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Pierre Bordage – Chroniques des ombres

Publié le 07 novembre 2013 par Gruz

chronique_des_ombres_pierre_bordageAprès la guerre nucléaire, une pollution mortifère a confiné la partie privilégiée de la population mondiale dans des mégapoles équipées de filtres purificateurs d’air. La plupart des capitales sont désormais regroupées en Cités Unifiées. NyLoPa, la plus importante et stable des CU, réunit New York, Londres et Paris et compte 114 millions d’habitants. Les citoyens sont équipés d’une puce d’identité et la sécurité est assurée par une armée suréquipée qui fait office de police, les fouineurs, sorte de super détectives, un corps spécial composé d’individus sélectionnés pour leurs capacités analytiques.

Dans ce monde en survie à l’équilibre plus que précaire, des centaines de meurtres sont soudain perpétrés, dans toutes les villes et en quelques minutes, par d’invisibles assassins. On soupçonne une secte d’en être à l’origine, mais l’enquête menée par les fouineurs va les plonger dans un enchevêtrement de complots et de luttes de pouvoir, tandis que les Ombres continuent de frapper de plus belle.

Remontant la piste, les fouineurs vont être entraînés hors des cités, dans le ‘pays vague’, à l’extérieur du monde civilisé, le lieu inconnu de tous les dangers…

Mon avis

Pierre Bordage, auteur majeur de la SF française contemporaine, n’en est pas à son galop d’essai concernant les récits post-apocalyptiques. On se souvient de sa trilogie des prophéties (L’Évangile du serpent en 2001, L’Ange de l’Abîme en 2004, Les Chemins de Damas en 2005), pour moi rien de moins que trois chefs-d’œuvre.

L’arrivée de ce pavé de 750 pages ne pourra donc que réjouir les amateurs du genre.

Bordage a décidé d’innover dans la présentation de cette histoire. Elle a tout d’abord été proposée au format numérique et, dans le cadre d’un feuilleton, un chapitre a été publié toutes les semaines (36 chapitres en tout). Pour ceux qui, comme moi, sont attachés au format papier, cette dernière version est sortie en octobre 2013.

Avec ces Chroniques des ombres, l’auteur nous prouve une fois de plus qu’il est un conteur hors pair.

Je ne vais pas tourner autour du pot : c’est un nouveau pavé qui va marquer les esprits qui auront le bon sens de s’y pencher.

Les thématiques développées ne sont peut-être pas neuves, mais Bordage a un tel talent pour nous immerger dans son environnement, que tourner la dernière page de ce roman est un véritable crève-cœur.

On y retrouve bon nombre de thèmes chers à l’auteur : respect de la nature autant que de l’Homme, spiritualité, défiance envers les prédicateurs et les institutions, respect des différences, totalitarisme sous couvert de démocratie…

Un fourmillement d’idées et de concepts totalement intégrés dans l’histoire. Car ce récit est avant tout un formidable roman d’aventure. Bordage nous a concocté une intrigue totalement addictive et a élaboré des personnages assez inoubliables, sans jamais sortir de son rôle de conteur (intelligent).

Imaginez un monde post-apocalyptique coupé en deux. D’un côté les « chanceux », vivant dans des mégalopoles reconstruites et préservées des radiations nucléaires et de l’autre, tous ceux qui les subissent et en sont affectés.

Imaginez les citoyens privilégiés reliés à une matrice par une biopuce (Bordage nous propose des « dialogues intérieurs » entre le personnage et sa puce proprement passionnants à suivre).

Imaginez les millions de laissés-pour-compte se regrouper en clans et lutter pour leur survie. Une survie dans la violence quotidienne, à coup de guerres claniques.

Vous n’arrivez pas à tout imaginer ? Pas de soucis, tel le conteur d’exception qu’il est, Bordage l’imagine pour vous ! Il sait raconter comme personne, faire réfléchir sans prise de tête et maîtrise admirablement sa plume pour notre plus grand plaisir.

L’histoire parait classique, les thèmes semblent rabâchés, mais l’auteur façonne le tout de manière magistrale. A l’image de son intrigue, entrecoupée à l’intérieur de chaque chapitre de paragraphes en forme de témoignages d’anonymes ; témoignages qui permettent de mieux appréhender l’environnement général. A l’image aussi de ces « fausses » citations et proverbes d’en-tête de chapitres qui font réfléchir sur l’avenir de ce monde dévasté (et du notre par la même occasion).

Il a su enfin inclure des notions fortes dans son schéma (eugénisme, liberté, survie, respect de la nature et humanité…) qui rendent cette œuvre difficile à lâcher. Et comme, à l’image de la vie, il a le don de ne pas ménager ses personnages, on est vite happé par ce roman qui s’inscrit dans la droite ligne des très bons écrits du genre.

En conclusion, un excellent roman de SF grand public, vraiment accessible et un véritable roman d’aventure que l’on n’oublie pas la dernière page tournée.

Sortie : octobre 2013

Originalité de l’intrigue : ♥♥♥

Profondeur de l’histoire : ♥♥♥

Qualité de l’écriture : ♥♥♥

Émotion : ♥♥♥

Note générale : ♥♥♥

"Ne te laisse jamais enfermer dans une Cité Unifiée : tu y perdrais bien plus que ton âme. L’homme qui sacrifie sa liberté au nom de la sécurité jette de la terre sur le rêve humain."


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