambiante.
Extrait Avant-propos
J'ai la grippe. Je le sais, je le sens. Pas n'importe laquelle. Une du genre méchante, vindicative. Celle qui frappe durement, au hasard, pour faire un exemple. L'espagnole ou l'asiatique, peut-être la médiatique H1N1. La pandémie me réclame et avec un peu de chance je finirai en brève dans les JT du soir. Mais avant, j'aurai raconté mon histoire. Elle vous fera rire ou pleurer, à vous de voir. Je dirai tout, je n'oublierai rien. Ni le virus aviaire que me transmit un jour l'un des cygnes du bois de Vincennes ni le moustique-tigre qui m'inocula le Chikungunya en pleine banlieue parisienne, à plus de dix mille kilomètres de la Réunion - vous conviendrez que c'est avoir contre soi la loi des probabilités. Ma légionellose était-elle plus prévisible ? Peut-être, dans la mesure où je ne peux pas éviter sans cesse les atmosphères climatisées dont raffole cette maladie, au nom qui fleure bon le sable chaud et les amours caprines mais qui vous mène tout droit à la pneumopathie. Le cancer, j'ai eu, le sida, j'ai connu. Parkinson m'a fait trembler, la mucoviscidose m'a étouffé, Alzheimer m'a vidé et la méningite m'a foudroyé.
Stop, au secours ! Je deviens fou, ressaisissez-moi. Un reste de lucidité me commande de dire la vérité avant que «l'autre» ne reprenne le dessus. A ce jour, je vais aussi bien qu'on peut aller lorsque ni l'âge ni la maladie ne sont encore venus commencer leur travail de sape, je dirais même que j'affiche une forme insolente mais vous n'imaginez pas comme cela me coûte de l'écrire. J'ai peur que cette déclaration faite au grand jour ne passe pour de l'orgueil auprès des forces mystérieuses qui régissent notre santé, qu'elle les irrite et attire sur moi leur courroux. Pourtant, je sens que je dois passer aux aveux, au moins une fois, quitte à me rétracter ensuite, car cela peut me sauver de moi-même. Après tous les examens que j'ai subis à ce jour, il en reste un que je suis le seul à pouvoir entreprendre : celui de ma conscience. Alors oui, d'après le dernier check-up en date - mon dernier check-up est toujours récent - je peux me flatter d'avoir des organes en parfait état, rutilants, aussi frais qu'une limande pêchée du jour.
Je m'appelle Thomas Charlie Pierre Lutraux, né de Georges et Carole Lutraux. J'ai trente-neuf ans, je mesure un mètre soixante-dix-huit et je pèse soixante-neuf kilos. Je suis journaliste dans la presse écrite, un métier dangereux dans la mesure où l'on sait aujourd'hui que la position assise prolongée - la mienne lorsque je tape mes articles - accroît les risques de maladies cardio-vasculaires en rendant moins aisée la circulation sanguine, sans compter ceux de développer un cancer du colon ou du sein. Vous pouvez me croire sur parole, je suis responsable de la rubrique «Santé» dans mon journal, Investigation, où j'oeuvre à l'édification des masses ignorantes. J'ai un emploi du temps qui déborde, une femme institutrice qui a quitté notre appartement de Clamart pour habiter mes pensées, un chien apathique qui, lui, est toujours à la maison, zéro enfant, une soeur cadette qui cultive ses propres phobies ; j'ai 433 amis sur Facebook et beaucoup moins dans la vie. Le meilleur d'entre eux s'appelle Ulysse, journaliste lui aussi à Investigation. Mon rédac' chef est un con de première catégorie, mon voisin vire obèse, mes voitures ont souvent été bleues et mes nuits blanches - ce qui favorise le diabète. Il me faut bien admettre la réalité : mon espérance de vie est celle de la moyenne des Français, dans les soixante-dix-huit ans auxquels me donne droit mon chromosome XY.
Cela dût-il vous surprendre, je n'ai pas ma place dans les encyclopédies médicales pour avoir survécu aux maladies les plus graves. Je n'ai pas non plus été catapulté de la planète Krypton et je n'ai jamais mis les pieds à Lourdes. Voici en quelques pages les tenants et les aboutissants de cette étrange disposition qui est la mienne et du tour inattendu - et déplaisant - qu'elle a fait prendre à ma vie.


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