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La marque jaune aux mains d’Etienne Schréder de passage à la rédac du Bourlingueur

Par Bourlingueur
schreder etienne

Bonjour Etienne Schréder, pour nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas encore, pourrais tu nous dire qui tu es et que fais tu dans la vie ?

Je ne suis arrivé à la BD qu’à l’âge de quarante ans après une existence bien différente de celle que je mène actuellement. A ce sujet, voir mon récit « Amères Saisons » chez Casterman Écritures.
Mais la publication d’une douzaine de livres chez divers éditeurs ne m’a jamais empêché de me livrer à d’autres activités que celle d’auteur de BD. Ainsi, à Bruxelles, je gère la Maison Autrique, cette demeure bâtie par Victor Horta et rendue accessible au public à l’initiative de Schuiten et Peeters. Je me suis également découvert un goût certain pour l’animation d’ateliers BD dans des villes aussi improbables qu’Alger ou La Havane. Sans être enseignant, je travaille avec de jeunes auteurs locaux à la réalisation d’albums collectifs ou individuels dont plusieurs ont déjà vu le jour, même s’ils sont introuvables en Europe. Bref, je me diversifie dans tout ce qui touche de près ou de loin à la BD.

Dans quelle circonstance as-tu été choisi pour reprendre le dessin de “Blake et Mortimer” ? Tu as été encreur pour le tome 20, cela t’a-t’il aidé ?

Ma première intrusion dans la reprise de Blake et Mortimer date de « L’étrange rendez-vous ». J’ai aidé Ted Benoit dans la recherche et la mise en place de décors pour certaines séquences. Une collaboration anonyme. Ensuite, il y eut « La malédiction des trente deniers » avec Chantal de Spiegeleer. Là aussi, une aide discrète pour le dessin et l’encrage des décors. Enfin, Antoine Aubin qui avait besoin d’un coup de main pour respecter des délais très contraignants. Je ne suis donc pas un « petit nouveau » dans la série comme certains l’on écrit. Mais jamais je ne me targuerais du titre de dessinateur de Blake et Mortimer. Je dessine quand vraiment il le faut, quand le calendrier l’exige. Depuis le début l’éditeur fait appel à moi pour faciliter la sortie de l’album à heure et à temps.

L’univers de “Blake et Mortimer” est déjà bien connu, comptes-tu y ajouter ta touche personnelle ? Si oui, sous quelle forme ?

Ma réaction à cette question découle de ma réponse précédente. Pour moi, jamais il n’est question de faire œuvre personnelle. Tout au plus, s’approcher au mieux du style de Jacobs. Et surtout, respecter le dessin du dessinateurs principal, Aubin en l’occurrence.

Ce dernier Blake et Mortimer est salué au niveau du dessin par la presse professionnelle, on y retrouve les traits de Jacobs mais le scénario semble faire dufaux si je puis me permettre, y aviez vous travailler où est-ce une volonté de la maison d’édition de mettre si en… retrait les personnages principaux de la série ?

Le scénario de « L’Onde Septimus » appartient entièrement à Jean Dufaux, sans la moindre participation de ma part ni sans directives de l’éditeur. Il a su renouveler le genre. Un pari qui était loin d’être gagné d’avance. Bien sûr Dufaux et moi avons eu quelques discussions à propos de l’univers de Jacobs, mais lorsque je suis intervenu sur ce volume tout était déjà écrit. Personnellement, je lui sais gré d’avoir imaginé quelques séquences fortes, de ces images inoubliables qui semblaient manquer jusqu’ici dans la reprise de la série. Et si Olrik vole quelque peu la vedette aux personnages principaux, c’est encore Dufaux qu’il faut remercier… ou accabler, selon la sensibilité des lecteurs.

On constate que tu aimes particulièrement les parutions “One-shot”, comment expliques-tu cette préférence ?

Commencer un tout nouveau métier à l’abord de la quarantaine impose de ne se faire aucune illusion. A l’époque, publier un album était mon seul objectif. Ensuite il y en eut d’autres, cependant j’ai toujours considéré chacun d’eux comme étant le dernier. D’où mon peu d’attrait vers les séries et mes tentatives d’essayer « autre chose » à chaque nouvel album.

Passer des One-shot à une série continue, faire un tel changement dans tes habitudes ne t’effraye-t’il pas ?

Je n’ai pas l’impression d’être entièrement partie prenante dans la série. Je n’ai aucun plan de carrière (surtout à mon âge actuel). Un journaliste m’a qualifié de « pompier » de Blake et Mortimer. J’aime cette expression, car elle traduit bien mon rôle réel. Qui aurait l’idée de passer un contrat de fidélité avec les pompiers ?

De prochaines sorties de prévues ?

Oui, une nouvelle collaboration sur Blake et Mortimer pour 2014 (je ne crains pas la contradiction). Et surtout un contrat avec Casterman que j’ai trop tardé à honorer. Aider autrui à rattraper son retard n’est pas sans risque pour son propre calendrier !

Question bonus de la Franco-Belge :

Ton nom est indiqué à la fin de l’intégrale de Bidouille et Violette (Glenat 1996) : « lettrage manuel : Etienne Schreder », depuis, as tu créé des polices de caractère pour les programmes de mise en page ?

Encore une déception pour les lecteurs ! Non, je n’ai jamais créé de polices de caractères pour des programmes informatiques. Tout mon travail de typographie est exclusivement manuel et, par là-même, éphémère. Car, il n’y a pas eu que « Bidouille et Violette »… Pour Schuiten et Peeters, « La route d’Armilia », « L’Écho des Cités », « Souvenirs de l’éternel présent » en sa première version. Et bien d’autres calligraphies que j’ai oubliées.

N’as tu pas un peu l’impression d’être le nègre de Blake et Mortimer ?

Mais je suis le nègre de Blake et Mortimer ! Et d’autres albums. Je laisse aux lecteurs le soin de découvrir lesquels au gré des « remerciements » en pages de garde. Encore que mon nom tend à disparaître au gré des rééditions successives. Éphémère, encore ! Le phénomène du nègre n’est pas nouveau, tant en BD qu’en littérature. Cette fonction me convient. Elle est rassurante et me permet surtout d’approcher le travail d’auteurs qui, sans le savoir, m’apprennent ainsi mon métier. On n’a jamais fini d’apprendre.

Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, j’espère vite découvrir les nouveaux “Blake et Mortimer”.


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