Mais revenons quelques années plus tôt. En 1900, à Roscanvel, dans la Chaumière de Divine où régnait l'élégante "châtelaine" dont la silhouette, le sourire et le chaleureux accueil marquaient durablement les visiteurs. Elle était sensuelle, d'une sensualité qui n'allait pas peut-être sans quelque ludique libertinage. Jehan Rictus, l'année précédente, en avait fait les frais :
"Tout au long du déjeuner la femme me pince, me pelote littéralement en s'extasiant sur la grosseur insoupçonnée de mes biceps.Boissier, le bel idéaliste, rendit aussi visite à Saint-Pol-Roux, au printemps 1900. S'il devait bel et bien dédier à son ami un poème en prose qui parut dans L'Hermine du 20 avril 1903, c'est à Amélie qu'il pensa lorsqu'il écrivit le sonnet qu'on va lire. Il est d'un érotisme voilé, discret, qui dit mieux que tout billet la moderne sensualité de Madame Saint-Pol-Roux.
Elle devine en moi le gaillard nerveux et solide que je suis. Je ne sais que dire et quelle tête faire ! (...) Et ces chatteries gamines ont duré toute la journée. Elle m'a pincé les bras jusqu'au sang - Tout le temps dans la voiture ce jeu a duré." (Journal de Jehan-Rictus, Département des manuscrits de la BNF, n.a.fr. 16102)
LA CAMARGO
A Mme SAINT POL ROUX.
L'exquise Bouquetière aux sourires discrets,Camargo, la danseuse adorable, c'est Elle !Sa main pâle, doigts fins, nous offrant des oeilletsS'enrubanne au frisson câlin de la dentelle.
Fanfreluchés un peu sous le bleu des lacetsVers le tulle mutin givré de brocatelle,On devine en leur grâce éblouissante et frêleSes seins blancs et neigeux enclos au corselet.
Une toque, enfantin caprice, à son oreilleSe penche, bride au vent, sur ses cheveux poudrésEt ses yeux sont naïfs et sa bouche vermeille.
Dans la pourpre du soir tendre et crépusculaire,Avec le charme doux de ses longs cils nacrésLa belle au front câlin s'ingénie à nous plaire.






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