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Constitution : Allez, l'opposition, un peu d'opposition!

Publié le 14 mai 2008 par Omelette Seizeoeufs

La réforme de la constitution sert à quoi?

Hormis le fait de laisser le Narcissiste-de-la-République s'exprimer devant des parlementaires, mesure symbolique qui brouille les pistes institutionnelles mais qui, concrètement, ne change pas grand'chose dans les rapports de forces, il s'agit en somme d'un ensemble de mesurettes.

Comme souvent, l'approche de Sarkozy réunit une mesure phare, parafoudre symbolique comme les tests ADN, destinée à attirer toute l'attention, tout le vacarme, tandis qu'une série de petites mesures, trop techniques pour passer au journal de 20 heures, sont avancées plus ou moins en silence. Vacarme d'un côté, brouillard de l'autre. On ne comprend pas bien à quoi sert cette grande réforme. Voilà ce qu'en l'un de nos députés :

"Nous avons une bonne Constitution, nos compatriotes, si vous les interrogez dans la rue, ne pensent pas du tout qu'il est urgent de changer la Constitution", a-t-il dit, indiquant qu'il "ne voterait pas le texte en l'état".

Qui est ce socialo-communiste enragé, qui ose défier l'orthodoxie sarkozyënne ? C'est l'UMP Hervé de Charette.

L'impertinent UMPiste va même jusqu'à dire :

"Ce qui veut dire que la moitié des articles qui concernent le fonctionnement des institutions sont modifiés, complétés, supprimés, remplacés (...) C'est un changement très important de la Constitution, je ne crois pas que ce soit utile", a-t-il estimé.

Il a particulièrement mis en cause la possibilité pour le chef de l'Etat de venir s'exprimer devant les parlementaires. "Le fait pour le président de venir devant le Parlement ça trouble, ça met du désordre, ça rend confus cet équilibre si complexe et subtil et si intelligent de notre Constitution"

Il y a trois semaines, j'avais salué l'initiative du PS d'exiger, comme préalable à toute discussion sur cette "réforme", une démocratisation profonde des élections sénatoriales, pour rendre cette illustre institution enfin démocratique. (Actuellement, le très grand nombre de communes rurales en France donne un avantage permanent à la droite.) C'était une bonne idée et aurait été un vrai progrès démocratique, dans la mesure où le Sénat sert à quelque chose. Visiblement, ce n'est plus dans l'air du temps, et pourtant le PS continue à afficher une hésitation collective, même quand il s'agit de se montrer décidés:

Quelques instants plus tôt, Arnaud Montebourg, chef de file des députés PS sur la réforme des institutions, avait assuré que les élus socialistes auraient une attitude tranchée : ils ne choisiront pas l'abstention mais voteront «soit pour, soit contre».

Une vraie position de force, un parti vraiment décidé. C'est sûr, on ne s'abstient pas... Quel courage les gars!

La communication gouvernmentale sur cette question est tellement mauvaise que l'on ne voit pas ce qui empêcherait le PS de s'opposer, pour une fois que son vote est absolument nécessaire au Très Grand Homme (TGH). Le seul argument véritable - et je dis véritable non pas parce qu'il est fondé ou juste, mais seulement parce qu'il est audible -, et une modernisation des institutions. Ainsi, même Jean-François Copé est capable de formuler parfaitement la défense de la "réforme" :

«Je m'interroge pour savoir si, en réalité, les socialistes ne sont pas, à la faveur de ce week-end de Pentecôte, repris par leurs vieux démons en s'opposant à tout, avec force [...]. Je regrette un peu de voir, mais peut-être que je me trompe, les socialistes s' acheminer vers une position dure» (Libé, toujours le même article.)

Il s'interroge, le Copé. Parce que le PS ne voudrait pas avoir l'air une position dure. Ce serait intenable, tellement pas dans les usages...

Le sarkozysme ne supporte pas la contradiction, et souvent intègre timidement les objections prévisibles dans ses propositions. Ainsi, même si on est un présidentialiste convaincu, genre Balladur ou Lang, la "réforme" proposée paraît tiède, confuse et peu efficace. (Voir ce très bon billet sur un blog Mediapart.) Pas grand'chose de véritablement neuf, de tranché, et pourtant une modification très importante. Hervé de C., encore une fois :

"Ce qui veut dire que la moitié des articles qui concernent le fonctionnement des institutions sont modifiés, complétés, supprimés, remplacés (...) C'est un changement très important de la Constitution, je ne crois pas que ce soit utile", a-t-il estimé.

Donc, quand on est à gauche et que son vote est nécessaire pour passer cette modification de la constitution, pourquoi entre-t-on dans cette danse ? Le PS n'est pas pour une présidentialisation de la Ve République. Cela devrait suffire comme argument pour s'opposer. Cela devrait être évident. Cela devrait enlever toutes les inhibitions, la peur de paraître toujours contre, pas branché. Il suffit de dire des trucs bêtes, genre "Non à la Constitution bling-bling!". "Un an de présidentialisation, ça suffit déjà!". "La constitution n'est pas un Breitling." "Non à la constitution vanité!".

Et ainsi de suite...


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