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[Chronique] Pharrell Williams – G I R L

Publié le 03 mars 2014 par Wtfru @romain_wtfru

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(Black Lot/Columbia)

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Il est l’heure. L’heure du triomphe en son propre nom pour Pharrell Williams. Jusqu’ici producteur de tubes à la pelle pour ce que la profession compte de stars, bête de featurings, fantasme féminin, prêtre du cool et du style, PW était de toutes les batailles depuis le début des années 2000. Mais jamais vraiment pour lui-même. 2013 a changé la donne. On vous refait pas l’histoire, disons seulement Get Lucky, Blurred Lines et Happy, soit les trois titres interplanétaires des douze derniers mois. Si les deux premiers nommés vont dans cette catégorie des « hits pour autres », le dernier va permettre à Pharrell d’entrer dans une toute nouvelle dimension. Sorti sans faire de véritable vague en mai de l’an passé, le single du film d’animation Moi, Moche et Méchant a finalement connu le succès qu’on lui connait quelques mois plus tard avec la sortie du fameux clip de 24h.

Skateboard P n’est, depuis, plus seulement une idole en équilibre entre mainstream et crédibilité pour puristes, il est devenu un incontournable connu du plus grand nombre. Et parmi eux, ceux qui ne connaissent ni N.E.R.D., ni Neptunes (sauf leurs productions), les deux entités qui l’ont forgé au fil du temps. C’est cette partie du public qui est ciblée pour ce G I R L, deuxième album solo, huit ans après la plantade commerciale de In My Mind, premier essai sous-estimé et boudé par les critiques.
Ce second disque sert donc de curriculum vitae, de retour en arrière pour que les retardataires puissent rattraper le train en marche. Messieurs dames, fans de Pharrell depuis des plombes, sachez que vous n’apprendrez rien avec cet opus. Mais vous pouvez toujours vous amuser au jeu du « quel titre pour quelle époque de sa carrière ? ».
Brand New c’est la production de Justified, l’album qui a permis à Timberlake de s’acheter une crédibilité grâce aux copains PW/Chad Hugo et, ô hasard, JT est au featuring sur le morceau. Hunter renvoie au récent Blurred Lines, Gush c’est la touche NERD de l’album, Come Get It Bae le tribalisme de In My Mind, et on pourrait encore trouver pléthores de comparaisons.

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Pharrell Williams – Gush

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Évidemment, il n’y a pas de raison pour que ce qui a cartonné durant tout ce temps ne le fasse pas aujourd’hui. Sur les dix titres présents ici, sept voire huit ont un potentiel hit, et pour certains assez énorme (Hunter, Gust of Wind, Brand New). A vrai dire, on ne sait même pas lequel de tous va servir la promotion quand Happy va s’essouffler – et on en est visiblement pas encore là.. – tant les possibilités sont larges. C’est aussi ça le génie du bonhomme, cette capacité assez incroyable de sentir le bon filon et de donner cette furieuse envie de danser ou juste se dodeliner à partir de n’importe quoi. Il pourrait faire un titre avec un rideau, un céleri et un coupe-ongles que ça fonctionnerait quand même. On peut s’avancer sans risque en prévoyant un carton monumental dans les charts pour ce G I R L.

Aussi parce qu’il s’est entouré de noms ronflants pour l’accompagner. En featuring, on verse dans le Timberlake, Cyrus, Alicia Keys et Daft Punk. Des artistes aux univers divers et variés, histoire de toucher un public plus vaste. Un renvoi d’ascenseur aussi puisqu’il s’agit de gens avec qui le philippin a l’habitude de travailler plus ou moins souvent. A la production, évidemment, c’est Pharrell qui s’occupe de tout, aidé dans sa tâche par le producteur et compositeur de musique de films Hans Zimmer (Le Roi Lion, Gladiator, The Dark Knight, Pirates des Caraïbes, …) pour tout ceux qui est partie à cordes, l’une des originalités de cet album.

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Pharrell Williams – Brand New (feat. Justin Timberlake)

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Paradoxalement, on a souvent salué le talent des Neptunes pour leur avant-gardisme et leur vision aussi minimaliste que futuristique de leur son. Ici, Williams trouve la voie avant tout grâce à un back in the dayz au cœur de ce que la musique afro-américaine a fait de mieux en terme de funk, de soul de la fin des 70′s/début 80′s. On pense Michael Jackson, Prince, Wonder, Nile Rodgers et tout un tas d’influences pas trop dégueulasses. Sans verser dans le pompage abusif en prenant la marque « PW » comme socle cependant.
Néanmoins, on ne peut s’empêcher de trouver ça un poil facile et sans véritable surprise comme ce Know Who You Are avec Alicia Keys. On aurait aimé plus de sophistication, de prise de risque et de folie. Une recette que l’on retrouve seulement sur le titre d’introduction, Marylin Monroe, meilleur morceau de l’album. Mais comme dit plus haut, ce disque ne s’adresse pas prioritairement à ceux qui voient en Pharrell un producteur précurseur avant tout.

Cette carrière solo triomphante, on le sait qu’il en rêve depuis un moment. On le voyait de plus en plus se mettre en avant lors des deux derniers disques de N.E.R.D. et ses productions étaient plus souvent signés Pharrell Williams que The Neptunes depuis quelques années. Mais l’essai « loupé » en 2006 avait quelque peu refroidi ses ambitions et si N.E.R.D. a une bonne côte de popularité, elle ne s’est jamais transposée sur les ventes d’albums.
Ce regain actuel de popularité à grande échelle, c’est l’opportunité de sa vie et il ne pouvait pas se permettre de la gâcher en proposant quelque chose de trop révolutionnaire, surtout dans la vague d’un Happy aussi excellent que diablement classique dans sa consistance. G I R L, tel qu’il est, est une affaire logique et censée pour lui.

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Pharrell Williams – Marilyn Monroe

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Pharrell Williams – Gust of Wind (feat. Daft Punk)

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Même à portée « commerciale » (terme un peu con puisque tout album cherche à être vendu finalement), cet opus est une bonne fournée. Parce que PW sait trop bien faire de la musique pour offrir quelque chose de moyen. C’est certes prévisible et classique mais diablement efficace. Alors oui, on risque d’être usé par tout le tapage qu’il va y avoir autour de cette sortie et qu’il y a déjà autour de Happy mais pour tout ce que Pharrell a apporté à la musique depuis plus de quinze ans, on est prêt à prendre sur nous pour le voir enfin légitimement récompensé.
Et tant pis pour l’album solo parfait qu’on attend de lui, on est prêt à attendre encore huit ans si entre temps il continue de délivrer des tueries pour tout les copains. Seul ou en équipe.

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4 wtfru

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Tracklist:
1. Marylin Monroe
2. Brand New (feat. Justin Timberlake)
3. Hunter
4. Gush
5. Happy
6. Come Get It Bae (feat. Miley Cyrus)
7. Gust of Wind (feat. Daft Punk)
8. Lost Queen
9. Know Who You Are (feat. Alicia Keys)
10. It Girl

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