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De Michelle Blanc à Mariloup Wolfe

Publié le 27 octobre 2013 par Veritejustice

Sans titreLe choix de parler au grand jour son état civil n’est certes pas une invitation à ridiculiser gratuitement ou sans justification les faits mais il ne la met pas à l’abri de commentaires, remarques, ironie et humour, protégés par la liberté d’expression!

Par Vérité Justice

À la lumière des faits des derniers jours concernant les amusements du blogueur Gab Roy sur le Web envers Mariloup Wolfe ( Shotgun sur Mariloup Wolfe) il serait intéressant de nous attarder sur un sujet qui fait la manchette depuis quelques années devant de nombreux tribunaux: La liberté d’expression 

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Choisir d’être un personnage public à ses avantages mais comporte aussi de nombreux désavantages, blagues mal placées, humour sexuel ou à caractère obscène mais cela semble être le prix à payer lorsque nous voulons que les gens nous reconnaissent, nous aiment lorsque nous sortons au grand jour.

Mme Blanc, blogueuse, cible d’un journaliste en sait quelque chose mais regardons de plus près lorsque la liberté d’expression insulte, choque mais protège le farceur.

II        LES FAITS

[9]  Les faits se résument comme suit.

[10] Au début d’avril 2010, Mme Lise Bissonnette, ex-directrice du Devoir et ancienne présidente de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec, prononce une conférence sur le journalisme, au cours de laquelle elle se penche sur le rôle des journalistes qui s’expriment dans les pages Facebook, les blogues et Twitter.

[11] La conférence de Mme Bissonnette est l’occasion d’une chronique de Mme Nathalie Petrowski, chroniqueuse au journal La Presse, en date du 10 avril 2010.

[12] Mme Petrowski commente l’opinion de Mme Bissonnette et s’exprime sur certains «placoteux des blogues» dont le discours peut se muer «en insupportable soupe auto-promotionnelle». Elle conclut sa chronique ainsi:

«Pour s’en convaincre, il suffit d’aller sur le site de Michelle Blanc, la papesse de la communauté web au Québec. Jeudi, le premier élément sur son site était une invitation à aller la voir livrer sa 22e chronique à l’émission de télé LeLab, suivie d’une invitation à relire et à revoir ses sept derniers billets, suivi, trois éléments plus bas, d’une autre invitation à aller la voir livrer sa 21e chronique à l’émissionLeLab. Si seulement Michelle Blanc était la seule, mais l’autoplogue compulsive est la norme parmi les placoteux. Lisez-moi, regardez-moi, écoutez-moi. Moi, moi, moi … Ce nombrilisme extrême, à mon avis, est bien plus déplorable que le placotage, le gazouillis ou la dispersion.»

[13] La journée même, Mme Blanc publie sur son blogue une chronique intitulée Nathalie Petrowski, Nathalie Petrowski, Nathalie Petrowski

[..]

[16]  C’est par la suite, le 15 avril 2010, qu’est publiée sur BangBangblog la chronique de Simon Jodoin «L’abominable homme des cons» qui est au cœur du litige (la «Chronique»). Elle est intitulée Michelle Blanc vs Nathalie Petrowski: rite sacrificiel 2.0.

[17] Surplombe la première page de la Chronique un montage photo tiré d’une toile du maître Le Caravage, Le Sacrifice d’Isaac, où le visage d’Abraham est remplacé par celui de Mme Blanc et celui de son fils Isaac, sur le point d’être sacrifié, par celui de Mme Petrowski. Ce faisant, le visage de Mme Blanc est affublé de la barbe. Une reproduction du photomontage apparaît à l’annexe 1. Une reproduction de l’œuvre du Cavarage apparaît à l’annexe 2.

[18] Mme Blanc s’offusque de la Chronique.

[...]

[37] M. Jodoin affirme ne pas connaître Michelle Blanc autrement que comme chroniqueure web. Il a pris la photo de Mme Blanc qu’elle affiche sur les réseaux sociaux, tout comme il a saisi l’image de Mme Petrowski de la chronique de La Presse.

[38] Il affirme que le photomontage participe à la fois de la forme et du fond de son propos.

[39] Il mentionne qu’il savait, au moment d’écrire la Chronique, que Mme Blanc était «transgenre». Il conçoit qu’il est possible que la Chronique ait pu peiner ou choquer Mme Blanc. Cependant, il n’a pas retiré le photomontage, malgré la demande qui lui en a été faite, car il juge que le motif invoqué par Mme Blanc pour l’amener à le faire n’était pas valable. Il ne regrette pas le photomontage mais regrette la polémique.

[..]

[61] Dans ce contexte, les juges L’Heureux-Dubé et Bastarache, pour la majorité, écrivent:

                «53. Puisque le droit à l’image fait partie du droit au respect de la vie privée, nous pouvons postuler que toute personne possède sur son image un droit qui est protégé. Ce droit surgit lorsque le sujet est reconnaissable. Il faut donc parler de violation du droit à l’image, et par conséquent de faute, dès que l’image est publiée sans consentement et qu’elle permet l’identification de la personne. Voir Field c. United Amusement Corp., [1971] C.S. 283.» 

                  [ ]

                 58. L’intérêt public ainsi défini est donc déterminant, dans certains cas. La pondération des droits en cause dépend de la nature de l’information, mais aussi de la situation des intéressés. C’est une question qui est dépendante du contexte. Ainsi, il est généralement reconnu que certains éléments de la vie privée d’une personne exerçant une activité publique ou ayant acquis une certaine notoriété peuvent devenir matière d’intérêt public. C’est le cas, notamment, des artistes et des personnalités politiques, mais aussi, plus globalement, de tous ceux dont la réussite professionnelle dépend de l’opinion publique

                .[ ]

[78] La caricature vise à présenter une image. Personne ne doit croire que cette image doit être prise telle quelle; ce serait antinomique de la définition même de la caricature. Le caractère diffamatoire doit s’apprécier en tenant compte de la déformation, (exagération, raillerie ou satire) de la réalité qui est l’essence même de la caricature. En soi, la caricature comporte un sens de ridicule.

[..]

[82] Mme Blanc est un personnage public. Son choix d’assumer au grand jour son état de transgenre n’est certes pas une invitation à la ridiculiser gratuitement ou sans justification. Par ailleurs, il ne la met pas à l’abri de commentaires, remarques, ironie et humour, protégés par la liberté d’expression, dont sont l’objet tous les personnages qui choisissent d’œuvrer sur la scène publique, en particulier dans le domaine de l’opinion.

Pour lire le jugement intégralement: Cliquer ici

En conclusion le couple Lemay-Thivierge / Wolfe a t’il enflammé Gab Roy en faisant une déclaration publique sur une situation personnelle ?


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