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La Crème de la crème, de Kim Chapiron

Par La Nuit Du Blogueur @NuitduBlogueur

Note : 2/5 

Si l’expression « la crème de la crème » évoque théoriquement la qualité, le meilleur du meilleur, ce n’est ici pas le cas pour la filmographie de Kim Chapiron.

© Wild Bunch Distribution

© Wild Bunch Distribution

Le cinéma de Kim Chapiron, et plus largement celui de la société de production Kourtrajmé, a traversé plusieurs étapes, mais est toujours resté proche de la jeunesse : il naît et prend forme dans la banlieue parisienne où, en jouant des codes du cinéma bis, avec une forme brut et dynamique, il livre une vision comique et funky du ghetto, où le mélange des ethnies et leurs archétypes est tourné en dérision, où l’univers de la cité et sa culture est abordé avec légèreté et second degré. 

Après son premier long métrage maladroit Sheitan, slasher qui entremêle banlieusards et consanguins dégénérés, puis son second, Dog Pound, qui conte avec brio la confrontation de trois adolescents face à la réalité de l’univers de la prison et de sa hiérarchie, Kim Chapiron s’attaque cette fois-ci au milieu spécifique des études supérieures de commerce, à l’image de la fameuse école HEC.
Le film s’ouvre sur la rentrée des classes. Un professeur explique aux étudiants qu’ils sont les élites de demain, « la Crème de la crème » du marché. Dan, Kelly, et Louis – respectivement le puceau, la maligne et le beau gosse – vont se lier d’amitié et monter un réseau de prostitution dans le campus en appliquant les lois du marché qu’ils étudient en cours pour gagner de l’argent.

La Crème de la crème fait partie de ces films remplis de bonnes idées, qui prêtent à sourire plus d’une fois, mais qui se révèlent finalement très linéaires et relativement vides.

On y retrouve le même type de personnages que dans les teen-movies récents (Les Beaux Gosses de Riad Satouf serait un bon exemple) : maladroits et peu confiants, la vingtaine, venant d’un milieu social élevé et transposés dans la vision que se fait Kim Chapiron des études de commerce, où priment la fête, les relations sexuelles, l’image de soi et celle de son association au bureau des élèves.

© Wild Bunch Distribution

© Wild Bunch Distribution

« Tu n’es pas là pour apprendre mais pour te faire un réseau », explique l’un des élèves. Ici, la couleur du polo dicte qui tu es, tomber amoureux peut être signe de faiblesse, utiliser des caissières de supermarché en leur expliquant qu’elles n’ont aucun capital si ce n’est celui de leur beauté semble légitime : avoir de l’argent, des contacts et s’amuser. Rien d’autre.

On y ajoute une mixité ethnique avec des personnages d’origine différente, la musique de Rachid Taha, un côté « hype » et populaire (on aperçoit les membres du groupe Justice mixer en boîte), une critique sur-explicite de cet univers et une histoire d’amour évidente, et nous avons La Crème de la crème, un film qui, en essayant de pointer du doigt la superficialité supposée du monde des études de commerce, en devient lui-même superficiel.

En dépit du fait que Kim Chapiron tente de consolider sa critique par un recours constant au culture tendance (l’electro, la drogue, les running gags), la mise en scène reste relativement plate et le jeu d’acteur manque parfois d’entrain. Victime d’un scénario trop prévisible et répétitif (la bande annonce pourrait suffire à raconter l’histoire), et outre certaines scènes innovantes et comiques propres à ce que représente l’énergie de Kourtrajmé (la scène d’hallucination sous MDMA, la scène où Jaffar, un colocataire, parvient finalement à avoir des rapports sexuels avec la gente féminine), la globalité du film se limite à la pauvreté de sa thèse critique : tout s’achète – tout se vend.

On préférait le Kim Chapiron du monde austère et impitoyable de la prison, et non celui des écoles de commerce.   

Thomas Olland

Film en salles le 02 avril 2014
    


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