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Perfect mothers - 4/10

Par Aelezig

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Un film d'Anne Fontaine (2013 - France, Australie) avec Naomi Watts, Robin Wright, Xavier Samuel, James Frecheville, Ben Mendelsohn, Sophie Lowe, Jessica Tovey

Freudien.

L'histoire : Roz et Lil sont les meilleures amies du monde depuis l'enfance. Elles vivent presque ensemble, leurs maisons sont proches, leurs enfants sont copains, eux aussi, depuis toujours. Et puis un jour, le fils de Lil saute sur Roz ; il lui dit qu'il est amoureux d'elle, et elle craque. Bon. De son côté, le fils de Roz, d'abord décontenancé par cette liaison qu'il découvre, se rend chez Lil et lui saute dessus à son tour... y a pas de raison. Et Lil tombe raide amoureuse à son tour. Liaison croisée et tout le monde est heureux...

Mon avis : Aucun problème avec la réalisation, superbe, qu'il s'agisse du déroulé des faits, des images splendides (à la limite du dépliant touristique, toutefois...) et des actrices ensorcelantes. Non, ce qui m'a troublée, c'est l'histoire... peu banale, mais assez malsaine.

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Je ne me choque pas facilement. Je suis juste très pudique et je n'aime pas l'étalage de chair intime. Ce qui n'est pas le cas ici. Mais pour le reste... des moeurs et des couleurs, je me sens assez libre avec les choix différents des chemins tout tracés. Le premier truc qui ne va pas, c'est que cette histoire me paraît tout à fait invraisemblable, et si on lui accorde du crédit, elle est pour moi tout à fait incompréhensible et complètement incestueuse. A l'heure où tous les tabous sautent les uns après les autres, celui-ci ne sera peut-être bientôt qu'un sujet de plaisanterie. Il est vrai qu'autrefois, dans bien des civilisations, des pères épousaient leurs filles, des frères leurs soeurs et je me suis toujours dit que si deux personnes se rencontrent  par hasard, tombent amoureuses, et s'aperçoivent ensuite, parce qu'elles ont été séparées par x raisons, qu'elles sont en fait père et fille, par exemple (voir le film Homo Faber)... hop le tabou se met en place et verrouille l'affaire. Normal ou pas ? Et si elles ne l'avaient jamais su ? Qu'est-ce que la nature aurait fait là-dedans ? Rien. Ils auraient continué à s'aimer... Ce qui tenterait à prouver que ces interdits, mis en place par les puissants, dont l'Eglise, pour - entre autres - garder le patrimoine familial, ne correspondent à aucun trouble, psychologiquement parlant. Ce que les psychiatres démentiront haut et fort et je veux bien les croire, car je ne suis pas psy, chacun son boulot. Tout ça pour vous dire que, je suis prête à entendre toutes les histoires, même les plus tordues.

Et pourtant celle-ci me semble bien plus hard, bien plus violente qu'il n'y paraît. Et le fait qu'elle soit doublée (couples croisés) ajoute encore plus à son impact. Bref, j'ai eu du mal, beaucoup de mal, à être en empathie avec ces deux femmes.

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Car tomber amoureuse d'un jeune homme de vingt ans votre cadet... NO PROBLEM. Tomber amoureuse d'un jeune homme de vingt ans votre cadet et fils de votre meilleure amie... HUM... NO PROBLEM... si l'amitié est relativement récente, que vous avez connu le gosse déjà fini. Mais là... on nous montre des amies d'enfance, inséparables depuis le plus jeune âge. Elles ont grandi ensemble, joué ensemble, toujours dans la même ville, pratiquement voisines. Elles ont eu leurs enfants en même temps, elles ont donc vu le fils de l'autre bébé, puis petit enfant, puis ado, l'ont aimé et cajolé comme un fils... Là, on n'est plus du tout dans "la rencontre hasard" que j'évoquais plus haut. Elles tombent bien amoureuses de leur "propre enfant". Franchement j'ai du mal. Jamais entendu parler d'une mère amoureuse de son fils. Mais ça existe peut-être. Et puis, cerise sur le gâteau, les deux mères entament une liaison avec le "bébé" de l'autre... Beau doublé !

Un amour "maternel" de vingt ans ne peut se transformer en passion charnelle ; sauf dans les tragédies grecques peut-être ; franchement je ne pige pas. Ca me semble pervers, car présenté comme très naturel. Les psychiatres disent que l'inceste n'est pas uniquement régi par les liens du sang. Une jeune fille qui tombe amoureuse de son beau-père, qui l'a élevée, c'est incestueux (voir Beau-père). Or cet aspect évident des choses ne semble susciter aucune réflexion chez la réalisatrice ; elle filme une histoire et puis c'est tout.

Spoiler. Il y a bien une tentative de "rédemption", de retour à la réalité, vers la fin... mais le dénouement nous laisse tout à fait libres d'imaginer que l'histoire continue... Fin du spoiler.

Je serais très curieuse de savoir ce que nos bons psychiatres pensent de ce film. Moi, ça ne m'a pas choquée, mais ça m'a paru très malsain... et je n'ai absolument pas pu m'identifier à ces femmes. Suis-je coincée ?

Autre bizarrerie : ces deux femmes qui semblent en osmose, OK, mais ces deux garçons qui passent leur temps à la plage ou à surfer, auprès de leurs mères... bizarre ! Dans la vraie vie, les jeunes n'ont qu'une idée : aller s'encanailler avec les copains, non ? Que dire de ces femmes qui ont élevé leurs fils dans un cocon si doux et confortable qu'ils ne parviennet plus à s'en échapper... A ce titre, l'image finale est éloquente... Etrange situation, tout de même.

Je me demande également ce qu'aurait donné le film si on avait inversé les situations : deux pères, à l'amitié fusionnelle, et leurs deux filles respectives, toujours collées à leurs basques... Là pour le coup, je suis sûre que tout le monde aurait crié au scandale !

Ce matin bien sûr, je suis allée surfer pour voir ce qui se disait.

Les critiques qui ont aimé parlent surtout de la sensualité érotique qui se dégage, ce qui pour ma part ne pas vraiment frappée ! Pas plus de sensualité là-dedans que dans n'importe quel autre film d'amour. Pas de scènes osées. La beauté des corps, certes, la beauté de la mer et du sable aussi. La beauté de la nature en somme.

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Certains autres cependant ont les mêmes doutes que moi concernant l'absence totale de profondeur sur le sujet de l'inceste, une question qui aurait pu être très intéressante, et qui se trouve noyée sous les flots de scènes de plage paradisiaques. Là je suis entièrement d'accord ! Les Inrocks : "Fondé sur des (...) acteurs physiquement superbes, des décors et une photo ultrachiadés, le film se feuillette comme un magazine de déco chic (...) qui a pour effet (...) d'amortir le potentiel sulfureux de son histoire. Les personnages sont désincarnés, (...) dans un jeu des quatre coins sexuel au final assez peu sensuel et charnel". C'est tout à fait ça ! Les fiches du Cinéma : "En transposant la nouvelle de Doris Lessing, Anne Fontaine déploie son univers. La cinéaste joue longtemps du trouble lié à l'absence de questionnement moral, mais son refus du psychologisme va hélas de pair avec un manque de sensualité". Première : "Un sujet scabreux pour lequel on attendait un traitement audacieux de la part de la réalisatrice (...) qui a au contraire choisi la prudence, le film ne s'écartant jamais du chemin que la morale impose. Les sujets évidents (...) sont évacués, au profit d'une intrigue de roman de gare sans enjeux". Métro : "Hélas, de cette relation quasi-incestueuse, Anne Fontaine ne tire qu'un drame emprunté qui compense son absence de sensualité et de profondeur par de beaux paysages et un casting sexy en maillot". Ouest France : "Sea, sex and sun. Mais ces belles images de roman-photo laissent de côté la profondeur d'un sujet troublant sur le vertige des dérèglements amoureux".

A noter : l'auteure Doris Lessing, dont le roman a inspiré le film, s'est elle-même basée sur l'histoire troublante que lui a raconté un jeune homme. Il avait deux copains qui vivaient avec leurs deux mères dans une relation totalement fusionnelle, entre homosexualité (les deux femmes et les deux garçons) et inceste (liaisons croisées entre mères et fils) ; loin d'être choqué, il semblait voir la situation comme idyllique, comme dans un jardin d'Eden...


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