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Via de la Plata. Etape 7. Caceres se mérite!

Publié le 05 avril 2014 par Sylvainbazin

Je suis reparti dans un matin gris, un petit jour timide, après un rapide petit dejeuner de mon auberge de bord de route (je n'ai sans doute pas suivi le meilleur flechage- il y avait concurrence- hier soir pour atterrir a , un peu en retrait de Alcuescar ou j'aurai sans doute fait une escale plus agreable, mais tant pis!).
Le chemin lui aussi est plus triste qu'hier: rien d'affreux, mais le paysage se fait a nouveau plus plat, les lignes droites plus longues. Et le ciel n'est pas au mieux de sa forme. Un petit 7 degres a la limite du pleuviottant va m accompagner presque toute la journee. En prime, comme je revasse un peu, je loupe un balisage assez vite ce qui me vaut un bon kilometre supplementaire. Le sentier n'est jamais tres loin de la nationale ce matin, même si on marche a l'abris. Je marche d'un bon pas ou trottine, mais les kilometres ne s'enchainent pas bien vite tout de même.
Cela dit, il semble y avoir un decalage entre ce que m indique mon guide et la realite, en terme de distance: je connais suffisament mes allures pour savoir que je n'ai pas parcouru huit kilometres en deux heures et demi lorsque je franchis le petit pont romain qui mene au premier village du parcours. Mon etape est donc plus longue que prevue.
Le paysage reste ensuite mi-figue mi-raisin: pas aussi deprimant qu'il y a deux jours, mais bien moins joli qu'hier.
Au village suivant, atteint vers 11h, j'ai faim et fait quelques courses. Je me demande bien comment font les espagnols pour tenir ainsi d'un petit dejeuner plus que leger a 8h jusqu a un repas a 14! Souvenir d'une epoque de ramadan? Autant le soir j'aime que les boutiques restent ouvertes et diner a 21h ne me derange pas, autant pour le dejeuner je trouve que c'est une torture. Mais comme d'habitude, je vais mon propre chemin et du chocolat, des chips et un cafe au bar du coin font mon affaire.
Je reprends ensuite ma progression sur un chemin qui ne change pas d'air et sous un ciel toujours aussi gris. Dans les longues lignes droites, je cours, plus pour reduire l'horizon qu'autre chose. Le village de s'annonce ainsi a plus de cinq kilometres de distances. Je reussis a avaler cette ligne droite assez vite.
A l'arrivee, la recompense n'est pas dans la splendeur des lieux. Pose sur le plateau, au pied des montagnes, le village fait un peu decor de far-west. L'architecture ne serait pas dementi pas Ceacescu lui-meme: il faut dire que c'est un village construit sous les ordres de son collegue dictateur Franco, pour "coloniser" et développer la region. C'est rape: 650 habitants y survivent maintenant. Je suis content de ne m'y arreter que pour un cafe.
Pendant cette pause, je lis sur mon microscopique telephone l'interview de Benoit Z realise pour VO2 mag par Bruno Poirier.
Ce papier va me tenir compagnie pour presque tout le reste du parcours tant il m inspire des souvenirs et quelques reflexions.
Il y a douze ans, Benoit Z fut le dernier francais en date a gagner le marathon de Paris. Un an plus tard, il egalait le record d'Europe, toujours debout a cette heure. Je participais moi aussi a la course, en 2002. J'avais termine 81 places et 22 minutes derrière Benoit, mais je m en souviens tres bien. Je me souviens aussi qu'a ce moment, il était la grande etoile de la course a pied. Debut d'adulation populaire, de nombreux coureurs commencaient a se faire tatouer les mollets pour lui ressembler. Et puis, histoires pas nettes et blessures en tous genre, le Z a pratiquement disparu de la scene athletique. Il a beau dire dans l'interview qu'il trouve sa popularite encore grande, il se retrouve, avec quelques kilos de plus, a courir pour la bonne cause et a encadrer quelques coureurs d'entreprise qui ne savent peut-etre même pas bien quel coureur il fut. Sic transit gloria mundi, surtout dans le sport ou la roche tarpeinne est proche du capitole.
Les foules sont de toutes facons bien oublieuses; l'avant dernier vainqueur francais du marathon de Paris, qui s'en souvient, c'était Luis Soares, en 1992. J'etais un tout jeune coureur alors et je me souviens bien aussi de sa course et de sa remontee finale, jusqu a la victoire et le record de France d'alors. 22 ans après, il pourrait se promener tranquille dans les allees surpeuplees du marathon expo. Personne ou presque ne le reconnaitrais. C'est ainsi, et sans doute un peu triste. Dans vingt ans, peut-etre que peu des trailers se souviendront de Kilian Jornet, même si la mediatisation a encore evolue.
Mais enfin... 12 ans après ce marathon de Paris je ne sais même pas si je pese sept kilos de plus qu'a l'epoque mais je ne suis en tous cas pas tellement plus gras et je cours encore, differemment certes mais dans une ligne de conduite qui me parait logique. Et c'est comme ca que je me dirige vers Caceres.
Il fait vraiment frais, même froid, et il pleut un peu, quand je parviens pas si frais que ca au sommet de la vieille ville. Le temps d'un premier tour dans ce splendide ensemble architectural, classe au patrimoine mondial comme il se doit, d'un cafe sur la grand place, et alors que je commence a repartir pour poursuivre mon chemin jusqu au village de Casar de Caceres, je me dis qu'il est bien inutile et bete même de ne pas rester ce soir pour mieux visiter cette belle ville. Aucun intérêt d'aller faire 10 kms de plus pour atterrir dans un bourg de banlieue: je les ferai demain, et après tout j'ai déjà du faire un bon 45 kms aujourd hui. Mon gros orteil, largement ouvert sur le dessus a cause d'un frottement a la pliure de ma chaussure, me fait un peu souffrir en prime, il faut que je soigne ca.
Ni une ni deux, je prends une chambre d'hotel. Et je ne regrette pas de ne pas avoir suivi les conseils de mon guide et de ne faire qu'une breve halte ici. Le centre ancien, bati sur le souvenir d'une medina arabe, est vraiment splendide. J'ere d'eglises en palais, malgre la pluie et le froid, en ayant troque mes chaussures pour mes sandales que je ne regrette pas d'avoir emporte.
Certains interieurs sont accessibles: j'explore une crypte ou les piliers reposent dans un antique reservoir hydraulique, l'episcopat ou encore la fondation Mercedes Ballesteros: on peut y voir des collections d'objets heteroclytes qui plairaient beaucoup a ma maman, ou des tableaux, par exemple de Ribera, un des plus grands humoristes espagnol du 17e siecle.
Je termine cette soiree, solitaire mais agreable, dans l'animation de la grand place, en goutant la viande locale. Pour mieux, j'espere, repartir demain!


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