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Cameroun - Leadership Politique: Pourquoi Kamto fait peur à Biya? Cameroon

Publié le 12 novembre 2013 par 237online @237online

Les hauts gradés de la police ont bondi de leur fauteuil pour rappeler le président du Mrc à l'ordre, l'accusant de tentative de sédition. Et pourtant alors que le président du Sdf qui appelait en mai 2013, le peuple à prendre les machettes, n'a jamais été inquiété.

Le discours de Maurice Kamto est-il pris plus au sérieux que celui du président du principal parti de l'opposition camerounaise?
Il serait naïf de croire que Martin Mbarga Nguélé, du haut de sa position de Délégué général de la sûreté nationale ait tout dit à Maurice Kamto jeudi dernier lorsqu'il déférait à sa convocation. Car si le patron de la police est sorti de ses gongs, c'est bien clair qu'au-delà de la simple déclaration faite par le président du Mrc à la presse nationale le 22 octobre 2013, les autorités policières détiennent d'autres indicateurs qui leur permettent de penser que Maurice Kamto pourrait «porter atteinte à la sécurité publique» de par ses prises de position, ses sorties médiatiques etc. Mais naturellement, la police nationale ne viendra pas exposer en public les causes profondes de ce qui apparaît comme de l'intimidation. Elle les garde pour elle. Se contentant «d'une mise en en garde solennelle».
Mais qu'y a-t-il de si grave dans l'extrait du propos de l'ex-ministre ayant servi de prétexte à sa convocation dans le cabinet du Dgsn? Qu'a-t-il dit de si dramatique en affirmant que, «le pouvoir est désormais placé devant un choix crucial pour l'avenir politique du pays: engager très rapidement les discussions politiques sérieuses en vue de doter notre nation d'un système électoral crédible, garantissant le respect scrupuleux de l'expression de la volonté populaire ainsi que les engagements internationaux de notre pays, ou procéder à l'achat massif des armes pour affronter le peuple»?
Rien a priori. Puisque ceci peut être rangé par de nombreux commentateurs dans la suite de différents appels que les hommes politiques, parfois mauvais perdants d'une élection et qui veulent garder la tête haute devant leurs électeurs et sympathisants lancent.
Violence
Adamou Ndam Njoya, Jean Jacques Ekindi ou encore Garga Haman Adji ont eu, du temps de leur superbe, des mots aussi durs envers l'establishment après un échec à une compétition politique ou au lancement de leurs partis politiques. M. Ekindi s'est autoproclamé chasseur du lion sans être plus loquace sur les méthodes du trappeur. Mais n'a pas exclu la violence pour déloger d'Etoudi, celui qui, selon lui, a plongé le pays dans le marasme économique. Garga Haman Adji, «chasseur de baleines», s'est montré très violent envers le chef de file du régime de Yaoundé dont il dénonçait l'inertie qui a fait le lit de la corruption au Cameroun.
Plus récemment, c'est Ni John Fru Ndi pas toujours remis de «la victoire volée» de la présidentielle de 1992 qui était en colère après la convocation du collège électoral des élections sénatoriales par Paul Biya sans le minimum de consensus passé avec le reste de la classe politique.
En cela, il appelait les Camerounais à prendre les machettes «pour aider Biya à gâter le Cameroun». Le propos avait été jugé très brutal même dans le camp du chairman. Mais John Fru Ndi n'avait été convoqué par aucune unité de la sécurité nationale pour répondre de ses «propos, ses agissements et comportements» pouvant porter atteinte à la sécurité publique. Au contraire, le Sdf fera l'objet des attentions du régime qui va déléguer un émissaire ayant pour mission de convaincre son chef de prendre part aux élections. La suite, on la connaît. Le Sdf fut au départ du scrutin et s'adjugea même le soutien du Rdpc dans les circonscriptions de l'Ouest et de l'Adamaoua. Tout porte, ainsi à croire que la menace du Chairman n'avait pas fait frémir au sein du sérail. Mieux que celle-ci avait été banalisée pour dire le moins.
En revanche, pour moins que cela, pour un appel - lancé en direction des pouvoirs publics à engager des discussions pour des réformes qui seules, peuvent mettre le Cameroun à l'abri de troubles sociaux qu'occasionneraient la haine et l'absence de dialogue, c'est le délégué général à la Sûreté nationale «lui ... même» flanqué de trois autres commissaires divisionnaires (responsables de la surveillance du territoire, des renseignements généraux et de la police judiciaire) qui est monté au créneau pour rappeler à Maurice Kamto qu'on l'a à l'œil.
Cette fois, les sous-préfets de Yaoundé V, III, et I qui avaient respectivement interdit violemment la conférence de presse préparée pour donner les raisons de la démission de Kamto du gouvernement, réprimé la réunion de lancement du Mrc et la tenue de son premier congrès à l'école la «Gaieté» à Yaoundé et soutenus publiquement par le ministre en charge de l'administration territoriale ont peut-être été jugés très mous pour faire l'affaire. Cette fois, c'est la police qui sort le «bazooka». Preuve peut-être que l'agrégé de droit, ministre démissionnaire du gouvernement des «grandes ambitions» donne du répondant au régime en place. Et la police qui a des informations que la presse n'a pas, prend, visiblement l'effet Kamto au sérieux. Mais quelles peuvent être ces renseignements?
Représentativité
Est-ce les chiffres querellés des dernières élections dont le contentieux au fond attendu à la suite des recours des partis politiques n'a jamais été ouvert? Est-ce la crédibilité au niveau national et l'état de grâce du président du Mrc qui font problème? Est-ce l'aura internationale de cet universitaire dont la réputation traverse les frontières du triangle national qui fait que sa simple recommandation mette la République en branle? Seuls les fins limiers de la police peuvent répondre à ces questions.
Mais fussent-elles pertinentes, ces réponses n'empêcheraient pas de remarquer que le Mrc n'a qu'un seul député sur 180, n'a emporté la majorité dans aucune des 360 communes. Et donc que du point de vue de la représentativité, n'est qu'un modeste parti devant le Sdf, première force politique de l'opposition, l'Upc l'âme immortelle dont les manifestants sont auditionnés par un commissaire de sécurité publique, l'Udc dont les «dérives» sont gérées par un sous-préfet d'un coin perdu du Noum. Qu'y-a-t-il d'épouvantable derrière le Mrc que le régime de Yaoundé a identifié? Pourquoi depuis sa démission, la création de son parti, sa participation aux élections, Maurice Kamto fait-il si peur... au point de reléguer Fru Ndi, ancien ennemi public numéro un au second plan?


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